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Isabella Bird, femme exploratrice – Tome 1

Isabella Bird, femme exploratrice – Tome 1 Éditeur : Ki-oon
Titre original : Fushigi no Kuni no Bird
Dessin : Taiga SASSA
Scénario : Taiga SASSA
Traduction : Sébastien LUDMANN
Prix : 7.9 €
Nombre de pages : 240
Date de parution : 12/10/2017

À la fin du xixe siècle, le Japon s’ouvre au monde et s’occidentalise à marche forcée. Mais le pays reste un vrai mystère pour la plupart des Européens, ce qui en fait une destination de choix pour la célèbre exploratrice anglaise Isabella Bird ! Malgré son jeune âge, elle est déjà connue pour ses écrits sur les terres les plus sauvages. Isabella ne choisit jamais les chemins les plus faciles et, cette fois encore, elle étonne son entourage par son objectif incongru : Ezo, le territoire des Aïnous, une terre encore quasi inexplorée aux confins de l’archipel…

Le voyage s’annonce long et difficile, mais rien n’arrête la pétillante jeune femme ! Accompagnée de son guide-interprète, le stoïque M. Ito, la jeune femme parcourt un pays en plein bouleversement. Dans ses lettres quotidiennes à sa sœur, elle narre avec sincérité et force détails la suite de chocs culturels qu’elle expérimente. Elle veut tout voir, tout essayer, quitte à endurer chaleur, fatigue, maladie ainsi que les sarcasmes de ses pairs !

Après le sympathique Reine d’Égypte et les facéties d’Hanada le garnementKi-oon continue d’étoffer sa collection Kizuna avec un titre de Taiga SASSA qui se base sur les récits de voyage d’une britannique dans Isabella Bird, femme exploratrice. Connaissant le flair de l’éditeur et sachant que le titre vient du magazine Harta (Bride StoriesWolfsmund…), le lecteur peut s’attendre à une bonne surprise.

Premier constat, c’est joli. Le dessin est fin et grâce à une division des planches intelligente, on comprend très rapidement ce que le mangaka veut mettre en valeur. Après, il ne faut pas s’attendre au même niveau que les planches de Kaoru MORI sur Bride Stories. Il y a quand même une vraie différence entre les deux, ce qui laisse imaginer une marge de progression importante pour Isabella Bird.
Manga d’exploration contemplatif oblige, les double-pages sont magnifiques et recèlent de nombreux détails qui sont mis en valeur par un excellent sens de la composition. Les cases sont donc souvent grandes et les gros plans ne sont pas rares pour que l’on puisse admirer avec un oeil curieux ces même choses merveilleuses que l’héroïne découvre au Japon.

Isabella est une femme forte, déterminée et très intelligente. Elle n’hésite pas à reconnaître ses erreurs mais aussi à les corriger. Elle va tout faire pour atteindre son objectif mais ne se laissera pas influencer par ses compatriotes à la pensée rétrograde. Si pour nous, les mots utilisés par ces anglais installés aux Japon sont inadmissibles, elles étaient dans les moeurs du temps. Pourtant, Isabella s’y oppose immédiatement et ne veut pas s’associer avec cette façon de penser. En avance sur ton temps, la jeune femme brille véritablement dans tout ce qu’elle entreprend.
Par contre, il faut l’avouer, elle est totalement surexcitée et va être folle de joie pour tout et n’importe quoi. S’il faut bien prendre qu’elle se trouve dans un territoire complètement différent du sien et qu’elle découvre absolument tout, on ne peut s’empêcher de penser qu’Isabella en fait parfois un peu trop. La culture japonaise est intéressante, l’architecture est originale et splendide mais faut-il vraiment qu’elle pleure de joie et rougisse comme une enfant devant chaque élément nouveau ?

Ito, de son côté, est beaucoup plus terre à terre. En tant qu’autochtone, il ne voit rien de nouveau. Au contraire, c’est lui qui sert de source de connaissance à Isabella. Grâce à lui, elle peut continuer son voyage et converser avec les locaux. Intelligent, calme et réfléchi, il est parfait dans son rôle de guide. Son personnage possède un bon potentiel d’évolution puisqu’il semble, pour l’instant, désabusé et blasé par les « étrangers » qu’il a pu rencontrer.
Grâce à lui, on obtient un duo de protagonistes qui se complètent parfaitement. Il fallait vraiment un personnage aux nerfs d’acier pour accompagner la pile électrique qu’est Isabella. Le côté un peu taciturne et très posé d’Ito va donc équilibrer l’émerveillement permanent d’Isabella avec brio. Ainsi, le lecteur pourra apprécier les nuances de chaque situation comme il se doit. Il aura le côté « nouveauté super excité » d’Isabella mais aussi l’explication plus « scolaire » et directe d’Ito.

L’histoire démarre de manière assez classique dans ce premier volume. Le rythme est assez lent mais il reste parfait pour le genre. Isabella Bird n’est pas le genre de titre qui se lit pour voir des retournements de situations abondants et des explosions partout. C’est un titre fait pour ceux qui cherchent à en savoir plus sur la découverte d’une culture à une époque où personne ne savait ce qu’elle pouvait englober. Isabella Bird se lit en prenant son temps, en essayant de voir les choses comme l’exploratrice, avec une véritable volonté d’apprendre des choses nouvelles et de changer sa façon de penser.

Le mangaka en profite aussi pour proposer une petite critique de la société de l’époque. Si les étrangers sont enfin autorisés à séjourner au Japon, la plupart d’entre eux exprime énormément de mépris pour la culture et de dédain envers les populations locales et ce, alors qu’ils ne sont pas sur un territoire qui leur appartient. Il serait intéressant que l’on puisse voir une petite évolution des mentalités d’ici la fin de la série même si, compte tenu du laps de temps pendant lequel devrait se dérouler l’histoire, c’est très peu probable…

En ce qui concerne la fabrication, il n’y a vraiment rien à redire. Le savoir faire de Ki-oon est vraiment au dessus de celui des autres éditeurs. L’ouvrage proposé est semi-rigide avec un papier épais. Pas de transparence ou d’ouvrage qui plie et le lecteur aura l’impression d’avoir un vrai livre en main lors de sa lecture, ce qui fait vraiment plaisir dans la tendance actuelle.
À la traduction, Sébastien LUDMANN se fait plaisir avec deux personnages dont les styles varient énormément. Toute la fougue et la témérité d’Isabella ressortent dans ses paroles alors que le côté érudit et lettré d’Ito transpire de chacune de ses bulles. Le travail pour rendre le tout aussi fluide ne peut que forcer le respect. À ce niveau là, on ne peut que le saluer.

Exploratrice sous cocaine

Graphisme - 76%
Histoire - 71%
Mise en scène - 63%
Originalité - 66%
Édition - 75%
Dans son genre - 70%

70%

Voyage au bout du Japon

Isabella Bird est un titre qui s'insère vraiment bien dans la collection Kizuna chez Ki-oon. L'éditeur nous montre une fois encore (même si ce n'est plus vraiment nécessaire) que ses choix de licences sont cohérents et sort un titre à mi chemin entre un Bride Stories et un Gisèle Alain. Si le départ est plutôt tranquille, on espère que l'auteur saura un peu mieux maîtriser les émotions de son héroïne dont les réactions peuvent sembler trop exagérées dans certains cas.




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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