Publicité


Accueil / Chroniques Manga & Animé / Chroniques Mangas / Au Coeur de Fukushima – Tome 1

Au cœur de Fukushima 1

Au Coeur de Fukushima – Tome 1

Au Coeur de Fukushima – Tome 1 Éditeur : Kana
Titre original : Ichi-Efu
Dessin : Kazuto TATSUTA
Scénario : Kazuto TATSUTA
Traduction : Frédéric MALET
Prix : 12.7 €
Nombre de pages : 192
Date de parution : 04/03/2016

Depuis l’accident de Tchernobyl, la destruction d’une partie de la centrale de Fukushima est la plus terrible catastrophe nucléaire civile qui ait frappée la planète. Suite à cet événement, un auteur de manga s’est fait engager anonymement comme ouvrier pour travailler dans la centrale afin de raconter le quotidien de cette usine et de ses réacteurs endommagés.

Cela fait 5 ans aujourd’hui que la catastrophe de Fukushima (liée au séisme de la côte pacifique du Tohoku du 11 mars 2011) a choqué le Japon et le monde entier. Depuis, on a pu lire tout et n’importe quoi sur les circonstances du drame, la vie après le tsunami mais aussi celle après les gros problèmes du réacteur nucléaire qui aurait pu causer un problème sanitaire d’ampleur mondiale.

Après Colère Nucléaire et Daisy, lycéennes à Fukushima mais aussi Je Reviendrai vous voir (de l’auteur d’Ippo) chez Akata en novembre dernier, l’incident de Fukushima refait parler de lui avec un manga disponible depuis la semaine dernière chez Kana. Cependant, ne vous attendez pas à une oeuvre du même genre. TATSUTA ne cherche pas à débattre sur le nucléaire mais plutôt à expliquer et montrer ce qui s’est passé dans les mois qui ont suivi la catastrophe.

Il n’y a, dans le travail de cet auteur, absolument aucune volonté polémique. En racontant son histoire, il se met dans la peau d’un journaliste d’investigation de fortune. En cherchant à aider les victimes du sinistre, il voit le quotidien de ceux qui ont décidé de s’engager avec les entreprises de « nettoyage » du réacteur endommagé.

Grâce à cet oeil non-biaisé en plein coeur du drame, on comprend mieux comment s’organisent la sécurité autour du site. Un peu comme IMASHIRO décrivait chacune des nouvelles informations qu’il obtenait dans Colère Nucléaire, TATSUTA va méthodiquement représenter chaque étape de son voyage (sachant qu’il s’agit de faits réels, je ne me suis pas permis de noter « L’Histoire »).

Le plus étonnant, c’est de voir que la difficulté commence même avant l’arrivée à Fukushima puisque certaines sociétés s’avèrent être de pures escroqueries montées dans le seul but de voler l’argent des aides du gouvernement.
Alors que, de notre côté, on imagine que n’importe qui est engagé directement (la zone a quand même eu besoin d’une très forte main d’oeuvre immédiate), l’arrivée au réacteur 1F ou Ichi-efu en japonais (celui-là même qui permet de titrer le manga) prendra plus d’un an à TATSUTA.

La sécurité, longtemps décrite dans les médias occidentaux comme précaire, semble, sous la plume du mangakabien plus sérieuse que ce que l’on avait pu nous présenter à la télévision ou dans les journaux. Chaque employé doit passer un nombre étonnant de vérifications et utiliser un grand nombre de protections avant d’entrer en zone radioactive.

Évidemment, il est difficile de voir ce qui passe une fois ces protections retirées mais il semblerait que TEPCO ait bien briefé ses sociétés tierces quant à la préservation de ses employés : gants, masques, chaussettes rembourrées… Les équipements sont divers et variés et ont des règles d’emploi spécifiques.

De même, le temps de présence de chaque employé en zone radioactive semble avoir été clairement défini. L’auteur tempère cependant cette donnée avec la possibilité que les dosimètres électroniques aient été modifiés de sorte à montrer une dose de radiation reçue légèrement en dessous de la réalité. Cependant, il n’y a jamais eu aucune preuve de cette rumeur urbaine.

Dans une démarche purement didactique, TATSUTA proposera aussi quelques schémas pour faire comprendre au lecteur l’état du « terrain » ou du moins, de la zone, sur laquelle il se trouve. Même si la plupart des « gros » débris ont été déblayés lorsqu’il arrive sur place, on remarque des changements assez conséquents sur la faune et la flore.

Entre les herbes qui poussent à toute vitesse et les animaux qui se baladent en liberté un peu partout (l’auteur manque de renverser un veau alors qu’il se dirige vers le réacteur !), c’est un territoire à l’abandon que nous dépeint l’auteur, un endroit où l’homme n’a plus sa place ou du moins, un endroit où il l’a perdu.

Graphiquement, ce n’est pas la folie mais ce n’est pas du tout ce qu’on attend d’un tel titre. L’auteur se débrouille plutôt bien pour être efficace et le lecteur apprend tellement de chose qu’il oubliera très rapidement que c’est moyen. Mention spécial aux schémas tout de même, ils sont particulièrement bien pensés et toujours arrangés de manière à ce que le lecteur ne soit pas perdu.

Kana a eu la bonne idée de sortir le titre dans un format assez grand (il fait partie de la collection Made Indes oeuvres qui possèdent toujours un message – on se souvient par exemple des excellents Pays des cerisiers et Dans un recoin de ce monde de Fumiyo KONO) qui permet de relativiser la quantité de texte du titre.
En effet, il y a de la lecture et certaines pages vous paraîtront peut-être trop chargées mais ce sont, en général, celles qui peuvent se lire un peu dans le désordre et sur lesquelles vous pourrez revenir un peu plus tard, lorsque l’élément sera repris.

En tout cas, comparé à IMASHIRO, TATSUTA est parvenu à rendre son titre très accessible pour le grand public. Il n’y a pas énormément de références à des politiciens ou des entreprises spécialisées. Non, ici, à chaque fois que l’auteur apporte un élément nouveau, il l’explique aussitôt. La lecture est donc ininterrompu et il n’y aura aucun besoin de se référer à un quelconque index.

Plongée dans le nucléaire

Graphisme - 55%
Mise en Scène - 85%
Originalité - 87%
Edition - 75%
Dans son genre - 88%

78%

Radioactif

Au Coeur de Fukushima est un titre éducatif : les explications sont toujours très claires et bien mises en images. Malgré les lacunes graphiques du mangaka, on rentre très facilement dans ce titre que l'on peut facilement qualifier de pédagogique. Si vous êtes un minimum curieux, vous ne devriez pas en ressortir avant d'avoir fini !




A propos de Ours256

Ours256

J’aime bien regarder des trucs chelous… et les langues aussi.

Laisser un commentaire

[the_ad id="59920"]