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Une Femme de Shôwa

Une Femme de Shôwa Éditeur : Kana
Titre original : Shôwa Ichidai Onna
Dessin : Kazuo KAMIMURA
Scénario : Ikki KAJIWARA
Traduction : Sylvain SAMSON
Prix : 15 €
Nombre de pages : 272
Date de parution : 20/01/2017

Dans l’immédiate après-guerre, la petite Shôko est livrée à elle-même après le décès tragique de sa mère. Réduite au vol, elle va tout mettre en oeuvre pour survivre dans ce Japon qui se reconstruit. La jeune fille est animée par la vengeance. Elle punira tous ceux qui font du mal aux personnes qui l’ont aidée…

La publication d’un nouveau Kazuo KAMIMURA est toujours un évènement pour les amateurs de gekiga poétique. Dans Une Femme de Shôwa, ce dernier s’associe à Ikki KAJIWARA, le scénariste de l’excellent Ashita no Joe (connu aussi sous le nom de Asao TAKAMORI). Quel est le résultat de la rencontre de ces deux auteurs majeurs de leur époque ?

L’ère Showa se déroule de 1926 à 1989 sous le règne de l’empereur Hirohito. Pendant cette période le Japon connaît de grand bouleversement avec la Seconde Guerre Mondiale, la montée du nationalisme, la bombe atomique, la reddition du pays et le débarquement des Américains; le pays est ravagé par la guerre. C’est dans ce contexte que le père de Shôko (notre héroïne) est écrivain, non conformiste et recherché par la police spéciale. Sa mère, quant à elle, est une geisha réputée qui a su percer grâce à son mari.

Le début de l’oeuvre démarre fort, la police spéciale débarque et arrête la mère de Shôko sous excuse d’être complice de l’activité secrète de son mari. Cette dernière est torturée, humiliée par ce groupe d’officiels qui outrepasse la dignité humaine pour obtenir les informations qu’ils souhaitent. Dès les premières pages, le duo d’auteurs montre le ton : l’oeuvre se voudra dure, réaliste, difficile psychologiquement, et ancrée dans l’ambiance horrifique de cette époque.

Après le décès de sa mère (suite aux blessures qu’elle a subies), Shôko se retrouve seule à devoir survire à un âge trop précoce. Elle enchaîne les vols à l’étalage sous risque de se faire tabasser. Elle se réfugie dans des bâtiments désaffectés utilisés par les Américains qui violent impunément des Japonaises ou encore essaye de survivre en jouant à la petite fille aux allumettes, se prostituant pour récolter de l’argent facile.
Ceci n’est que le premier quart de l’oeuvre, Shôko grandira et continuera à survivre dans la rue, en pension ou dans la vie. L’oeuvre se décompose en trois actes, son enfance orpheline, son adolescente au centre de rééducation, et le début de l’âge adulte avec son émancipation.

Comme indiqué plus haut, ce titre se veut réaliste et nécessite donc se se remettre dans le contexte historique. Comme Yoshihiro TATSUMI avait pu le faire en son temps avec Goodbye (Éditions Vertige Graphics), KAMIMURA et KAJIWARA souhaitent dépeindre la difficulté de cette époque. Décrivant la réalité des orphelins, des femmes seules qui se prostituent aux Américains et des responsables des administrations qui abusent de leurs positions.

Les personnages que Shôko rencontre dans différentes situations n’aspirent qu’à une chose : survivre, souvent au détriment de la dignité humaine. Entre les viols, tortures, séances de tabassages, lynchages, bizutages, humiliations, abus de position et rites d’initiatiques, les situations ne manqueront pas pour montrer l’horreur et la cruauté dans lesquelles les humains sont si prolifiques.

Cependant, l’oeuvre ne se limite pas à son contexte difficile, l’important c’est l’héroïne et comment elle réagira face à ces situations. Son évolution constitue le coeur de l’oeuvre. Celle-ci a un caractère fort, inflexible et inébranlable, elle lutte pour survivre dans ce monde sans pitié. C’est une battante, qui ne se laisse pas dépasser par la situation. C’est une fille intelligente qui a eu une bonne éducation, mais que la vie a transformée en dure à cuire.

Les différentes rencontres la forgeront, que ce soit grâce aux prostituées soumises à leur proxénète, son père qui a laissé sa femme mourir plutôt que se rendre, l’abus de position des responsables du centre de redressement, ou encore la violence gratuite de ses résidentes. Le sentiment de justice vengeresse sera sa motivation première (un peu comme chez une autre héroïne de KAMIMURA qui a inspirée un film de TARANTINO). Sans être altruiste, elle se vengera des personnes qui se sont opposées à elles ou qui ont fait du mal à ses amis.

Elle est aussi inspiratrice, et ne laissera pas indifférente ceux qui restent passifs face aux actes de violence. Elle leur donnera la force de se battre face à l’injustice et réussir leur rédemption personnelle. Elle apprendra aussi au contact des autres : Shôko reste une jeune fille et des sentiments forts d’amour et son épanouissement en tant que femme feront évoluer son caractère.

Au début de l’œuvre la narration se veut assez soutenue, le récit enchaîne rapidement lors de la mise en contexte. Une fois que Shôko se retrouve seule, la narration prend un rythme plus lent qui permet de mieux apprécier l’enchainement des évènements.
À noter que l’on ne retrouve pas exactement la même finesse poétique ou autres métaphores symboliques imagées pour lesquelles l’auteur excelle naturellement. Peut-être est-ce le résultat de la collaboration avec un scénariste qui n’a pas laissé à KAMIMURA la liberté habituelle dont il peut jouir en temps normal. Bien sûr, ceci n’est qu’un ressenti par rapport aux autres œuvres déjà publiée, il ne faut pas le considérer non plus comme un réel défaut.

Il est intéressant de noter de nombreux parallèles avec Ashita no Joe, que ce soit dans le caractère de notre héroïne ou certaines scènes de l’histoire, notamment sur la persévérance de Shôko ou les différentes scènes du centre de redressement (lynchages, lâché de cochons.)… Le passé du scénariste reste très présent dans les histoires qu’il raconte.

L’oeuvre reste à ce jour inachevée, la faute au magazine de pré-publication qui a cessé son activité, toutefois l’histoire se termine dans ce que l’on peut considérer comme une première partie complète et ne s’achève pas sur un cliffhanger. Naturellement, une suite aux aventures de Shôko n’aurait pas été de refus…

Côté dessin, on reconnaît immédiatement la patte de KAMIMURA, un trait qui se veut simple, proche des estampes, ceci reste daté des années 70 mais il reste efficace. Même si l’on reconnaît ce trait propre à l’auteur, il semble un peu plus grossier et un problème de proportions des personnages se fait ressentir, ils ont parfois des têtes plus grandes que le reste du corps. Nous ne retrouvons pas l’extrême élégance habituelle du dessinateur.

Dans des situations de violence, la réaction des personnages ou la mise en scène se veut plus légère donnant un faux effet comique. Ces points enlèvent du réalisme à l’oeuvre et peuvent gêner l’implication du lecteur dans la dramaturgie des situations.
La mise en scène utilise un cadrage différent, usant de vues plongeantes ou de contre-plongées, accentuant la position de force ou de domination des personnages, cela donne un effet d’oppression, augmentant la dureté du propos, mais à force d’user de cette technique, le lecteur pourra avoir du mal à se projeter visuellement au même niveau que les personnages.

Les éditions Kana ont compris qu’il fallait soigner ce titre, celui-ci nécessite une mise en contexte, pour cela, l’éditeur nous gratifie de 7 pages d’explications sur l’oeuvre, les auteurs et le processus de création. Un dossier très appréciable, mais qu’il sera conseillé de lire à la fin de l’oeuvre pour ceux qui ne souhaitent pas être trop en savoir avant de découvrir le titre. De plus, le dossier encense les nombreuses pages couleurs de l’édition originale qui ne sont malheureusement pas présentes dans l’édition française, choix difficile à comprendre…

Autre petit bémol, malgré une couverture au grain intéressant et inattendu, on remarque que Kana a fait le choix d’un papier plus fin mais surtout beaucoup plus léger que sur les précédents titres de l’auteur. On a donc un ouvrage extrêmement souple en main et il faut avouer que c’est assez désagréable de voir le livre se déformer ainsi. Sur un shônen ou autres séries, c’est gênant, certes, mais sur du KAMIMURA, ça fait assez mal au coeur.

La publication d’un nouveau Kazuo KAMIMURA est toujours un évènement pour les amateurs de gekiga poétique. Dans Une Femme de Shôwa, ce dernier s’associe à Ikki KAJIWARA, le scénariste de l’excellent Ashita no Joe (connu aussi sous le nom de Asao TAKAMORI). Quel est le résultat de la rencontre de ces deux auteurs majeurs de leur époque ? L’ère Showa se déroule de 1926 à 1989 sous le règne de l’empereur Hirohito. Pendant cette période le Japon connaît de grand bouleversement avec la Seconde Guerre Mondiale, la montée du nationalisme, la bombe atomique, la reddition du pays et le débarquement des…

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Graphisme - 80%
Histoire - 67%
Mise en scène - 75%
Originalité - 67%
Edition - 68%
Dans son genre - 75%

72%

Ashita no Shôko

Une femme de Showa est une oeuvre particulière, de par sa collaboration entre deux auteurs majeurs des années 70, son thème difficile et son traitement. L’héroïne est une femme forte que l’on aurait aimé suivre jusqu’au bout de l’aventure. Il sera difficile à conseiller comme première lecture pour découvrir KAMIMURA car elle demande une relecture pour l’apprécier dans sa globalité, mais elle reste passionnante pour les fans et d’un point de vue culturel.

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A propos de darkjuju

Tout au long de mes 20 ans de passion, j’ai pu me bâfrer de Shonen explosif, savourer du Shojo épique, déguster du Seinen puissant, me gargariser de Tezuka et autres merveilles vintages et maintenant je me délecte de titres d’auteurs et underground. La diversité du manga est intarissable.

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