Publicité

Accueil / Chroniques Manga & Animé / Chroniques Mangas / Jabberwocky – Tomes 1~7

[Dossier] Kazuo KAMIMURA, l’estampiste de l’ère Shôwa

Publicité

Jabberwocky – Tomes 1~7

Jabberwocky – Tomes 1~7 Éditeur : Glénat
Titre original : Jabberwocky
Dessin : Masato HISA
Scénario : Masato HISA
Traduction : Akiko INDEI & Pierre FERNANDE
Prix : 9.15 €
Nombre de pages : 224
Date de parution : 16/03/2016

Dans un décorum très “Angleterre victorienne”, les dinosaures n’ont pas tous disparu, ils ont évolué en êtres intelligents, et se sont cachés de l’humanité pour survivre. Hantés par la peur de leur quasi-extinction, certains ont rejoint l’humanité et ont embrassé diverses causes scientifiques, comme l’astronomie, la chimie et la biologie…

D’autres, sont obsédés par leur “droit d’aînesse” sur ce monde et tirent les ficelles de la politique dans l’ombre, quand ils ne tentent pas tout simplement de reprendre la domination du monde aux humains. Les deux protagonistes de l’histoire sont Lily et Sabata Van Cleef.
La première est une espionne, alcoolique, reniée par sa famille. Le second, pistolero d’exception, est un dinosaure, plus précisément un oviraptor.

Après avoir recruté Lily lors d’une mission en Russie, ils travaillent pour Chateau d’If, une organisation secrète spécialisée dans les faits étranges et les exactions de clans sauriens, exactions impliquant en général la révélation de l’existence des dinosaures ou des bouleversements de la religion et de la science.

Autant le dire tout de suite, Jabberwocky, le manga de Masato HISA, ne plaira pas à tout le monde. Pourquoi ? Le parti pris graphique devrait en rebuter plus d’un dans la mesure où il faut un certain temps d’adaptation pour que le tout soit bien lisible.

Autant parler de ce que certains pourraient trouver dérangeant dès le départ. Même si ce n’est pas fluide dans le premier tome, ce petit air à la Sin City n’est pas déplaisant du tout une fois qu’on parvient à comprendre la façon de dessiner de l’auteur.
Ce que l’on peut reprocher aux deux ou trois premiers tomes, c’est un aspect un peu brouillon où tout se mêle. Pourtant, au fil des volumes, HISA utilise ses aplats avec une efficacité grandissante et bonifie un style dans lequel il délimite les personnages et autres objets avec de plus en plus de précision, ce qui le rend plus facile à suivre.

Il serait vraiment dommage de s’arrêter sur une mauvaise impression dû à un premier volume où l’auteur se cherche encore un peu. Pourquoi ? Tout simplement parce que, du côté du scénario, c’est complètement frappé ! L’auteur va mélanger services secrets russes, agents britanniques et… dinosaures !
C’est le gros plus de Jabberwocky, les dinosaures ! Ces derniers ne sont pas là juste pour faire de la figuration. Ils ajoutent une dimension surnaturelle dans une intrigue très axée politique et « contrôle du monde », un peu à la James Bond en fait.

JabberwockyPLANCHE1
JABBERWOCKY © Masato Hisa / Kodansha Ltd.

Ne vous attendez pas à des créatures gigantesques sans cervelles qui détruisent tout sur leur passage. Les créatures de Masato HISA sont à moitié humanoïde et à moitié monstre. Ces bipèdes intelligents ne sont pas forcément dotés d’une force herculéenne (du moins, pas à chaque fois). En tout cas, ils tentent de se fondre dans la masse et de ne pas se faire repérer sous peine de se faire massacrer, parfois par des humains, parfois par d’autres dinosaures.

Le duo de héros est appuyé par une jeune femme aux talents non négligeables dénommée Lily Apricot et un dinosaure plus intelligent et lettré que la plupart des gens sur notre planète qui s’appelle Sabata Van Clef.
Lily est un personnage qui se reconstruit au fil des tomes et des rencontres. Détruite psychologiquement au début de la série, le contact avec Sabata, dinosaure, lui permet de se rendre compte qu’elle n’a pas encore tout perdu et que sa condition peut être améliorée. Il y a aussi une discussion avec Cixi dans le tome trois qui révèle un trait de caractère intéressant de la jeune anglaise : sa capacité à aller de l’avant dans toutes les situations.
Sabata, c’est la caution cool de la série. Le personnage ne doute jamais, joue les héros en permanence et n’hésite pas à donner de sa personne dans chaque mission. Il complète Lily et leur travail d’entraide est bluffant d’efficacité. On aura rarement vu une telle alchimie entre deux protagonistes.

Dans le manga, en littérature ou même dans le 7è art, on est loin d’un duo déjà vu. Il y a une sorte de relation de co-dépendance entre les deux personnages. Pour changer et pour se sentir vivante, Lily a besoin de compléter ses missions aux côtés de Sabata. Le dinosaure, lui, a besoin de la jeune femme pour ne pas sombrer dans la solitude liée à sa race, ostracisées par les autres dinosaures.

JabberwockyPLANCHE8 JabberwockyPLANCHE10
JABBERWOCKY © Masato Hisa / Kodansha Ltd.

Tant que j’y suis, un autre point particulièrement positif, c’est la multitude de références littéraires mais aussi des historiques. Ceux qui aiment les livres y trouveront de quoi se faire plaisir ; repérer la culture, tant dans l’image que dans le texte, est un vrai petit bonheur.
L’auteur se permet de revisiter bon nombre d’événements historiques majeurs de notre époque à sa sauce. Vous découvrirez donc comment les dinosaures ont influencé la Guerre de Troie, la naissance de Mao ou encore le début de l’âge industriel (on assiste à la naissance de l’automobile en live vers la fin de la série) !

La partie avec le dictateur chinois est très intéressante dans la mesure où elle sera cruciale pour le personnage de Lily. Même en connaissant le « futur » de Mao (avec tous les événements pour lesquels il est tristement célèbre), l’héroïne décide de sauver ce bébé du dinosaure qui se dresse face à elle. Elle ne veut pas être celle qui se laissera influencer par la « tradition » ou par une quelconque prédiction. Les décisions qu’elle prend lui appartiennent, point.

Fidèle à son style, HISA n’hésite pas à inclure quelques gunfights bien sentis avec des ennemis qui viennent en groupe de personnages qui possèdent le même nom de code. En résultent des dialogues pleins d’humour qui viennent s’insérer aux moments les plus adéquats pour ne pas casser le rythme mais, au contraire, le sublimer.

JabberwockyPLANCHE7 JabberwockyPLANCHE3
JABBERWOCKY © Masato Hisa / Kodansha Ltd.

En ce qui concerne l’édition, autant commencer par le positif. On donne un joli pouce levé pour la traduction d’Akko INDEI et Pierre FERNANDE qui n’a pas du être facile, HISA étant fan de dialogues bien sentis et de références cachées un peu partout dans le texte et les décors.
Le négatif, c’est l’ouvrage dont la qualité est en dents-de-scie. On passe d’un ouvrage de qualité très moyenne avec du papier semi-transparent à un ouvrage au papier ultra-léger (et donc transparent) qui se plie en quatre (ce n’est pas une plaisanterie…) sans avoir à forcer pour finir par un livre lourd et pas franchement plus agréable à manier.
On sent les difficultés de Glénat dues au changement d’imprimeurs (qui sont loin d’être terminés comme en témoigne le dernier volume de Vertical) et on ne pourra qu’être désolés de voir à quel point le titre en aura souffert…

Dans Jabberwocky, l’auteur (l’une des grosses révélations de 2015 selon Manga Mag), nous offre un gros bordel dosé avec une précision d’orfèvre à tous les niveaux.
L’oeuvre d’HISA est tellement pleine de références à l’art, au cinéma, ou même à la littérature que les intéressés de la culture y trouveront forcément leur compte.
Niveau graphique, le style à la Sin City est loin d’être une vulgaire copie, HISA l’améliore, le rend plus puissant au fil des tomes.
Porté par des personnages fantastiques, le titre de Glénat se termine sur une belle fin ouverte qui n’est autre qu’une introduction à la « suite », Jabberwocky 1914. On l’attend de pied ferme !

N'est pas dinosaure qui veut !

Graphisme - 72%
Histoire - 86%
Mise en scène - 90%
Originalité - 76%
Edition - 33%
Dans son genre - 85%

74%

Croc

Jabberwocky est une série où il n'y a rien à jeter. Le scénario est bien pensé, la mise en scène théâtrale à souhait (les entrées de Sabata sont TOUJOURS exceptionnelles), le texte plein de références cinématographiques et littéraires et le style graphique minimaliste gagne en lisibilité au fil des volumes. Autant de qualités qui en font un petit bijou qui mérite d'être lu… et relu… encore… et encore !




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

6 commentaires

  1. La vraie questions à la fin de cette chronique : C’est aussi bien que Area 51 ?
    Bon, en tout cas chronique vraiment sympa et merci de pointer les problèmes d’éditions, souvent passé à la trappe par d’autre chronique BD en général.

    • Kubo

      De mon point de vue, Area 51 est nettement meilleur, moins brouillon. Mais Jabberwocky reste un très bon manga.

    • Ours256

      Pour moi, Area 51 est pas « nettement » meilleur même s’il reste plus abouti et plus fun que Jabberwocky (le mélange des mythologies oblige). Dans ce premier titre, on voit au début qu’il cherche pas mal son style, qu’il tâtonne encore un peu.

      Par contre, niveau scénar, si tu aimes l’histoire et les théories complotistes, c’est juste exceptionnel ce qu’il arrive à faire. Il te retourne des événements avec des dinosaures qui surgissent de nulle part, un vrai kiff :).

      Pour l’édition, il fallait vraiment mentionner cette variation pendant toute la série qui gâche un peu le plaisir (surtout les tomes ultra-trop-souples-qu’on-peut-plier-en-quatre) mais pas tant que ça au final 😀

      Quoi qu’il en soit, pour moi, c’est clairement un must have et j’ai vraiment envie que Glénat nous sorte la suite :O (message subliminal à l’éditeur)

  2. Je suis tenté mais j’ai peur que Glénat ne sorte pas la suite et que je sois frustré par la fin de cette partie-ci…

    • Ours256

      Eh bien, il faut croire que t’as eu une vision prémonitoire puisque Glénat n’éditera pas Jabberwocky 1914… La fin de la série est bonne et ça fait une bonne coupure mais elle donne quand même super envie de voir la suite donc… :/

      • Je sais bien que dans ce cas-ci la fin de la série est liée à la fin de la publication de son magazine mais les saisons dans les mangas, c’est une vrai plaie car c’est très souvent une bonn excuse pour les éditeurs français d’arrêter une série en disant : « hé mais on a été jusqu’au bout » 🙁

Laisser un commentaire

banner