Publicité

Accueil / Chroniques Manga & Animé / Chroniques Mangas / Dívčí Válka – Tome 1

Publicité

Dívčí Válka 1

Dívčí Válka – Tome 1

Dívčí Válka – Tome 1 Éditeur : Komikku
Titre original : Otome Sensou
Dessin : Kôichi OHNISHI
Scénario : Kôichi OHNISHI
Traduction : Yohan Leclerc
Prix : 8.5 €
Nombre de pages : 192
Date de parution : 21/04/2016

1415 : Jan Hus, théologien de Prague opposé à la corruption de l’Église, est brûlé comme hérétique. Cet événement marque le début d’une lutte farouche entre les hussites, partisans de l’égalité entre tous les disciples, et les catholiques soutenant l’autorité du clergé.
1419 : Début des conflits qui seront connus sous le nom de « guerres hussites ».
1420 : Un petit village du royaume de Bohême est massacré par les chevaliers catholiques de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. La jeune Šárka, seule rescapée du massacre, croise la route du chef de guerre hussite Jan Žižka et choisit de prendre les armes…

Comme souvent dans le manga, c’est le mélange des genres qui va attiser notre curiosité pour un titre. La couverture de Dívčí Válka représente une jeune fille blonde en position belliqueuse. Avec ses grands yeux, on est dans les archétypes du manga, on s’attend même presque à trouver un robot géant derrière elle.
Que nenni !
C’est une troupe en tenue médiévale qui est là. À ce stade, le lecteur va prendre le temps de lire le résumé en 4e de couverture. Deux surprises : La mention « réservé à un public averti » (chose que la couverture n’annonce pas vraiment) et un ancrage fort de ce manga dans un contexte historique tchèque. Après tout, pourquoi pas…. En tout cas, c’est comme ça qu’on découvre Dívčí Válka.

L’avertissement de l’éditeur se justifie très vite : dés le début, on a des globes oculaires qui volent, des viols de jeunes filles (jusqu’à la mort !)… Difficile de juger de la véracité historique pour le lecteur français lambda qui ne connaît pas Jan Hus et son enseignement.

Šárka, victime d’ignobles soldats, est donc l’héroïne de fiction qui va nous aider à entrer dans cet univers. Malgré son apparence fragile, elle refuse de se laisser aller. Elle va sans hésitation accepter la proposition de Jan Žižka, le chef de guerre.
Visiblement, Kôichi OHNISHI veut délivrer un message d’espoir aux victimes de traumatisme. La jeune Šárka va aller de l’avant en participant activement à la vie du groupe. Elle évite d’être un poids mort et apprend donc à manipuler la « pišt’ala » (une arme nouvelle). Elle prend donc très (trop) au sérieux tout ce que le chef de guerre dit.

Quand des cas de conscience surgissent, elle prie avec les autres hussites. Le groupe est unis par une foi commune dans la doctrine de Jan Hus : lire la bible en tchèque, lutter contre la corruption du clergé… Il s’agit d’une remise en cause du pouvoir de l’Église !
Le contexte politico-religieux (coexistence de plusieurs papes, conflits de successions) rendent les hussites dangereux aux yeux des puissants. Comme souvent, quand les japonais parlent de chrétienté, l’aspect « bonté-absolue-avec-de-la-lumière-du-ciel » est très présent. On sent une fascination pour la spiritualité à l’occidentale, mais pourtant, le mangaka ne met pas cela au centre de son œuvre (et tant mieux).
C’est finalement la victime capable de se relever, de prendre arme et de chanter à nouveau qui intéresse l’auteur de Dívčí Válka.

Ce message au centre de l’intrigue explique la nécessité de montrer des scènes crues. Si les batailles, celles avec des morceaux d’êtres humains qui traînent partout, laissent le lecteur de manga aguerri assez indifférent, il n’en est pas de même avec les scènes de viols.
On ne voit grand chose, mais cela laisse une forte impression mais on ne peut s’empêcher de douter : Peut-on réellement mourir ainsi ? La réponse n’est pas importante, ce qui compte, c’est que ce manga qui se présente comme historique ne réussit pas à nous faire adhérer à l’intrigue.

L’aspect « manga sans concession » repose uniquement sur cette scène et finalement, c’est un « sans concession » de surface. À chaque question éthique que se pose l’héroïne, on élude la difficulté morale d’une façon ou d’une autre (la prière étant une solution pratique et quasi-magique). C’est pourtant dans ce retournement bourreau/victime que se situe la véritable originalité de ton, pas dans une énième scène de violence. La suite de la série sera peut être plus subversive ; en tout cas, le potentiel est là.

Les personnages secondaires sont aussi très intéressants et promettent des développements passionnants : que ce soit l’histoire de ce chef de guerre qui rêve d’une armée ultime et recrute des fillettes, ou la femme soldat capable de tenir tête à des grosses brutes, ou encore la jeune érudite et croyante fervente qui va sans doute avoir une importance grandissante dans l’intrigue.

Coté édition, on notera que la mention « réservé à un public averti » aurait plus sa place sur la première de couverture que sur la quatrième et surtout le travail sur la langue et le contexte historique. La lecture n’est jamais gênée par un point obscur, les mots étrangers sont donnés dans une situation qui éclaire le sens et le dossier documentaire synthétise efficacement les informations nécessaires à la compréhension de l’intrigue.

Dívčí Válka a donc des qualités, mais ce premier tome a aussi beaucoup de défauts. La principale gêne à la lecture, qui saute aux yeux dans les premières pages, est le style graphique. Dans certaines cases, l’héroïne semble sortir d’un shôjo manga des années 70 !
Elle prend donc une pose quasi-parodique au moment de la scène de viol. On sent que Kôichi OHNISHI est plus à l’aise pour dessiner les grosses brutes sanguinaires que les jeunes filles effarouchées. Le problème est que ce manga est sous-titré « la guerre des pucelles »… Il faut espérer que ce manga l’aidera à pallier à ce défaut dans son trait.

Au final, je ne vois que deux raisons de lire ce manga : la première est l’attrait de l’interdit (c’est un manga « sans concession »), la deuxième est la curiosité pour le contexte historique (la Bohème du XVe siècle). Si vous êtes concerné par ce dernier cas, vous avez sans doute lu (entre autres) Arte de Kei OHKUBO (chez Komikku), Bride Stories de Kaoru MORI (chez Ki-oon), etc…
Autant vous prévenir tout de suite : le décor n’est pas la priorité de Kôichi OHNISHI. Certes, il passe du temps sur les costumes des personnages, mais les paysages sont sommaires, les bâtiments manquent d’exotisme… Le souffle épique qui arrive du fond de la case est absent et cela décevra sans doute beaucoup de fans du genre.

Jeune, pucelle et armée !

Graphisme - 42%
Histoire - 55%
Mise en scène - 52%
Originalité - 61%
Edition - 54%
Dans son genre - 41%

51%

d'Histoire

C'est une série qui doit faire ses preuves car ce premier tome aura du mal à convaincre notamment à cause d'un graphisme pas la hauteur de l'ambition. L'histoire, la mise en scène et l'originalité ne réussissent pas à entièrement sauver ce début de série.




A propos de Apsara

Apsara
Mon travail m'incite à me tourner vers les mangas destinés aux plus jeunes, mais mon plaisir ne veut pas être en reste. Alors je lis aussi des trucs avec du sexe, de la violence et des gros mots.

Laisser un commentaire

banner