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Fleuve Shinano - Tome 1

Le Fleuve Shinano – Tomes 1~3

Le Fleuve Shinano – Tomes 1~3 Éditeur : Asuka
Titre original : Shinanogawa
Dessin : Kazuo KAMIMURA
Scénario : Hideo OKAZAKI
Traduction : Jacques LALLOZ
Prix : 9.99 €
Nombre de pages : 256
Date de parution : 14/02/2008

Porteuse du noir secret de son origine, Yukié va vivre au plus près de ses sentiments et de sa sensualité, comme en rébellion contre la morale sévère de l’époque, dans les bras des hommes qu’elle rencontrera, en quête de cette chimère qu’est l’amour véritable, même si le prix à payer est la cruauté amoureuse et les ravages qu’elle opère auprès de chacun de ceux qu’elle a aimé…

Alors que la plupart des oeuvres de Kazuo KAMIMURA se retrouve chez Kana, l’éditeur Asuka (depuis absorbé par Kazé Manga) avait créé la surprise en 2008 en proposant un titre fondateur de l’auteur, Le Fleuve Shinano. L’éditeur avait pour projet de le rééditer en une intégrale dans sa collection « Classiques » mais ça ne s’est malheureusement jamais fait. Qu’à cela ne tienne, la première édition se trouve encore assez facilement  (et sans hausse de prix ridicule) chez de nombreux revendeurs.

Comme beaucoup d’oeuvres de Kazuo KAMIMURA, Le Fleuve Shinano, c’est l’histoire d’une femme que la vie ne va pas épargner. Le mangaka aime parler des femmes et on serait presque tenté de dire qu’il aime les faire souffrir tant il les met dans des situations difficiles.
Yukié est une jeune fille qui n’a pas vraiment connu sa mère (son père la décrivant souvent comme une prostituée sans intérêt qui l’a abandonnée) et qui a vécu sous le joug d’une figure paternelle inhabituelle pour le Japon de l’époque. Outre son côté violent et très « instigateur » vis à vis de sa fille (il en arrive à ne plus la voir comme telle), ce qui sort des carcans, c’est son orientation sexuelle. Il n’hésite pas à coucher avec son assistant, un homme et ne cache pas son désir pour cet homme plus jeune que lui devant quiconque.

C’est avec ce modèle libéré des contraintes sexuelles que Yukié va grandir et c’est ce qui va lui permettre d’être, elle aussi, très épanouie et très ouverte concernant ses relations. Elle aime les hommes et quand elle est attirée, elle n’hésite pas à tenter sa chance et ce, même quand l’histoire d’amour en question pourra être très mal vue par la société dans laquelle elle évolue.
On le voit très bien au départ lorsqu’elle commence à fréquenter le professeur de l’internat dans lequel elle a été envoyé par son père pour se débarrasser d’elle et l’empêcher de lui causer du tort en sortant à tout bout de champ.

Le Fleuve Shinano est une oeuvre qui pourra s’avérer très dure pour certains lecteurs. KAMIMURA y abordent de nombreux tabous dont certains restent encore difficiles à aborder (et à concevoir) de nos jours. Le chemin de Yukié est parsemé d’embûches et la jeune femme devra faire face à l’inceste, au viol, à des passions déchirantes, à la jalousie mais aussi et surtout à la perte. Cette ambiance s’installe peu à peu dans ce titre qui commence pourtant avec une petite amourette tout ce qu’il y a de plus innocente !

Il est intéressant de voir que Yukié, comme la plupart des héroïnes de l’auteur, est une femme à la beauté exceptionnelle et indéniable qui est déterminé mais aussi très fragile. Même si la jeune fille est un peu prisonnière et victime de son destin, elle va toujours tenter d’arranger les choses pour qu’elles lui conviennent un peu mieux alors que la situation n’est pas toujours favorable à un changement de ce genre.

Alors que la jeune femme vit sa vie de manière très ouverte et se voit considérée comme libertine par les gens de son époque, on peut difficilement lui reprocher de le cacher.
Dans cette société où les adultes doivent se cacher pour assouvir leurs passions (quelles qu’elles soient), Yukié n’hésite pas à vivre ses relations au grand jour, même quand elles sont regardées très sévèrement par les pouvoirs en place. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle n’a aucune gêne à suivre son professeur lorsque celui-ci lui demande de l’accompagner. C’est même elle qui, au début, prend l’initiative de le prendre par la main en public.

On aurait pu imaginer que le scénariste limiterait les passages et planches très poétiques de KAMIMURA mais il n’en est rien et Hideo OKAZAKI lui laisse carte blanche (alors que KAJIWARA dans Une Femme de Shôwa le restreint complètement), ce qui donne quelques planches tout simplement somptueuses.

Graphiquement, on approche de ce que le mangaka fait de mieux mais on note quelques inégalités dans certaines planches qui font que l’on atteint pas le degré de perfection du Club des Divorcés ou de Lorsque nous vivions ensemble. Il fait partie de ces rares auteurs qui permet de donner une impression de mouvement exceptionnelle à un plan totalement fixe, un véritable paradoxe !

La composition en tout cas, ne manquera pas de vous taper dans l’oeil puisque le dessinateur utilise sa palette habituelle de technique pour insuffler un rythme contrôlé à la perfection. C’est frappant dans les scènes d’amour qui se construisent selon la passion des personnages et on remarque que les scènes impliquant Yukié et ses différents amants utiliseront une combinaison de petites (et parfois moyennes) cases pour un effet « coeur qui bat la chamade » alors que les scènes impliquant son père et son amant auront des cases longues, grandes, et souvent étirées, de quoi exprimer une relation plate et sans saveur.

Asuka avait fait un joli travail sur l’édition à l’époque avec un grand format semi-rigide grâce à une reliure d’une bonne qualité. Pas de fioritures sur des couvertures assez simples mais dont le rouge contraste très fortement avec le noir / blanc / gris traditionnel des pages d’un manga. Ce rouge du sang et de la passion n’est pas anodin puisque ces deux éléments vont définir la vie d’une héroïne qui aura bien du mal à trouver ce qui fait son bonheur.
En 2008, la traduction ne bénéficiait pas d’un soin aussi poussé que de nos jours et ça se voit dans Le Fleuve Shinano qui n’a probablement pas eu le droit au passage d’un adaptateur (ou même d’un correcteur) derrière le traducteur puisque l’on retrouve quelques structures assez lourdes qui auraient pu être évitées par moments.

Alors que la plupart des oeuvres de Kazuo KAMIMURA se retrouve chez Kana, l'éditeur Asuka (depuis absorbé par Kazé Manga) avait créé la surprise en 2008 en proposant un titre fondateur de l'auteur, Le Fleuve Shinano. L'éditeur avait pour projet de le rééditer en une intégrale dans sa collection "Classiques" mais ça ne s'est malheureusement jamais fait. Qu'à cela ne tienne, la première édition se trouve encore assez facilement  (et sans hausse de prix ridicule) chez de nombreux revendeurs. Comme beaucoup d'oeuvres de Kazuo KAMIMURA, Le Fleuve Shinano, c'est l'histoire d'une femme que la vie ne va pas épargner. Le mangaka aime parler des femmes et on serait…

Sexe, Orgueil et Préjugés

Graphisme - 85%
Histoire - 73%
Mise en scène - 83%
Originalité - 76%
Edition - 70%
Dans son genre - 83%

78%

Tabou

Le Fleuve Shinano fait partie de ces titres qu'il faut prendre le temps de lire deux fois, non pas parce que vous ne comprendrez pas tout la première fois mais tout simplement pour prendre le temps d'observer Yukié sans avoir à se préoccuper de l'histoire. Ses réactions, ses expressions, ses déplacements, tout dans ce personnage a été parfaitement réglé pour en faire une incarnation parfaite de la femme.

A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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