Japan Expo - 18ème Impact

Publicité

Accueil / Chroniques Manga & Animé / Chroniques Mangas / La Fille du bureau de tabac

Dossier Boichi

Publicité

La Fille du bureau de tabac

La Fille du bureau de tabac Éditeur : Cambourakis
Titre original : Tabakoya no Musume
Dessin : Masahiko MATSUMOTO
Scénario : Masahiko MATSUMOTO
Traduction : Ryoko SEKIGUCHI et Patrick HONNORE
Prix : 21.3 €
Nombre de pages : 272
Date de parution : 23/10/2010

Publiées dans les années 70, ces onze nouvelles ont pour cadre le Tokyo des années 60, dont Matsumoto excelle à dessiner les petites rues, les commerces, les restaurants. Des scènes de chantier, de travaux, de destructions, ponctuent le livre, symboles d’une ville en pleine mutation, urbaine et sociale. « Avez-vous mis votre coeur en alarme ? » Cette recommandation, symboliquement placée tout au début du livre, est comme une mise en garde adressée aux personnages, qui tous doivent négocier des transitions, faire des choix, dans un environnement incertain, où le mode de vie traditionnel se voit bousculé par la modernité.

Le gekiga est un courant alternatif né dans les années 50 par trois jeunes auteurs qui souhaitent dessiner du manga différemment. Le but était de proposer des histoires avec des thématiques adultes, loin des récits enfantins de TEZUKA. L’un d’eux était Masahiko MATSUMOTO, auteur de ce recueil. Dans La Fille du bureau de tabac, compilation datant du début des années 70, l’auteur approche de la quarantaine et sa reconnaissance en tant qu’auteur n’est plus à prouver.

À l’aide de 11 récits indépendants (répartis sur 17 histoires), le mangaka nous raconte des tranches de vie banales totalement indépendantes, des scènes sans réelles importances apparentes mais fortement ancrées dans la mentalité japonaise de cette époque. La Fille du bureau de tabac est une d’ailleurs le titre d’une de ces nouvelles.

Pour les non-initiés, il faut avouer qu’à la lecture de ce manga, rien n’est réellement passionnant. Les situations sont des plus simplistes, insipides, voire soporifiques. Il ne semble pas y avoir de morale ou de but final et une fois arrivé à la moitié du volume, on doute clairement de son intérêt, le graphisme n’aidant pas à contredire ce ressenti. Pourtant, l’auteur n’a pas acquis ses lettres de noblesse par miracle.

Le manga va nécessiter des efforts de la part du lecteur pour arriver à un second niveau de lecture. Lors de cette analyse, on réalise que de nombreux sujets sont récurrents et sont souvent réinterprétés dans chaque histoire. Chaque récit implique souvent des jeunes, âgés entre 20 et 30 ans, célibataires, cherchant leur moitié; une jeunesse souvent insouciante de la vie ou ayant peur de s’engager.

Durant les onze récits, de nombreuses situations seront présentées : échapper à un mariage arrangé, rester avec un homme par défaut, choisir son couple par rapport à l’amour ou l’argent, la peur d’avouer sa flamme, chercher une excuse pour revoir une personne, l’infidélité, l’alcoolisme, la cupidité, un couple qui bat de l’aile, un homme délaissé par sa femme pour un plus riche, un couple non marié qui n’arrive pas à avoir de logement, des personnages qui ne trouvent pas chaussure à leurs pieds, la recherche de l’Amour, une sexualité mal assumée ou encore de gens frustrés qui ont pourtant des désirs assez simples.

Ces nombreux sujets dépeignent une réalité qui est encore très présente dans le Japon d’aujourd’hui. Cette société timide à tous les niveaux, où la rencontre homme-femme devient naturellement interdite et où les mariages arrangés sont perçus comme la solution de facilité. En découlent des problèmes plus profonds avec ces couples qui se marient sans se connaître, qui sont formés sur une base matérialiste et vivent ensemble sans amour.

L’engagement est un autre thème récurrent. Qu’est-ce que perdre sa liberté et s’investir dans un couple ? Comment devenir adulte et arrêter l’oisiveté quand on doit assurer pour sa famille ? Nos protagonistes sont souvent hésitants au moment de prendre une décision qui changeront leur vie.

La place de la femme dans ces histoires a aussi une importance cruciale. Historiquement, les femmes sont cantonnées à devenir des maîtresses de maison. Dès qu’elles trouvent un mari, elles arrêtent immédiatement de travailler et d’avoir une carrière. Ce passage est une obligation à cette époque.
Ici, l’auteur introduit des femmes autonomes, intelligentes et faisant preuve d’initiative. Attention, nous sommes loin d’un discours féministe, d’ailleurs l’une d’elle dira naturellement à son amie qu’une bonne correction de son mari lui fera du bien (!) ou encore d’être heureuse d’avoir « la chance » d’être payée comme un homme.

Certaines situations sont symboliquement fortes, comme la prise de décision d’avorter, de choisir un homme par amour mais aussi la prise d’initiative pour débuter une relation, surpasser ses complexes sur le sexe pour obtenir un travail bien payé, ne pas avoir peur de braver l’interdit en voulant vivre en couple non marié… Tous ces actes, bien que banals aujourd’hui, sont des actions « héroïques » pour nos protagonistes « limités » par leur culture et la pression sociale du « on dit ».

L’oeuvre se révèle au final bien plus profonde qu’elle n’y paraît malgré ces petites scènes banales qui ne sont pas dénuées d’intérêt. Le ton se veut insouciant avec un humour léger à la japonaise dans ce Japon en plein bouleversement économique. C’est une véritable fenêtre ouverte sur cette époque qui pourra intéresser les lecteurs français curieux de l’ambiance et la mentalité des années 60.

Il n’est pas nécessaire de le cacher, le dessin n’est pas le point fort de ce manga.
Les décors et paysages restent plutôt de bonne facture avec des lieux parfaitement reconnaissables, mais l’ensemble manque de détail et donne une impression de vide.
Concernant les personnages ils sont représentés avec une tête proportionnellement énorme et un visage à la fois simple et non réaliste. De plus, tous les protagonistes sont presque identiques alors que ce sont des histoires indépendantes. Cela biaise la compréhension du lecteur la première fois et cela l’obligera à vérifier les noms des personnages pour bien comprendre ce qu’il lit.

Les Éditions Cambourakis signent une édition d’excellente facture. Le manga est en grand format (env 17×24 cm), avec une jaquette amovible et un papier blanc épais. L’ensemble est cohérent et en fait un bel objet, même si la couverture non plastifiée est assez fragile. Concernant l’adaptation, le texte est écrit en minuscule contrairement à ce que l’on trouve sur le marché. Les onomatopées originales sont présentes et les traductions hors des cases ont parfois un emplacement pas très judicieux…

Un lexique sur les chansons ou célébrités de l’époque est présent. Toutefois, aucun dossier de compréhension ou de remise en contexte, c’est fortement dommage pour le lecteur non-initié. D’ailleurs, la description sur le site de l’éditeur est plus détaillée que sur le résumé de quatrième de couverture… À noter que le manga a été traduit et publié avec le concours du Centre National du Livre.

Le gekiga est un courant alternatif né dans les années 50 par trois jeunes auteurs qui souhaitent dessiner du manga différemment. Le but était de proposer des histoires avec des thématiques adultes, loin des récits enfantins de TEZUKA. L'un d'eux était Masahiko MATSUMOTO, auteur de ce recueil. Dans La Fille du bureau de tabac, compilation datant du début des années 70, l'auteur approche de la quarantaine et sa reconnaissance en tant qu’auteur n'est plus à prouver. À l’aide de 11 récits indépendants (répartis sur 17 histoires), le mangaka nous raconte des tranches de vie banales totalement indépendantes, des scènes sans réelles…

Suis moi je te fuis !

Graphisme - 43%
Histoire - 35%
Mise en scène - 55%
Originalité - 40%
Edition - 69%
Dans son genre - 55%

50%

Fumer tue

Ce manga est un véritable « instantané » sur la relation entre personnes et l’engagement que cela engendre dans ce japon des années 70 en pleine mutation. Cette oeuvre sera appréciée par des lecteurs cherchant à approfondir leur connaissance de la culture sociale de cette époque.




Acheter sur Amazon

A propos de darkjuju

Tout au long de mes 20 ans de passion, j’ai pu me bâfrer de Shonen explosif, savourer du Shojo épique, déguster du Seinen puissant, me gargariser de Tezuka et autres merveilles vintages et maintenant je me délecte de titres d’auteurs et underground. La diversité du manga est intarissable.

Laisser un commentaire

banner