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Dossier Boichi

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Kasane, la voleuse de visage – Tomes 1 & 2

Kasane, la voleuse de visage – Tomes 1 & 2 Éditeur : Ki-oon
Titre original : Kasane
Dessin : Daruma MATSUURA
Scénario : Daruma MATSUURA
Traduction : Sébastien LUDMANN
Prix : 7.65 €
Nombre de pages : 208
Date de parution : 10/03/2016

Kasane est une fillette au visage repoussant, presque difforme, régulièrement insultée et maltraitée par ses camarades de classe. Sa mère, actrice de premier plan célèbre pour son immense beauté, lui a laissé pour seul souvenir un tube de rouge à lèvres et une consigne mystérieuse : “Si un jour ta vie devient trop insupportable, maquille tes lèvres, approche l’objet de ta convoitise et embrasse-le.”

Quand, au bord du désespoir, Kasane s’exécute, elle fait une découverte incroyable : le rouge à lèvres légué par sa mère lui permet de s’approprier le visage de ses victimes ! À la fois malédiction et bénédiction, cet héritage va offrir à la jeune femme un avenir auquel elle n’osait rêver jusqu’alors…

Avec toute la folie autour de la sortie de One-Punch Man en janvier, il semblerait que Manga Mag soit passé à côté d’un titre de Ki-oon pourtant singulier : Kasane – La voleuse de visage. Première oeuvre de Daruma MATSUURA qui paraît dans l’hexagone, le thème de l’oeuvre possède pourtant ce petit quelque chose qui ne manquera pas de faire écho à notre beau pays.

Kasane, c’est un manga qui met la Beauté sur le devant de la scène. Le mangaka, via le personnage de Kasane, tente de justifier qu’être beau est un avantage non-négligeable dans notre société moderne. Alors qu’elle n’est encore qu’écolière, la jeune fille, malgré son talent, n’est jamais mise sur le devant de la scène.

Ses camarades vont même très rapidement la jalouser et la terrible Ichika, coqueluche de tout un établissement, va lui mener la vie dure et l’humilier à plusieurs reprises. Le jour de la représentation, elle va même faire en sorte de lui voler le rôle titre et ce, malgré son manque flagrant de talent. L’auteur est très clair à ce sujet, Ichika n’a rien pour elle si ce n’est sa beauté.

C’est ce qui lui permet de se sortir de n’importe quelle situation mais aussi d’obtenir plus ou moins tout ce qu’elle veut des autres enfants. C’est la même chose lorsque Kasane grandit, elle sera confrontée à la popularité d’Iku. Même si cette dernière la prend sous son aile et tente de lui offrir un tremplin, la protagoniste de MATSUURA devra faire face à la méchanceté inhérente à la jeunesse.

Ce sont les « amies » ou du moins le cercle qu’elle fréquente avec Iku qui ramènera Kasane à la réalité et lui fera comprendre que sa laideur n’a pas sa place dans leur groupe et par extension, dans la société. À partir de là, il y aura une sorte de cassure.

L’héroïne n’est pas avare en pensées et se mettra à détailler ses opinions au fur et à mesure que sa solitude grandit. En fait, le point de vue adopté fait que l’on sait ce que la jeune femme pense en permanence. Elle n’hésite pas à s’expliquer, à montrer sa lassitude vis à vis de sa place dans la société.

Son salut, elle le devra, d’une part, à sa mère qui lui a légué le rouge à lèvres et Kingo Habuta d’autre part qui lui offre le rôle d’une vie (littéralement).
Le rouge à lèvres, symbole de volupté, de sensualité par excellence, est utilisé comme vecteur du changement puisque c’est grâce à lui que l’héroïne parvient à sortir de sa morosité, de la torpeur dans laquelle la pousse son visage déformé (et sa cicatrice bien évidemment).
Malgré le pouvoir qu’elle a obtenu grâce à un accessoire pas si anodin que ça, elle ne voit que des occasions temporaires d’accéder à ce qu’elle veut. L’agent, Kingo Habuta, va lui donner l’occasion s’immiscer dans ce monde qui lui plaît tant et lui permettre de rayonner à l’abris du danger.

Grâce au rouge à lèvres, l’ambiance de la série est tout de suite posée. On le retrouve sur chaque couverture avec une couleur qui n’est pas sans rappeler le rouge sang. Si on y ajoute le noir du titre et ce rose chair omniprésent, on comprend rapidement que Kasane est un thriller et même s’il n’est pas (toujours) question de meurtre, les ténèbres ne sont jamais loin de la jeune femme qui possède des pulsions négatives très fortes liées à sa solitude.

L’identité s’avère aussi être un enjeu important pour Kasane. Alors qu’elle grandit, elle a de plus en plus de mal à le considérer comme un détail. Le rouge à lèvres lui permet, certes, de vivre dans le monde qui la fascine mais à quel prix ? Elle doit voler la place de quelqu’un (ou remplacer cette personne) pour y accéder. Ne serait-ce pas le meilleur moyen pour se perdre dans un rôle qui n’est pas le sien ?

Le théâtre a d’ailleurs une place particulière dans la vie de Kasane. Sa première utilisation du rouge à lèvres a lieu lors d’une pièce qui la révèle à ceux qui ne jugeaient que sa laideur, c’est par le biais du monde du théâtre qu’elle va enfin pouvoir vivre « sous le feu des projecteurs » et bien sûr, sa mère était une actrice célèbre (qui a probablement obtenu sa beauté d’une manière pas très propre).

Le mangaka a plus d’une corde à son arc pour continuer à développer la vie de son héroïne qui devra faire des choix difficiles à la recherche de sa propre identité. Quête initiatique, jeu d’acteur, beauté, place de la laideur… Ce n’est ni la diversité, ni l’originalité qui manque à Kasane.

Chose importante, ne vous attendez à retrouver, à l’intérieur des volumes, des dessins aussi beaux que ce que vous pouvez en voir sur les couvertures. Elles sont évidemment stylisées à l’extrême (et tout simplement exceptionnelles, je pense que vous en conviendrez) mais le trait de MATSUURA n’est pas laid pour autant.

Il n’est peut-être pas aussi travaillé qu’un OBATA des grands jours mais l’auteur reste plutôt doué pour exprimer les émotions. Vous ne verrez pas souvent le visage de Kasane de manière directe puisque l’auteur s’amuse à le cacher derrière ses cheveux. C’est via les rictus déformés de sa bouche (et parfois ses yeux qui apparaissent entre deux mèches) que le mangaka parvient à transmettre tout ce qu’elle ressent à son lecteur.

Les autres personnages, et notamment ceux considérés comme « beaux », sont dessinés avec un trait fin et, à la différence du travail effectué sur Kasane, voient leurs visages toujours mis en avant. Évidemment, leur développement n’est pas négligé pour autant et l’auteur ne reste pas sur du superficiel mais là ou MATSUURA fait fort, c’est que chaque personnage secondaire possède un petit détail graphique qui le rend unique.

On notera les dents de Hamster de Kingo Habuta, les lunettes de Nina ou encore l’air espiègle d’Ichika. À chaque nouvelle apparition, on tente de découvrir un peu plus l’aspect physique de ces personnages qui se battent tous pour la même chose : la Beauté, celle qui n’appartient qu’à une poignée de chanceux.

Ki-oon ne déroge pas à ses habitudes et nous propose un écrin particulièrement soignée pour une oeuvre qui parle autant d’esthétique. L’équilibre des couvertures est très proche de la perfection. Chaque élément semble avoir été pensé pour sublimer l’autre.
L’alternance rouge/noir du logo fait très voluptueux (et de manière générale, ce sont les couleurs qui donnent l’ambiance du titre).
Le numéro de tome « cassé » à plusieurs endroits vient rappeler la laideur de Kasane mais aussi ce changement de personnalité qu’elle doit opérer pour « s’emparer » de la Beauté.
Impossible aussi de ne pas mentionner le nom du mangaka en bas (à gauche ou à droite) qui se fait discret, un peu comme un artiste qui aurait signé modestement sa peinture.
Le seul regret que l’on peut nourrir… c’est de ne pas avoir eu cette série en grand format !

Kasane est une ode à la sensualité dessinée et scénarisée avec un talent fou par Daruma MATSUURA. Grâce à un personnage principal complexe et extrêmement bien travaillé, il parvient à nous attirer dans un monde pas si éloigné du nôtre où la frontière entre le beau et le dangereux se fait de plus en plus floue.

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It was only a kiss...

Graphisme - 70%
Histoire - 82%
Mise en scène - 85%
Originalité - 75%
Edition - 80%
Dans son genre - 85%

80%

Enivrant

Kasane est un titre qui parle de la Beauté, celle avec un B majuscule. MATSUURA tente d'aborder toutes les facettes d'un concept avec une subtilité et un style tout simplement épatants. Une fois un tome ouvert, il sera très difficile de le refermer avant la fin.




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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