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Folles Passions 1

Folles Passions – Tomes 1~3

Folles Passions – Tomes 1~3 Éditeur : Kana
Titre original : Kyojin Kankei
Dessin : Kazuo KAMUMIRA
Scénario : Kazuo KAMUMIRA
Traduction : Thibaud DESBIEF
Prix : 18 €
Nombre de pages : 330
Date de parution : 22/01/2010

Au fil des chapitres, Kazuo KAMIMURA nous montre jusqu’où la passion peut conduire les êtres. De celle du dessin pour Hokusai et Sutehachi, à la passion amoureuse des jeunes gens, c’est la force de ces sentiments qui emporte avec violence et déraison qu’il nous donne à voir. Kazuo KAMIMURA, que l’on a appelé le peintre de l’ère Shôwa, était un grand admirateur de Hokusai. 

La passion peut se définir sous bien des formes, que ce soit un état émotionnel comme un amour irraisonné, une exaltation intense, ou un intérêt très vif pour un domaine, celle-ci se ressent différemment selon les individus et les situations. Comment Kazuo KAMIMURA réussira-t-il à décrire cette dernière avec la finesse qui le caractérise dans Folles Passions ?

KAMIMURA est plus considéré comme un artiste qu’un dessinateur. Au cours de sa carrière, il a toujours su insuffler des sentiments fort dans ses œuvres en dépassant les limites du média qu’il utilise. Véritable poète, quand il ne s’essaie pas à la versification, il inclut dans ses mangas des extraits de haïkus ou autres poésies d’artistes desquels il est passionné.

Hokusai est l’artiste légendaire de la Grande Vague de Kanagawa faisant partie des trente-six vues du mont Fuji, celui-là même qui influença de nombreux artistes européens, et qui est considéré comme le père du mot « manga ». Surnommé le Vieux Fou ou encore le génie, celui-ci à laissé, selon les dire de l’auteur, pléthore d’anecdotes qui ne demandent qu’à être réinterprétées de nos jours. C’est ce qu’a décidé de faire KAMIMURA dans ce récit.

L’auteur a choisi un moment très particulier de la vie d’Hokusai, celui de ses dernières années d’existence. Le génie est en fin de vie (officiellement Hokusai décède à 88 ans en 1849, dans le manga à 90 ans) mais il garde toute sa fougue. Personnage excentrique, parfois joyeux, parfois aigri, changeant de nom régulièrement, il est en perpétuel déplacement et déménage sur un coup de tête.
L’art ne se commande pas, et c’est ainsi qu’il cumule des commandes non honorées qui l’obligent parfois à se cacher. L’artiste est un bon vivant, il fait ce qui lui chante tant qu’il a encore toute sa tête.

Il est accompagné de sa fille cadette O-Ei, jeune et déjà blessée par la vie (elle est divorcée). D’apparence timide, sa vie passe après celle de son père dont elle s’occupe nuit et jour. Pourtant, O-Ei reste une jeune fille et a un faible pour Sutehachi, le disciple de son paternel.

Sutehachi, quant à lui, est le disciple d’Hokusai, il a déjà une réputation bien installée dans les shunga (gravures japonaises érotiques) et lui servira d’assistant. Volage, tête en l’air et assez rustre il n’en garde pas moins le coeur sur la main et réagit au quart de tour.
Comme le dit Kana : « L’auteur a peut-être investi une partie de lui-même dans le personnage de Sutehachi, en particulier dans le sentiment du jeune homme de ne pas être à la hauteur de Hokusai ». Il s’acoquinera d’O-Shichi, une courtisane qui rentrera en rivalité directe avec O-Ei. Cette dernière possède un caractère fort et se découvrira d’un vice pour assouvir ses fantasmes que l’on pourra qualifier d’enflammés…

C’est la synergie existante entre ces quatre personnages qui alimentera le récit. La narration ne se concentre pas sur un personnage en particulier, bien que le lien commun reste majoritairement Hokusai.
Le manga démarre sur notre artiste, alité, les veines ouvertes pour achever sa dernière œuvre en date, la passion de l’art l’anime toujours et il vit pour cela. O-Ei le soigne et Sutehachi est à son chevet. L’auteur ne perd pas de temps pour introduire les personnages principaux, et dès les premiers chapitres le lecteur comprend rapidement les liens qui les unissent.
De plus, par cette première séquence, le mangaka montre qu’il restera dans son thème adulte répondant aux valeurs du gekiga incluant du tragi-comique, donnant régulièrement un ton très léger.

Folles passions est un manga difficile à décrire, se concentrant sur plusieurs personnages et deux grands thèmes sortent du titre : l’art (ce que signifie être un artiste) et le sexe. Durant la lecture, il est difficile de comprendre les tenants et aboutissants des situations.
Aucun fil conducteur n’est affiché et les pérégrinations de nos personnages ne sont pas soumises à une motivation particulière. KAMIMURA semble avoir voulu une œuvre humaine, basée sur des tranches des vies racontant des histoires et situations liées, en partie, aux anecdotes qu’il a pu trouver.

Les chapitres sont généralement indépendants mais suivent une trame temporelle, des dates importantes seront mentionnées et respectées. Les chapitres peuvent se concentrer sur deux artistes qui se rencontrent, les déboires d’un commerçant, le caractère d’un personnage en particulier, la réaction d’Hokusai face à une commande non honorée, des soirées à la bonne humeur alcoolisée, la réalisation d’œuvre, ou d’autres histoires plus sérieuses sur les sentiments cachés d’un personnage, la rivalité entre femmes, le quotidien difficile enduré, la pauvreté des artistes… mais tous ces sujets restent, dans l’ensemble, survolés et l’auteur ne semble pas souhaiter y apporter d’éléments de réponse, laissant le lecteur se faire ses propres conclusions.

L’ensemble de ces sujets est raconté à la KAMIMURA, réussissant à insuffler assez de vie dans les personnages pour faire ressentir les moments de bonne humeur et d’autres plus dramatiques. L’auteur raconte la « passion » de ces personnages qui se remettent parfois en question, notamment sur la vie d’un artiste qui, malgré la reconnaissance, ne se sent jamais accompli.
Doivent-ils dessiner pour gagner de l’argent ou créer l’art selon leur envie ?

Hokusai sera représenté de façon humaine, très loin de la légende d’aujourd’hui, car derrière les grands mythes se cache un homme. Sa motivation se forge au fil des rencontres et jusqu’à la fin il continuera à remettre son art en question. Même si l’auteur aurait pu aller bien plus loin dans le récit de ce personnage, il est agréable de ne pas avoir adopté l’angle de la biographie pour le décrire. À noter que le décès d’Hokusai se veut très original.

L’auteur décrira certains fonctionnements de cette époque, que ce soit dans la conception des Ukiyo-e (estampes), les commandes d’œuvres aux artistes, ou d’autres points plus administratifs, comme les jugements des prisonniers, et même leurs exécutions. Les villes, rues, commerces, habitations, commençants, personnes du peuple seront le théâtre de toutes ces histoires. Les personnages traînant peu avec la haute société.

Le second thème majeur est le sexe, ce sujet est décliné sous de multiples facettes. Dans de nombreuses scènes érotiques, les sentiments s’entrecroisent, le sexe est pratiqué par plaisir, par amour, par passion, par vice. Il est incontrôlable, inattendu, non désiré, fougueux, intense, passionné ou même tendre… Il peut se pratiquer en cas d’adultère, en cachette, par surprise, par désir, par bestialité ou par perversité… Autant de possibilités que les shunga peuvent représenter et qui seront parfois associées dans des scènes sans tabou.

Folles passions doit être l’oeuvre de l’auteur publiée à ce jour en France comprenant le plus de scène de ce type. Pas d’amalgame, même si certaines sont très claires, elles ne rentrent pas dans la catégorie de la pornographie. KAMIMURA représentera ces dernières de façon réaliste, métaphoriques ou poétiques selon la situation et les personnages choisis. De nombreuses représentations de ces ukiyo-e seront associées lors de ces actes sexuels.
Toute la qualité des scènes vient dans la représentation imagée des désirs de nos couples dans laquelle l’auteur excelle.

Très souvent Sutehachi sera de la partie, ce jeune artiste renommé pour ses shunga a une libido débordante et il n’est pas timide avec les femmes, ces dernières lui donnant l’inspiration pour ces futures œuvres. Il aspire juste à profiter de la vie avec des plaisirs simples : boire, manger, dépenser son argent, passer du temps avec les courtisanes vivant dans la pauvreté.
Ce personnage souvent brut et vulgaire deviendra de plus en plus attachant au fil des volumes. L’auteur le mettra énormément en premier plan et il sera aussi utilisé comme le gentil idiot de service qui sert à dédramatiser la situation.

Même s’il n’y a pas de fil rouge, les personnages principaux se dévoilent au fil de l’histoire, mais cette oeuvre est le parfait exemple de ces mangas qui se lisent en deux étapes, une première lecture dans la perplexité pour découvrir, une seconde pour apprécier les propos, les sujets abordés ainsi que la représentation visuelle de certaines situations.
KAMIMURA a choisi ce ton assez léger qui n’est pas déplaisant, et il arrive très bien à changer l’ambiance pour intensifier la situation,. Il n’hésite pas à la dramatiser si nécessaire, mélangeant par moments l’acte de plaisir et de mort.

Il faut préciser que certaines histoires restent discutables vis à vis de leur utilité ou de la légèreté avec laquelle elles sont décrites. Certains personnages manquent de profondeur et auraient mérité un peu plus de soins (notamment O-Ei).
L’oeuvre oscille entre le récit sur les artistes et sur le sexe, et a du mal à prendre position, ce qui rend difficile la compréhension de l’oeuvre et cela perturbe énormément à la première lecture. Le manque de certaines références se fait sentir dans certaines situations, comme les coutumes, l’évocation de certaines grandes figures ou la participation d’un mangaka sans plus d’explications.

Le dessin de KAMIMURA se marie parfaitement avec l’époque Edo. Son trait étant proche des ukiyo-e, la représentant des artistes dans ce même domaine procure un effet d’immersion par le dessin. L’alternance de planches classiques, d’estampes ou de représentations métaphoriques sont sublimes et intensifie les désirs des personnages.
Seul regret : la présence de personnages secondaires grotesques et l’inclusion de réactions humoristiques parfois en décalage avec le propos. Ceux qui connaissent l’auteur seront en terrain connu. Cependant, au début du manga  les femmes sont assez ressemblantes et il est assez difficile de les différencier.

Ce sont toujours les éditions Kana qui continuent à publier KAMIMURA, dans un grand format (environ 15×21 cm). Les ouvrages sont dotés d’une jaquette amovible, d’une page en couleur à chaque volume et d’un texte de l’auteur à la fin de l’histoire. L’ensemble est de bonne qualité même si un papier un peu épais aurait pu être choisi au vu du prix de chaque volume.
Dans l’ensemble le livre est de bonne facture, là où le bât blesse, c’est sur le travail de l’éditeur, aucun dossier, aucune clef de compréhension et surtout des termes traduits avec un astérisque qui nous font parfois sortir de la lecture.
Les plus chanceux auront même pu mettre la main sur un coffret regroupant les trois volumes qui est très difficilement trouvable à l’heure actuelle.

La passion ....

Graphisme - 79%
Histoire - 65%
Mise en scène - 75%
Originalité - 80%
Edition - 79%
Dans son genre - 73%

75%

... jusqu'au bout des doigts

Folles passions est l’œuvre de KAMIMURA la plus difficile à apprécier dès la première lecture. Pourtant, celle-ci a donné l'occasion à l’auteur de pouvoir représenter humainement l'un de ses maîtres spirituels (il a clairement influencé son art) et décrire avec plus d’amplitude la thématique du sexe qui est présente dans toutes ses œuvres. Alors que l’œuvre oscille entre deux thèmes sans les approfondir complètement, c’est un manga que les initiés redécouvriront à chaque relecture.




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A propos de darkjuju

Tout au long de mes 20 ans de passion, j’ai pu me bâfrer de Shonen explosif, savourer du Shojo épique, déguster du Seinen puissant, me gargariser de Tezuka et autres merveilles vintages et maintenant je me délecte de titres d’auteurs et underground. La diversité du manga est intarissable.

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