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[Dossier] Kazuo KAMIMURA, l’estampiste de l’ère Shôwa

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Le Clan des Tengu – Tomes 1~4

Le Clan des Tengu – Tomes 1~4 Éditeur : Casterman
Titre original : Dainippon Tengu tôekotoba
Dessin : Iô KURODA
Scénario : Iô KURODA
Traduction : Xavier HEBERT & Naomiki SATÔ
Prix : 10.5 €
Nombre de pages : 240
Date de parution : 24/04/2006

Sous son apparence ordinaire, Shinobu n’en est pas moins un Tengu, une créature fabuleuse dotée de pouvoirs magiques. Évoluant dans le Japon contemporain, la jeune femme et son Maître côtoient d’autres Tengu, dont la collégienne Yukina, où tous vivent en marginaux… Une fable fantastique née de l’imaginaire fécond de Iô KURODA, le talentueux auteur d’un Eté andalou et autres aubergines, qui revisite la mythique figure japonaise du Tengu.

Attention ! L'oeuvre présentée ici est en arrêt de commercialisation

Ce n’est un secret pour personne, les croyances et le folklore japonais sont extrêmement riches. Ces derniers se sont estompés avec le temps, mais des auteurs comme Shigeru MIZUKI ont su remettre à jour les tengu sur le devant de la scène. De nos jours, ces créatures ont (supposément) disparu mais peut-être se cachent-elles toujours parmi les hommes et les oiseaux ? C’est au tour de Iô KURODA d’apporter sa pierre à l’édifice avec Le Clan des Tengu.

Les tengu ont une apparence proche de celle du volatile. Ils sont souvent représentés sous forme anthropomorphique avec un bec ou un grand nez. Protecteurs des montagnes, ils étaient vénérés et craints comme des divinités. Ici, ils vivent au ban de la société, ils se cachent, font les poubelles pour se nourrir et évitent leurs ennemis mortels : les chats.

Ces êtres surnaturels peuvent se mouvoir sous forme d’oiseau (proche du corbeau) mais peuvent aussi prendre possession d’un corps humain. Vivant dans l’ombre, ils ne sont plus très nombreux et ils sont bientôt condamnés à disparaître. C’est dans ce contexte que nous découvrons leurs situations.

Le début de l’œuvre est très accrocheur, le mangaka y déploie mystérieusement son histoire. De façon habile, il nous fait découvrir les tengu, leurs pouvoirs et leurs aspirations. L’aspect minoritaire et secret de ce groupe ajoute une part d’ésotérisme à l’œuvre.

Au travers des différents personnages, nous découvrons comment cette communauté, dirigée par « le maître », se compose. Âgé de plusieurs centaines d’années, il est en quête d’existentialisme, souhaitant redonner ses lettres de noblesse à son peuple et il refuse de s’adapter à la société humaine. Prônant la liberté, il empêche ses disciples de vivre comme des hommes et souhaite reprendre le dessus sur les humains.

Il veut retrouver sa fierté et il cherche à faire valoir ses droits par tous les moyens quitte à utiliser la force. Convaincu d’être supérieur aux humains il se place au-dessus d’eux telle une divinité, au lieu d’essayer de cohabiter. Se pose ainsi la question de sa légitimité dans cette nouvelle société… Est-ce qu’il suit le bon idéal et le bon combat ? Comment pourra-t-il parvenir à se replacer au-dessus de la hiérarchie humaine?

Ses disciples sont plus réservés sur la question, souvent arrachés à leur vie humaine, ils subissent cette vie de paria. Ils ont leurs aspirations personnelles et suivent leurs propres vérités. Du fait de leur jeune âge, ils sont préoccupés par leur quête identitaire personnelle, notamment Shinobu, déracinée de sa vie humaine et remplacée par une poupée de boue dès son plus jeune âge.
Ses pouvoirs de tengu ne se sont pas encore révélés et elle mène une vie d’errance sans réel but. Tout en rejetant sa condition, elle cherche à comprendre qui elle est vraiment, quelle est sa place et s’il est possible qu’elle retrouve sa vie d’avant. Finalement, dans cette introspection, nous en arrivons à nous demander si, inconsciemment, elle ne recherche pas la même liberté que les tengu d’autrefois?

Au travers d’une dizaine de personnages, l’auteur réussit à décrire différentes façons de penser, ajoutant plus de consistance et de nuances sur les questionnements initialisés tout au long de l’histoire. Certains protagonistes n’hésitent pas à se rebeller si le besoin s’en ressent et d’autres viendront bouleverser les plans et la vision du maître, créant autant de vérités que de personnages.

Ces propos rendent l’œuvre prenante mais il est difficile de se repérer en tant que lecteur où comprendre cet imbroglio s’avère souvent ardu. Les personnages ne sont pas clairement introduits et l’enchaînement brouillon des situations pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Les changements de lieu et les scènes d’action manquent aussi de clarté et de fluidités.
Les enjeux sont flous et les personnages assez ressemblants. Cette narration difficile et décousue ne rend pas service à l’histoire et fera certainement décrocher bon nombre de lecteurs.

Malgré cela, le récit retient notre attention. Au fil des tomes, on s’adapte et on réussit à apprécier l’œuvre. L’évolution du scénario et les thèmes abordés sont intéressants, mais le manga demandera une implication du lecteur et certainement une seconde relecture.

Un autre point qui rend ce récit si atypique n’est autre que sa forme. Tel un conte moderne, le trait appliqué par l’auteur est très épais. Il n’y a pas de trames dans ce titre, tout est fait à la main, même les effets d’ombres. Le fond des cases est noir ou blanc jouant ainsi sur l’intensité d’une scène qui peut être pesante, intense, sombre, onirique ou magique.
Les angles de vue utilisés sont recherchés et innovants. Le mangaka utilisera ainsi des reflets dans une bouteille ou exagèrera des scènes en plongée ou contre plongée pour renforcer son propos. Le rendu final peut paraître très chargé et la déformation de certaines cases couplées à des planches qui fourmillent de détails donne parfois l’impression d’être dans un autre monde.
Ce côté « brouillon » est aussi un des points qui peuvent gêner la lecture car certains passages sont complexes à comprendre. Le dessin est à la fois un point fort par son identité et un point faible par son rendu.

C’est via leur label d’auteur indépendant Sakka, que les Éditons Casterman ont publié ce récit en 4 volumes. L’édition est en grand format (env. 15x21cm) avec une jaquette amovible. Comme d’habitude chez l’éditeur, le travail fourni est de très bonne qualité avec un papier blanc, une impression sans défaut et des pages épaisses. Une biographie rapide de l’auteur vient conclure chaque volume mais cette collection ne présente malheureusement pas de dossier ou d’interview de l’auteur et c’est fort dommage…

Ce n'est un secret pour personne, les croyances et le folklore japonais sont extrêmement riches. Ces derniers se sont estompés avec le temps, mais des auteurs comme Shigeru MIZUKI ont su remettre à jour les tengu sur le devant de la scène. De nos jours, ces créatures ont (supposément) disparu mais peut-être se cachent-elles toujours parmi les hommes et les oiseaux ? C'est au tour de Iô KURODA d'apporter sa pierre à l'édifice avec Le Clan des Tengu. Les tengu ont une apparence proche de celle du volatile. Ils sont souvent représentés sous forme anthropomorphique avec un bec ou un grand nez.…

Voler de ses propres ailes

Graphisme - 43%
Histoire - 68%
Mise en scène - 49%
Originalité - 73%
Edition - 77%
Dans son genre - 70%

63%

Croaââââ

Avec ce manga, l'auteur revisite l'univers des tengu en les transposant dans une réalité moderne. Redécouvrir les pouvoirs de ces êtres et s'imaginer comment ils pourraient s'adapter dans notre monde s'avère plus surprenant que prévu. De plus, le dessin atypique renforce l’imaginaire du titre. Toutefois il demandera au lecteur une implication particulière pour en apprécier toute sa saveur.




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A propos de darkjuju

Tout au long de mes 20 ans de passion, j’ai pu me bâfrer de Shonen explosif, savourer du Shojo épique, déguster du Seinen puissant, me gargariser de Tezuka et autres merveilles vintages et maintenant je me délecte de titres d’auteurs et underground. La diversité du manga est intarissable.

Un commentaire

  1. C’est intrigant celui-là, j’aimerais voir à quel point les dessins sont perturbants.

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