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[Dossier] Kazuo KAMIMURA, l’estampiste de l’ère Shôwa

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Helter-Skelter

Helter-Skelter Éditeur : Casterman
Titre original : Helter-Skelter
Dessin : Kyôko OKAZAKI
Scénario : Kyôko OKAZAKI
Prix : 13.95 €
Nombre de pages : 320
Date de parution : 02/07/2007

Splendeur et misère d’une top-modèle… Lili a un visage et un corps “parfaits”. Son incroyable physique entraîne des spéculations sur ses origines, et la jeune femme fait tout pour maintenir le mystère. Mais la réalité est plus simple et sordide. Un jour, l’inévitable se produit : son agence engage une beauté de 15 ans…

Quoi que l’on en dise, la mode et le Star Sytem nous entourent. Que l’on y soit sensible ou non, ce phénomène est présent dans notre société et dicte ses lois. Aujourd’hui, il s’est banalisé dans notre vie, tous les jours un nouveau scandale éclate et fait la Une de nombreux magazines et sites People.
Lili est une de ces People : mannequin, chanteuse, actrice, égérie de mode, modèle pour marque… Elle est au top de sa popularité.

Véritable modèle de beauté pour la jeunesse, attisant l’envie tout comme la jalousie, elle est sur toutes les lèvres et se trouve être le sujet de nombreuses discussions.
Montrant une vie rêvée et féerique, elle sait parfaitement manipuler les médias, distillant l’information qui les intéresse, mentant sur la véracité de ses dires, et affichant un visage de connivence. Même si les masses l’idolâtrent, Lili est bien trop parfaite sur tous les points et cache, à la vue de tous, de lourds secrets et sacrifices. Pour réussir, elle a eu recours intégralement à la chirurgie. Ce corps et ce visage si parfait, cette beauté « naturelle »  que tout le monde envie est que le fruit de la chirurgie.

Pour maintenir sa beauté, Lili est obligée de faire des allers-retours réguliers à la clinique. Une enquête policière sera ouverte contre les pratiques illégales des chirurgiens utilisant des produits interdits et indispensables aux traitements, ceux-ci obligeant les filles à revenir ou à se suicider si elles ne peuvent assurer la suite financièrement. C’est le prix à payer pour être au top.

Totalement dépassée par son propre jeu, elle montera un visage bien moins angélique que sur les plateaux. Lili se sent seule malgré son petit copain, gosse de riche, qui ne la voit que pour coucher. Elle est connue de tous, mais elle ne connaît personne.
Le soir, elle se retrouve seule face à elle-même, devant sa beauté qui s’effrite. Elle ne trouve plus le sommeil et devient de plus en plus instable et lunatique. Seul l’augmentation des médicaments la calme temporairement, créant un cercle vicieux sans fin.

Au fil de l’histoire, nous suivrons le plongeon en enfer de notre mannequin entrainant avec elle son assistance. On profite sexuellement d’elle, la soumet à ses caprices et lui fait faire les basses besognes, voir des actes odieux. Elle blesse ceux qui l’entoure et quand l’agence recrute une jeune fille de 15 ans, à la peau naturelle, elle s’enfonce encore plus. La véritable Lili est à l’opposé de l’image si parfaite qu’elle renvoie.

L’auteure trace ici une lourde critique sociétale sur la mode et son diktat. Le lecteur suivra la vie de notre mannequin, qui est déjà au top, l’histoire n’a pas de but final hormis de dénoncer la réalité de notre société superficielle.En bon jôsei, la narration et l’histoire se focaliseront sur les humeurs des personnages, leurs évolutions et les actes qui en découlent.

La mangaka met en place des personnages humains montrant toutes leurs faiblesses et le lecteur aura de nombreuses occasions d’avoir de l’empathie pour ces individus qui essayent juste de survivre dans leur monde.
L’important est d’ancrer l’œuvre dans la réalité et de faire ouvrir les yeux deslecteurs, car au final, nul enjeu, nulle quête, ou autre rebondissement abracadabrant, c’est la mise en situation de la vie morbide d’une star sur le déclin qui est romancée. L’enquête policière sera d’ailleurs un point indispensable au récit pour faire revenir toute cette folie sur terre.

Dans de nombreuses situations, OKAZAKI n’aura de cesse de montrer la perversité du système. Les thèmes sont nombreux : le sacrifice de ces filles, la souffrance endurée par les opérations chirurgicales, les dérives sexuelles pour occuper son ennui, l’image aseptisée et faussée renvoyée à la jeunesse, la dure réalité de perdre sa beauté et d’être remplacée par une autre, la manipulation des médias, le cercle vieux des médicaments et bien d’autres qu’il serait trop long de citer.

L’auteure ne porte pas d’accusation directe et n’est aucunement moraliste. Certains sujets sont évoqués ou simplement sous-entendus, c’est le lecteur qui déduit leurs intrications, créant ainsi sa propre conclusion et ses leçons de morale. L’histoire est racontée de façon à faire réagir sans accuser directement le problème. Toutefois, cette vision de la mode est appliquée au modèle japonais, avec ces stars qui multiplient les métiers, et le management qui en découlent.

Même s’il n’est pas nécessaire de démontrer la qualité du contenu, celui-ci ne plaira pas à tout. Sa narration très brute et rapide n’aide pas à la compréhension de certains passages. Les changements de lieux se font en une case sans indication visuelle. Certains personnages se ressemblent fortement, il n’y a aucune introduction des acteurs principaux et les liens se découvrent au fil des situations. Ces défauts sont bien présents mais l’intrigue soignée et la présence d’interviews fictives parsemées tout au long du récit nous donne irrémédiablement l’envie de connaître la suite de l’histoire.

Cette tranche de vie nécessitera une seconde lecture sur certains passages, mais les amateurs de jôsei ne seront certainement pas dépaysés par cette narration. L’ambiance se veut réaliste, nous sommes dans un manga pour adultes avec certains passages psychologiquement difficiles et noirs. Il n’y a pas de sexe à proprement parler, mais de nombreuses scènes affichent de la nudité intégrale et des dialogues crus…

Comme vous l’aurez compris, cette œuvre s’adresse en premier lieu aux mangaphiles qui sont à la recherche d’un message, un parti-pris, une seconde lecture et une réflexion sur notre société. Au final, le récit évoque un problème bien plus profond sur une jeunesse en déperdition de repères moraux.

Le manga s’achève sans se terminer. En effet, ce oneshot de 300 pages constitue sa première partie. La mangaka n’a pas pu l’achever suite à un accident de voiture (non mortel) dont elle a malheureusement été victime en avril 2003. L’œuvre a même obtenu le prestigieux Grand prix Tezuka en 2004 !

Le dessin est particulier, à la fois épuré, simpliste et exacerbé, il ne sera pas du goût de tous. L’auteure a indéniablement son propre style, le plus proche étant celui de son ex-assisante Moyoco ANNO (Happy Mania). La mise en case est assez carrée avec des personnages sans réel relief visuel. Cela donne des pages assez « plates » et pas trop surchargées.
Le mouvement reste bien représenté et les personnages ne sont pas statiques. Les bulles de texte qui prennent une place importante grappillent régulièrement sur le dessin. Le style, bien qu’atypique, reste dans la plus pure tradition du jôsei.

Casterman a édité le manga dans sa collection Sakka auteurs dans un format moyen (environ 15x21cm). Le livre, avec une couverture qui tire l’oeil, propose un carré-collé avec rabat. L’ouvrage est de très bonne facture, les pages sont épaisses, de qualité et aucunement transparentes.
Des pages en couleur sont proposées en début de volume avec de belles illustrations de la mangaka et les onomatopées sont traduites. Le titre comporte un effet péliculé pour le faire ressortir. Comme dans toutes les éditions Sakka, une présentation rapide de l’auteur est présente en fin de volume, plus un texte plus personnel sur sa situation en 2007.

Quoi que l’on en dise, la mode et le Star Sytem nous entourent. Que l'on y soit sensible ou non, ce phénomène est présent dans notre société et dicte ses lois. Aujourd'hui, il s’est banalisé dans notre vie, tous les jours un nouveau scandale éclate et fait la Une de nombreux magazines et sites People. Lili est une de ces People : mannequin, chanteuse, actrice, égérie de mode, modèle pour marque… Elle est au top de sa popularité. Véritable modèle de beauté pour la jeunesse, attisant l’envie tout comme la jalousie, elle est sur toutes les lèvres et se trouve être le sujet…

Ma chéwie, qué tooou es belle !

Graphisme - 58%
Histoire - 70%
Mise en scène - 65%
Originalité - 72%
Edition - 80%
Dans son genre - 90%

73%

Le bistouri c'est la vie

Helter-Skelter est un excellent jôsei traitant des problèmes de société actuels. L’auteure décrit avec réalité et dureté une société aveuglée par la beauté fantasmée et la réalité cachée de ces top-modèles qui souhaitent rester au top. À découvrir d’urgence pour les lecteurs qui cherchent du manga différent !




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A propos de darkjuju

Tout au long de mes 20 ans de passion, j’ai pu me bâfrer de Shonen explosif, savourer du Shojo épique, déguster du Seinen puissant, me gargariser de Tezuka et autres merveilles vintages et maintenant je me délecte de titres d’auteurs et underground. La diversité du manga est intarissable.

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