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La Courtisane d'Edo 1

La Courtisane d’Edo – Tome 1

La Courtisane d’Edo – Tome 1 Éditeur : Pika Édition
Titre original : Seiro Opera
Dessin : Kanoko SAKURAKOUJI
Scénario : Kanoko SAKURAKOUJI
Traduction : Hana KANEHISA
Prix : 6.95 €
Nombre de pages : 192
Date de parution : 04/04/2018

Dans le quartier des plaisirs de Yoshiwara, à l’époque d’Édo, Akané est une jeune orpheline issue de la noblesse militaire. Suite au mystérieux assassinat de ses parents, elle décide de se jeter dans la gueule du loup en se présentant dans une maison close de grand luxe : l’Akebonorô. Sa rencontre avec Sôsuke, jeune prêteur sur gage et grand séducteur à l’intelligence acérée, va littéralement bousculer son destin. Dans cet environnement où la luxure est reine, cette apprentie courtisane s’apprête-t-elle à goûter au paradis ou à l’enfer ?

Décidément, Kanoko SAKURAKOUJI est une auteure surprenante. On vous avait déjà parlé de cette mangaka avec Last Notes qui proposait un shôjo frais bien que classique. Elle revient avec La Courtisane d’Edo, une histoire qui se passe dans le quartier des plaisirs à l’époque d’Edo (1603-1868), de quoi donner un contexte riche et plus adulte que dans la plupart des titres auxquels Pika s’était intéressé par le passé.

Il est toujours intrigant de voir les tentatives d’un éditeur pour re-dynamiser un genre en perdition. Le shôjo est le type de manga le plus boudé en France de ces dernières années (malheureusement), ce n’est un secret pour personne. Comme partout, il y a pourtant d’excellent titres qui mériteraient d’avoir un peu plus de visibilité.
Avec sa collection Shôjo AddictPika tente d’aider le public à renouer avec des histoires qui ne sont pas toujours celles qu’on pensent et qui, derrière beaucoup de sentiments, peuvent cacher un fond bien plus intéressant (c’est d’ailleurs avec cet angle qu’Akata aborde avec succès la plupart de ses sorties shôjo).
Attention, Pika ne se met pas encore à publier des titres où les valeurs sociales sont reines mais l’éditeur semble chercher la publication de titres plus forts, avec plus d’impact et surtout avec une visée plus directe sur les différents publics susceptibles d’acheter du shôjo.

La sous-collection « Red Light » s’adresse à celles et à ceux qui sont « à la recherche de contenus plus épicés » et c’est exactement ce que propose La Courtisane d’Edo. Que ce soit au niveau du contexte (le quartier des plaisirs) ou de l’époque (l’ère Edo), on sait tout de suite que le contenu devrait être assez adulte et ça ne rate pas.
Le propos ne tourne pas autour d’une ado amoureuse d’un mec de sa classe ou d’un ami enfance avec des rivales qui s’enchaînent. Ici, on parle d’une jeune adolescente qui a décidé de rejoindre un univers pas forcément hyper attractif pour quelqu’un de son « rang » dans le but de résoudre un mystère et de trouver une façon de vivre après des événements bouleversants. En tout cas, c’est sur point que l’auteure insiste. Bien sûr, il y a une romance qui se dessine avec un « mauvais garçon » mais bon, sachant que l’accent n’est pas dessus, ça passe très bien.
Pourtant, le titre garde une certaine candeur. L’héroïne, une ado, est jetée dans un monde d’adultes et même si elle est déterminée à atteindre son objectif, elle ne sait pas grand chose de ce qui l’attend. À un moment, on en vient meme à se demander si elle sait ce que fait vraiment une courtisane… Il y a donc une vraie évolution dans la façon de penser mais aussi dans la façon d’être de la protagoniste qui se prépare.

Si la psychologie des personnages n’est pas taillée au ciseaux, certains stéréotypes du genre se font la part belle dans le titre de SAKURAKOUJI.
Comme dit précédemment, le « mauvais garçon » (Sôsuke) a le beau rôle et s’il n’est pas très fin dans ce premier volume, espérons qu’il évolue un peu et ne reste pas aussi caricatural.
On retrouve aussi la grande soeur un peu rustre mais que tous les autres trouvent fantastique et belle avec Asakeno Oïran. Si elle est un peu dure avec Akané au début, elle va rapidement la prendre sous son aile.

Cependant, La Courtisane d’Edo n’est pas une simple romance entre Akané et Sôsuke. Leur rencontre fortuite va changer les choses pour la jeune fille, c’est indéniable, mais elle ne change pas ses objectifs de base. L’auteure le fait d’ailleurs bien comprendre lorsque la jeune fille refuse de but en blanc les avances du jeune homme.
Reléguée au second plan, l’histoire d’amour ne vient pas entraver l’évolution du personnage et permet de rendre des sentiments plus vrais, plus réalistes et surtout, il n’y a pas de tête qui tourne avec la force de l’amour toutes les cinq minutes. Combinez ça avec une héroïne forte, déterminée et vraiment sympathique et vous obtenez un mélange qui plaira énormément à un public plus étendu que celui prévu à l’origine.

Avec son placement historique, le manga de SAKURAKOUJI tire d’ailleurs beaucoup sur le jôsei (du moins dans ce premier tome) et c’est probablement l’idée de cette sous-collection « Red Light » qui devrait permettre à Pika de proposer des titres qui pourraient plaire à un public assez larges.
En tout cas, on en apprend beaucoup sur la période Edo et notamment sur la façon de vivre des courtisanes dans le quartier de Yoshiwara. C’est un vrai plaisir de découvrir un mode de vie assez méconnu en France et des coutumes et habitudes qui sont très éloignées des nôtres. De là à donner envie de nous intéresser un peu plus à ce pan de l’histoire du Japon, il n’y a qu’un pas…

Shôjo oblige, les arrière-plans sont souvent assez vides pour laisser place à des trames ou à un blanc censés représentés ce qui se passent dans la tête des personnages. Parfois, ils sont aussi utilisés pour exprimer les sentiments des personnages mais force est de constater qu’un peu plus de détails n’aurait pas été du luxe, surtout quand on voit la précision dans la représentation des vêtements et surtout des gestes des personnages qui sont souvent très bien représentés.

On savait déjà que Kanoko SAKURAKOUJI aimait les trames et ce n’est pas La Courtisane d’Edo qui changera sa passion. Elle en utilise à foison, surtout dans les vêtements puisqu’elles permettent de reconnaitre presque instantanément les personnages quand ces derniers sont dans une situation traditionnelle (pour les occasions spéciales, ils s’habillent différemment).

Au niveau des personnages, c’est vraiment très joli et très fin et l’héroïne n’a pas les yeux pas si énormes que ça (bon, dans certaines situations, la dessinatrice se lâche un peu). Elle fait un peu jeune pour les 15 ans qu’elle est censée avoir mais bon, on sent que son design s’affirme au fil des chapitres donc elle évolue quand même assez vite. En tout cas, le titre est clairement à mettre dans le panier haut de ce qui se fait en shôjo, peu de dessinatrice ont le coup de crayon de SAKURAKOUJI.

La charte graphique de la nouvelle collection shôjo addict est plutôt sympathique et surtout, elle n’est pas envahissante. Il y a un jeu de couleurs intéressant et une certaine uniformité sur la tranche qui devrait faire plaisir aux plus maniaques du rangement. En tout cas, les titres seront rapidement identifiables en librairie et une fois que les gens auront retenu les codes couleurs, il sera très facile de se diriger vers un titre plus à même de nous intéresser directement.
Le travail d’Hana KANEHISA à la traduction n’a pas du être de tout repos. Entre les termes spécifiques à la formation des courtisanes au Japon et les objets particuliers de l’époque, il y a pas mal de vocabulaire spécifiques qui est soit adapté, soit expliqué dans des notes bien intégrées dans la page.

Plongée au coeur de Yoshiwara...

Graphisme - 72%
Histoire - 70%
Mise en scène - 78%
Originalité - 76%
Édition - 75%
Dans son genre - 86%

76%

(Chaud)jo

La Courtisane d'Edo est un titre qui ne manquera pas de plaire à tous. Il n'y a, pour le coup, absolument rien qui bloquera ceux qui, d'ordinaire, ont du mal avec le shôjo. Avec des sentiments bien retranscrits et qui font vrais, on s'attache très rapidement à cette jeune fille dont le destin a été bouleversé par la folie d'un homme. Pika a clairement fait une bonne pioche !




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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