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[Dossier] Kazuo KAMIMURA, l’estampiste de l’ère Shôwa

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Les Fleurs du Mal – Tomes 1 & 2

Les Fleurs du Mal – Tomes 1 & 2 Éditeur : Ki-oon
Titre original : Aku no Hana
Dessin : Shûzô OSHIMI
Scénario : Shûzô OSHIMI
Traduction : Thibaud DESBIEF
Prix : 6.6 €
Nombre de pages : 192
Date de parution : 12/01/2017

Une ville de province banale, un collège banal, un quotidien banal. Takao, élève moyen et timide, se sent enfermé dans ce monde étroit. Il n’a qu’une échappatoire : la lecture. Il est surtout fasciné par l’étrangeté des Fleurs du mal de Baudelaire. Ce recueil est devenu son livre de chevet, tout autant que son moyen de se différencier dans un monde gris où tout le monde se ressemble.
Il existe pourtant un élément de surprise incontrôlable dans son univers : Sawa, assise derrière lui en classe, refuse toute autorité en bloc. “Cafards !”, “Larves !” : elle ne rate pas une occasion d’exprimer sa haine et son mépris, même envers ses professeurs. Crainte de tous, elle est l’élément déviant de la classe mais Takao préfère se concentrer sur la populaire Nanako. Il ne lui a jamais parlé et se contente de la regarder de loin.
Alors quand il trouve abandonnés dans la salle de classe les vêtements de sport de l’objet de ses fantasmes, il ne peut s’empêcher de les ramasser… et de s’enfuir en les emportant, sur un coup de tête ! Pas de chance pour lui, Sawa l’a surpris en plein forfait… Avec un grand sourire, elle commence à le faire chanter : s’il ne veut pas qu’elle le dénonce, il doit obéir à ses ordres, même les plus fous !

Dans l’Intimité de Marie avait lancé Shûzô OSHIMI en France mais on attendait encore son oeuvre majeure, celle pour laquelle on avait perdu espoir après les ventes trop limitées du titre sorti chez Akata. Lorsque l’annonce est tombée, elle a assurément fait plaisir à bon nombre de fans qui attendent impatiemment la version Ki-oon des Fleurs du Mal. Ça tombe bien… elle sort ce matin !

Takao, c’est un petit garçon japonais lambda. Conforme et élève tout juste moyen, il vit sa vie sans ennuyer personne; il a même des vues (purement platoniques) sur une fille. Il considère Nanako, l’une des ses camarades de classe comme « sa muse » et la glorifie telle une déesse. Cet ado, comme tous les autres, fait des erreurs. Cependant, celle qu’il va faire va lui coûter cher.

L’acte en lui-même n’est qu’un vol (ça reste une action négative, personne n’ira le contredire, mais disons que c’est quelque chose que l’on voit assez souvent en milieu scolaire), le problème vient de la personne qui le surprend. Sawa est une adolescente qui ne rentre pas dans le moule, une « anomalie » dans le système japonais qui veut que tous suivent le même modèle sans jamais en dévier.
Pourtant, c’est elle qui ressort le plus dans la classe de Takao. Malgré un gabarit standard pour une fille, elle est capable de mettre une pression folle aux professeurs, pression qui va même jusqu’à l’intimidation. Isolée, elle n’a aucun ami et n’hésite pas à insulter ses camarades de cafards ou de cloporte (une situation que l’auteur a lui-même vécu ça, il le dit dans l’un des petits commentaires de chapitres que l’on retrouve dans les pages bonus).
On pourrait décrire Sawa en quelques mots : un caractère singulier et bien trempé ainsi qu’une attitude anti-conformiste…

AKU NO HANA © Shuzo OSHIMI / Kodansha Ltd.

C’est par les sourires que l’on découvre vraiment qui est vraiment ce personnage et les dangers qu’elle représente. La jeune fille peut passer d’une réaction à une autre par une simple variation de rictus. S’il y a bien un point sur lequel le dessin de l’auteur est abouti (il ne l’est pas dans sa globalité), c’est bien au niveau des expressions faciales de ses personnages qui possèdent une expressivité que l’on ne voit que très rarement dans un manga.
Sawa n’a aucun envie de faire ce que les autres veulent d’elle. Le dessinateur l’utilise pour mettre à mal les convenances mais surtout le sens du mot « perversité ». Qu’est-ce qu’être pervers ? Qu’est-ce que la déviance ? Est-ce que chacun d’entre nous ne serait pas un « pervers refoulé » dans une certaine mesure ?
Le but de Sawa est de le prouver en forçant Takao à se révéler. Elle n’hésite pas à le menacer joyeusement jusqu’à ce que le jeune garçon (assez faible psychologiquement, il faut l’avouer) finisse par exécuter les ordres fous qu’elle lui donne.

Pour le moment, les références à Baudelaire restent assez disparates : certains titres de chapitres, l’obsession qu’a le protagoniste pour le travail du poète français et ça s’arrête là pour l’instant. Le contenu des chapitres ayant pour titre un poème de Spleen et Idéal possèdent quand même des éléments qui renvoient au poème.
Le premier exemple vient très rapidement puisqu’on le retrouve dans le deuxième chapitre. L’invitation au voyage (le poème) est un véritable appel à l’amour charnel (« Là, tout n’est qu’ordre et beauté, / Luxe, calme et volupté. ») et il s’avère que les discussions de Takao et Sawa tournent autour des sentiments de Takao pour Nanako et la jeune adolescente va même pousser le timide voleur la tête la première dans la poitrine de celle qu’il aime et idolâtre. Il y a aussi cette idée d’aller quelque part d’autre, un « ailleurs » matérialisé par la demande de Sawa d’aller « de l’autre côté de la montagne » même si ce qu’elle recherche, ce n’est pas un moyen de transport mais plutôt un « voyage ».

Le trait de Shûzô OSHIMI n’était pas encore parfaitement au point lorsqu’il a commencé la série et ce n’est pas aussi joli que ce qu’il a fait dernièrement. Pourtant, on sent déjà un sens de la composition exceptionnel avec des double-pages véritablement géniales. Il suffit de regarder celle qui se trouve à la toute fin du tome 2 pour s’en convaincre. L’introduction étant terminée, le mangaka peut se permettre de se lâcher et la différence avec les premiers chapitres commence déjà à se faire sentir.

Le découpage ose des choses assez intéressantes pour faire passer les sentiments des personnages. On retrouvera donc des planches qui alternent cases et absence de cases. L’auteur s’amuse aussi à fermer certaines et à en laisser d’autres ouvertes (en particulier lorsque les personnages pensent). Il y a aussi cette multiplication massive de petites cases lorsque le protagoniste est en proie au doute et que de multiples émotions l’assaillent. En tout cas, c’est vraiment réussi !

Au niveau de l’édition, Ki-oon a fait un travail très propre, comme à son habitude. La traduction de Thibaud DESBIEF est juste excellente. Le titre n’était pourtant pas si facile à aborder de par son aspect littéraire et aux différences inhérentes aux façons de parler des personnages. Takao possède un vocabulaire bien plus riche que Nanako ou même Sawa grâce à ses multiples lectures et on le remarque assez facilement dans les textes. On aurait pu imaginer que certains passages seraient simplifiés mais il n’en est rien.

Petite surprise quant au format adopté puisque même si l’éditeur le met dans sa collection seinen, il a fait le choix d’un petit format histoire de coller au maximum à la fabrication japonaise. Dans l’immédiat, ça ne gêne pas plus que ça même si on pouvait penser que l’éditeur conserverait son format seinen classique. La tranche est aussi plus marquée dans la version française puisqu’elle n’est pas traversée par le dessin.

Au niveau de la couverture, il y a eu un véritable travail graphique. Le détail que l’on remarque immédiatement n’est autre que la colorisation du personnage mis en avant. On notera aussi la disparition de la bulle de texte au profit d’un titre qui ressort mieux mais aussi de ces « fleurs » étranges qui apparaissent sur l’édition des Fleurs du Mal de Baudelaire que Takao aime tant. En tout cas, difficile de dire que ces changements n’attirent pas l’oeil et ils pourront sans doute aider à une meilleure diffusion de l’oeuvre.

Dans l'Intimité de Marie avait lancé Shûzô OSHIMI en France mais on attendait encore son oeuvre majeure, celle pour laquelle on avait perdu espoir après les ventes trop limitées du titre sorti chez Akata. Lorsque l'annonce est tombée, elle a assurément fait plaisir à bon nombre de fans qui attendent impatiemment la version Ki-oon des Fleurs du Mal. Ça tombe bien... elle sort ce matin ! Takao, c'est un petit garçon japonais lambda. Conforme et élève tout juste moyen, il vit sa vie sans ennuyer personne; il a même des vues (purement platoniques) sur une fille. Il considère Nanako, l'une des ses camarades de classe comme "sa…

L'Espoir, vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Graphisme - 68%
Histoire - 81%
Mise en scène - 91%
Originalité - 77%
Edition - 75%
Dans son genre - 93%

81%

Teenage Dream

Un noyau dur de lecteurs attendait ce titre depuis plusieurs mois et il ne sera pas déçu. Même si le début est graphiquement assez moyen, on sait que le trait du mangaka va rapidement évoluer pour se rapprocher de ce qu'on a pu voir dans Dans L'Intimité de Marie. Le titre d'OSHIMI est un véritable pamphlet social qui vient mettre en avant les troubles de l'adolescence dans un récit à tendances autobiographiques dont il est difficile de décrocher.




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A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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