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Dossier Boichi

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Dead Dead Demon's Dededededestruction 1

Dead Dead Demon’s Dededededestruction – Tome 1

Dead Dead Demon’s Dededededestruction – Tome 1 Éditeur : Kana
Titre original : Dead Dead Demon's Dededededestruction
Dessin : Inio ASANO
Scénario : Inio ASANO
Traduction : Thibaud DESBIEF
Prix : 7.45 €
Nombre de pages : 196
Date de parution : 07/10/2016

Depuis 3 ans, le ciel de Tokyo est recouvert par un gigantesque vaisseau spatial extra-terrestre. Pourtant, aucune attaque de la part des extra-terrestres n’est recensée bien que les humains abattent, avec une facilité déconcertante, les petits vaisseaux qui sortent de temps en temps du ventre de l’immense engin… 
Pendant ce temps, sur Terre, les deux amies Kadode et Ôran, comme la majorité des humains, ne prêtent plus attention à ce vaisseau et continuent à vivre leur vie. Mais ces 3 années de paix ont endormi la vigilance de l’Humanité… Elle ne remarque pas que « l’envahisseur » s’est infiltré au sein de sa population. Et il pourrait bientôt troubler leur paisible quotidien !

Après plusieurs mois à nous faire languir, les éditions Kana sortent entre le dernier titre d’Inio ASANO, Dead Dead Demon’s Dededededestruction, le nouveau titre d’Inio ASANO. Après les petits ovnis que sont Bonne nuit PunpunSolanin et La Fille de la Plage,  l’auteur nous montre qu’il ne manque pas d’idées pour changer le cadre d’une jeunesse toujours aussi désabusée.

Autant le dire tout de suite, ce premier opus est incroyablement difficile à traiter. C’était déjà un peu le cas dans Bonne Nuit Punpun et c’est vrai une fois de plus, ASANO nous propose une mise en place assez floue. Une fois la lecture de ce premier volume terminée, le lecteur est complètement dans le brouillard. Le trailer parle de l’attitude du Japon post-catastrophe mais c’est encore assez difficile à voir dans ce premier tome.

Sous des couverts de tranches de vie traditionnelles, ASANO nous balance une réalité qui ressemble à la notre mais ne l’est pas totalement. On note l’apparition de ce vaisseau alien mais celui-ci ne semble avoir absolument aucun impact sur le quotidien des deux héroïnes. Au détour d’une case, on apprend même que « l’invasion » a été repoussée assez facilement. Peut-on alors vraiment parler de catastrophe ?
Il serait peut-être plus judicieux de parler de « changement », d’un élément qui vient un peu chambouler la perception du monde par les personnages principaux. En tout cas, compte tenu des éléments donnés par le mangaka, difficile de vraiment considérer cette tentative de colonisation ratée de la part des aliens comme une véritable catastrophe ni même comme une menace.

Cependant, on réalise très rapidement que cette contextualisation ne sert que de prétexte à l’auteur pour faire ce qu’il sait faire de mieux : parler de la jeunesse. On retrouve Ôran et Kadode, deux adolescentes que l’on pourrait presque qualifier de traditionnelles. Elles s’amusent entre copines, elles vont en cours, elles s’entendent plus ou moins bien avec leurs parents… À ce niveau là, rien à signaler.
On notera quand même une certaine excentricité chez Ôran et les membres de sa famille qui n’est pas sans rappeler les familles victimes de sectes que l’on retrouve dans certains titres (GTO Paradise Lost pour n’en citer qu’un assez récent).
Dead Dead Demon’s Dededededestruction va donc parler de problèmes sociaux que l’auteur a déjà évoqué mais qu’il cherche à développer dans un cadre nouveau. On sent déjà quelques éléments qui vont être réutilisés (caractère blasé de l’une des héroïnes, familles dysfonctionnelles, adultes complètement à côté de la plaque et souvent apathiques…) mais il y a assez d’originalité pour que l’on ait pas l’impression de se trouver dans une rediffusion.

ASANO sait comment jouer avec son lecteur et le prouve une fois de plus grâce à Isobeyan. Dans ce « manga dans le manga », il introduit un petit personnage (qui ressemble très, très fortement à un pénis juste au cas où vous auriez oublié qu’on se trouve dans une oeuvre d’ASANO) dont l’une des deux adolescentes raffole et même si on ne voit encore aucun impact direct de ce petit personnage dans le monde réel, on se doute que ça viendra avec le temps, l’auteur n’étant pas le genre de scénariste à laisser les choses complètement au hasard.

Si l’on doit retenir une seule chose de ce premier tome, c’est qu’il sert de mise en place, ni plus ni moins. Le mangaka pose son histoire, ses personnages, son cadre dans une introduction que l’on pourra trouver peut-être un peu longue et peut-être un peu classique quand on a lu ses autres oeuvres. Cependant, il faut reconnaître qu’elle a le mérite d’être efficace. Même s’il est difficile de voir où l’auteur veut en venir, on sent qu’il a une véritable maîtrise de son récit et ne cherche pas à le tirer artificiellement.

Ceux qui connaissent l’auteur de La Fille de la plage ne devraient pas vraiment être surpris par son trait. Le rendu photoréaliste des décors est toujours aussi impressionnant. ASANO possède une technique de dessin alliant travail à la plume et travail informatique qui force le respect. D’autres articles l’expliquent en plus de détails mais il utilise des photos qu’il prend lui-même en repérage et qu’il « calque » tout en ajoutant sa petite touche personnelle (et les éléments de science-fiction) pour arriver à un résultat bluffant de réalisme.
Ajoutez à cela des personnages très attachants et au chara-design immédiatement reconnaissable et vous obtenez un univers graphique cohérent, accrocheur et qui devrait attirer l’oeil du lecteur assez facilement (même s’il ne connaît pas l’auteur).

L’une des petites particularités graphiques de Dead Dead Demon’s Dededededestruction se matérialise bien en japonais mais n’a pas vraiment été traitée aussi bien qu’elle aurait pu l’être dans l’édition française.
Tout au long de son titre, ASANO invente des sons avec lesquels il inonde la page grâce à une flopée d’hiragana (pour faire simple, il s’agit de l’un des alphabets japonais). Le traducteur n’a pas vraiment cherché à traduire ces néologismes et s’est contenté d’une petite note disant que ces bruits n’existaient pas et que l’auteur invente des lettres.
Cette note étant presque cachée dans l’une des premières pages où ces hiragana apparaissent, le lecteur pressé n’y fera pas forcément attention et pourra se demander assez souvent pourquoi il y a des grosses lettres japonaises un peu partout dans son édition française. Au niveau de l’édition (surtout du lettrage), il y avait peut-être eu mieux à faire avec un assemblage de lettres latines qui aurait pu donner un résultat satisfaisant…

Pour le reste, Kana a fait du beau boulot avec la couverture qui n’était pourtant pas facile du tout à adapter, le titre n’étant pas vraiment écrit mais apparaissant grâce à un vernis sélectif très agréable. Pour la qualité de l’ouvrage dans sa globalité, c’est du tout bon et le savoir faire de Kana n’est plus à prouver. Les pages en couleur sont bien rendues et impossible de plier le livre entre deux doigts donc le petit détail des onomatopées mis de côté, il n’a pas grand chose à redire sur le travail d’édition.

Après plusieurs mois à nous faire languir, les éditions Kana sortent entre le dernier titre d'Inio ASANO, Dead Dead Demon's Dededededestruction, le nouveau titre d'Inio ASANO. Après les petits ovnis que sont Bonne nuit Punpun, Solanin et La Fille de la Plage,  l'auteur nous montre qu'il ne manque pas d'idées pour changer le cadre d'une jeunesse toujours aussi désabusée. Autant le dire tout de suite, ce premier opus est incroyablement difficile à traiter. C'était déjà un peu le cas dans Bonne Nuit Punpun et c'est vrai une fois de plus, ASANO nous propose une mise en place assez floue. Une fois la lecture de ce premier volume terminée,…

"J'ai cru voir un (ro) vaisseau alien !"

Graphisme - 90%
Histoire - 55%
Mise en scène - 68%
Originalité - 61%
Edition - 70%
Dans son genre - 75%

70%

D4(C?)

Même si, avec ce tome 1, le titre ne brille pas par ses personnages ou par son histoire, il se lit d'une traite et a le mérite de clairement poser les bases d'une histoire qui devrait se développer petit à petit, en prenant le temps de rentrer dans le détail de la vie des personnages et aussi de leur façon de penser. Servi par un graphisme léché au possible, Dead Dead Demon's Dededededestruction devrait attirer l'oeil du lecteur connaisseur comme du novice. En tout cas, on ne peut qu'espérer que cette incursion dans le monde la science-fiction puisse contribuer à augmenter la notoriété d'ASANO en France.

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A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

7 commentaires

  1. Merci pour cet avis ! Je trouve que la tentative d’invasion est quand même marquante ne serait-ce qu’à cause des milliers de morts liés à cela. Mais c’est pour chipoter. 🙂
    Pour la note sur les hiragana, je l’ai lue mais n’y ai plus fait attention par la suite. :/ Tu as l’oeil !
    En refermant ce tome j’ai aussi été un peu perdu : est-ce que c’était le calme avant la tempête ? Le prélude à une invasion qui va faire bien plus de dégâts ?

    PS : D4C = référence à Jojo’s ?

  2. Ours256

    Oui mais concrètement, la catastrophe n’a pas l’air d’avoir changé grand chose dans le quotidien des gens. ASANO passe dessus comme si ce n’était rien du tout. Ça reste traité de manière très étrange et j’ai l’impression qu’il nous donne pas encore les clés pour comprendre vraiment ce qui se passe.

    Je pense que beaucoup de gens étaient dans le brouillard une fois le tome fini et c’est dommage que les deux premiers ne soient pas sortis en même temps mais la parution japonaise étant assez peu avancée, Kana a pas du avoir le choix.

    Pour ton PS, oui, D4C, c’est bien Jojo et l’idée des différentes réalités. J’ai trouvé que c’était un peu ce qu’ASANO proposait ici, un univers parallèle au nôtre qu’une « catastrophe » aurait chamboulé (ou pas en fait).

  3. Merci pour ta critique, toujours pertinente et référencée.

    Concernant les onomatopées des aliens, c’est vrai que le traducteur élude un peu vite le problème et n’avoues peut être pas la vrai raison de leur maintien. Mais d’un côté, si on essaye de l’expliquer, il me semble que modifier ces « hiraganas » serait un peu long et lourd à mettre en oeuvre financièrement, et Kana n’a sans doute pas les moyens actuellement, malheureusement.

    Aussi, je ne sais pas si il serait possible de modifier ces hiraganas, d’un point de vue technique, tellement ils sont grands et présents dans le décor. En plus, par quoi pourrait-on les remplacer ? des lettres (latines, cyrilliques ou grecques…) en très gros caractères n’auraient pas de sens isolément et je pense briseraient l’harmonie dans les cases.

    Du point de vue des onomatopées, les japonais sont beaucoup plus fournis que les français et dans ce cas, il vaut mieux ne pas traduire que de bricoler un truc. Le fait de ne pas modifier le kanji peut être vu comme un parti pris artistique, faute de mieux.

  4. J’ai trouvé cette critique assez juste, même si le titre sort du lot des mangas habituels. Elle synthétise bien le sentiment que j’ai eu à la lecture de DDDD. Graphiquement, il m’a énormément plu (plus que tous les autres titres d’Asano) et c’est d’ailleurs ce qui m’a donné le plaisir de le lire jusqu’au bout.

    @Jules Pour les hiraganas imaginaires, en tant que lecteur français qui ignore tout du japonais, je ne pouvais pas comprendre que ces hiraganas n’existaient pas (si j’ai bien compris le sens de la note) et je continuais de penser naturellement que ces sons n’étaient pas traduits (alors qu’ils ne peuvent pas l’être techniquement).
    En tant que lettreur professionnel, je pense que ce titre aurait mérité un traitement particulier. En effet, il n’est pas question de « supprimer » les hiraganas imaginaires (bonjour le travail de titan et la perte d’un travail d’auteur), mais je pense que s’amuser à créer des lettres latines imaginaires pourrait être une solution envisageable, et ainsi, sous-titrer à l’aide d’onomatopées françaises imaginaires. Cela demande un peu de temps, j’en conviens, mais cela mettrait le lecteur français exactement dans la même position que le lecteur japonais. Personnellement, c’est ce qui m’a manqué dans cette lecture.

  5. Bonne critique, et bonne analyse. C’était intéressant à lire.

    Par contre, vous n’êtes vraiment pas très regardant sur la qualité de l’édition.
    Même sans parler Japonnais, on peut soupçonner quelques traductions approximatives ( ou alors c’est bien traduit, et la cohérence « originale » des dialogues est bancale à certains endroits )
    Et quand bien même ça serait parfaitement traduit, la papier est honteusement fin, la transparence est ignoble ( assez logiquement, je vous l’accorde ), et fait rare : même les pages couleurs ne sont pas en papier glacé.

    Pourtant, même chez Glénat, coutumier des éditions de qualité médiocre, il y a au moins les pages en papier glacé.

    A moins que ce ne soit une volonté ( qui l’arrange bien ), de l’éditeur, afin de coller au rendu d’un vrai manga Japonnais ( puisque c’est vrai, le début du tome est en fait un extrait du manga posé au sol dans la chambre )

    Bref, soyez délicat avec un manga Kana : on a vite fait de déchirer une page en la tournant.

    • Ours256

      Content que la chronique soit agréable à lire 🙂

      Perso, en ce qui concerne l’édition, la version que j’ai eue entre les mains était loin d’être comme tu la décris. J’ai un ouvrage qui reste assez souple soit mais dont le papier n’est pas si fin que ça (c’est encore loin du papier à cigarette de chez Glénat). C’est du même acabit que les autres titres de la collection Big Kana qui ont, en général, un papier un peu plus épais que dans leurs shônen même si encore perfectible, soit ^^’.

      En ce qui concerne les pages en couleur, c’est très probablement pour coller à la version originale puisque je possède aussi la version espagnole du manga qui ne contient pas de papier glacé non plus.

      • Pourtant, sauf s’il existe une version Deluxe à côté de laquelle je serais passé, nous avons la même édition.

        J’ai eu la même version que chez Nautiljon en tout cas :

        « Petit point négatif à relever tout de même sur l’édition française : la qualité du papier choisi pour l’impression qui laisse carrément à désirer. On a plutôt intérêt à faire gaffe en tournant les pages tant elles sont fragiles et c’est bien dommage car Kana nous a habitué à mieux (rapide comparaison avec Bonne nuit Punpun, on ne voyait pas le jour à travers…). »

        Et je ne peux que mettre en garde les futurs lecteurs, car moi même j’ai arraché une page 🙁

        Merci pour la précision sur la version espagnol, je ne savais pas !

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