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Yuko – Extraits de littérature japonaise

Yuko – Extraits de littérature japonaise Éditeur : Delcourt/Tonkam
Titre original : Ikegami Ryoichi jisenshu Yuko
Dessin : Ryôichi IKEGAMI
Scénario : Ryôichi IKEGAMI
Traduction : Patrick HONNORÉ
Prix : 19.99 €
Nombre de pages : 450
Date de parution : 04/01/2017

3 adaptations manga de roman de littérature dont la majorité a été écrite durant l’aire Taisho autrement dit 1912 à 1926. 

Époque de la modernisation de la littérature et de la renaissance du métier d’auteur de manga. La thématique principale qui se dégage de YUKO c’est l’amour sous forme de sacrifices ou dévouements à son seigneur, le tout utilisé comme instrument de pouvoir jusqu’à une mort inéluctable. 

Ryoichi IKEGAMI est connu pour le sulfureux Crying Freeman. Après 30 ans de carrière, il signe plusieurs  récits tirés de grands romanciers japonais de l’ère Taisho (1912-1926).
L’amour a ses raisons que la raison ignore. Pour cet amour, sommes-nous prêts à assumer de vivre dans l’immoralité ? C’est à cette question que l’auteur essayera de répondre dans Yuko – Extraits de littérature japonaise mais avant de parler de cette nouvelle édition de Delcourt/Tonkam, revenons sur ce qui faisait la singularité de la première.

Ryûnosuke AKUTAGAWA, Ranpo EDOGAWA, Kan KIKUCHI, Shûgorô YAMAMOTO et Kyôka IZUMI… Les plus littéraires d’entre vous auront certainement reconnu ces grands noms de la littérature japonaise. L’auteur adaptera 5 nouvelles des auteurs cités ci-dessus. Selon la postface, les adaptations se veulent libres et l’auteur a adapté les dialogues d’origine.

Chaque histoire est indépendante, l’ambiance générale est sombre et le destin de ces personnages l’est tout autant. Les récits comportent tous des situations malsaines ou un dénouement tragique. L’amour et la fidélité seront récurrents, incluant aussi l’amitié, ou un lien fort envers sa hiérarchie, autant de nuances différentes que ces sujets peuvent comporter.
Les thèmes seront abordés au travers de récits traitant de la vanité et de faux-semblants, de l’amour forcé et malsain, de la manipulation de sentiments pour se parfaire, de culpabilité ou encore de servitude jusqu’à la mort.

IKEGAMI prend le temps d’introduire les personnages, leurs traits de caractère, ainsi que l’univers dans lequel ils évoluent. En quelques pages et à l’aide de texte narratif, il aidera le lecteur à se re-situer dans ces histoires courtes. La diversité des nouvelles permet au lecteur de lire la compilation d’une traite sans être perdu entre les chapitres.

Visuellement marquantes, les histoires ont leur ambiance propre.
Le mangaka change naturellement la composition des planches et les rend plus sombres ou plus détaillés afin de marquer les esprits. En quelques cases, une scène de claustrophobie, de tension ou encore d’intimité se ressent immédiatement.
La réaction des personnages se voudra accentuée lors des moments importants; l’auteur ira jusqu’à afficher en pleine page les expressions fortes montrant la détermination ou l’étonnement. Cette maîtrise de la mise en scène renforce l’intensité des histoires.

L’auteur a créé des personnages à l’image de leurs caractères, un être malsain se voudra hautain, un seigneur reconnu se voudra charismatique. Ils sont tous bien distincts et le dessinateur évitera la caricature facile. Les personnages sont travaillés, notamment au niveau de leurs comportements et diffèreront selon leurs métiers ou statuts.
La représentation de l’époque Taishô, avec ses coutumes et ses habitudes, n’a pas été négligée. IKEGAMI a voulu être le plus réaliste possible et c’est réussi.

Ce réalisme passe aussi par le dessin, le trait du mangaka est sublime. Les personnages vivent à travers son trait, ils sont extrêmement détaillés et semblent vrais. Il en est de même pour les décors, bâtiments et paysages, un grand soin a été apporté pour restituer visuellement cette époque.
L’auteur use de différentes techniques, il aura tendance à changer lorsqu’il affiche une scène en pleine page. IKEGAMI nous montre son talent après trente ans de carrière et une chose est sure, c’est somptueux. Son trait s’attache parfaitement avec cette époque du Japon.

Tonkam a édité ce recueil en 1999, dans un grand format (env.15x21cm) comportant une dizaine de pages en couleur, du papier suffisant en qualité et une postface de Philippe MARCEL.
L’édition est tel que l’on voit qu’il sort du lot compte tenu de son année d’édition. La qualité du lettrage n’est pas aussi bonne que de nos jours et il y a un léger flou sur les planches en couleur qui montre les limites techniques de l’époque) sans vraiment nuire à l’œuvre. Le véritable défaut est le sens français du livre, un choix sûrement fait pour attirer un plus large public à l’époque.

Sorti début janvier chez Delcourt/Tonkam, Yuko est une version actualisée du manga dont nous venons de vous parler. Trois des nouvelles d’origine sont inclues dans cette nouvelle anthologie comportant aux totales douze histoires, huit se situent à notre époque et cinq sont à l’époque féodale.
Deux récits restent ainsi inédits à la première édition. Les histoires datent des années 90 et ont été soigneusement choisies par l’auteur lui-même. Une seconde anthologie avec des récits des années 70 toujours inédite en France reste à découvrir.

Cette compilation a pour thème l’immoralité et celle-ci peut revêtir de nombreuses formes.
L’interview de l’auteur en fin de tome explique son intention, celui de montrer que « vivre une vie saine, conforme au sens commun est un choix, mais vivre dans l’immortalité en est un autre, qui lui aussi se mérite. ». Il souhaite mettre en avant le courage des personnes qui choisissent de vivre à contre-courant, en dehors des barrières sociales et qui assument leur choix.

Ne le cachons pas, IKEGAMI aime les femmes, et cela se ressent, mais il apprécie deux types particulièrement : les beautés fatales à la plastiques parfaite et les filles d’apparence classique mais qui cachent clairement leurs désirs, le type de femmes qui réussissent à raviver les pulsions primaires d’un homme par un simple regard ou un simple geste. Cette vision de la femme idéalisée, de la femme-objet ou de la femme parfaite par la population masculine sera la clé de nombreux récits. De ce fait, l’œuvre sera certainement plus appréciée par un public masculin.

Pour représenter l’immoralité, le mangaka aura souvent recours au sexe, si certains passent à l’acte pour trouver l’extase qu’ils n’ont pas dans leurs vies monotones, d’autres montrent leurs frustrations causées par leurs limites sociales, l’ennui, ou la monotonie du couple, allant jusqu’à s’imaginer des scènes érotiques ou fantasmer sur une autre partenaire.
Les femmes assument leur sexualité et les hommes assouvissent leurs désirs les plus enfouis. Ce besoin de franchir l’interdit, franchir cette barrière morale que la société impose est d’autant plus forte dans la société Japonaise. Certains protagonistes assument totalement leurs obsessions, d’autres essayent de les maîtriser, et certains se laissent même posséder à en devenir fou.

L’auteur réussit avec brio à dépeindre des situations « malsaines », non tolérées, qui dépasse le politiquement correct. De par son découpage, et ses angles de vue, il réussit à faire ressentir la tension ou l’envie des personnages. Certains récits tendent vers la métaphore avec des scènes imagées, généralement bien trouvées.
L’œuvre prend aux tripes par le charisme des protagonistes et la qualité de narration. L’immoralité est aussi présente sur d’autres sujets qui ne sont pas liés au sexe, comme le mensonge ou le désir de vengeance mais ce sont des thèmes moins mis en avant dans l’oeuvre.
Attention, l’œuvre est pour un public adulte, certains passages sont plus qu’explicites mais l’auteur se retient de montrer des parties intimes. Les femmes aux corps parfaits, que l’auteur apprécie tant, sont représentées dans leur plus simple appareil. Pourtant, les histoires restent lisibles et accessibles pour le grand public, il ne va donc jamais trop loin dans le malsain.

Le trait d’IKEGAMI est sublime, proche du photoréalisme, les décors sont saisissants. Le jeu des trames et des ombres donnent de la profondeur aux personnages. Les visages sont impressionnants de détails et les expressions sont travaillées, il est facile de ressentir les sentiments de désir ou de perversité. L’auteur varie les techniques de dessin et réussit à créer des personnages bien distincts. Le découpage et la mise en scène sont parfaitement maitrisés. Difficile d’émettre quelconques remarques négatives sur ce point, de bout en bout il émerveillera les rétines.

Ce sont les éditions Delcourt/Tonkam qui signent ce volume unique. Comme dit un peu plus haut, tout n’est pas inédit, seulement 300 pages sur les 450 qui le compose. Le manga est proposé dans un grand format luxueux (environ 15x21cm) avec une jaquette amovible, une reliure cousue et il s’accompagne d’une couverture rigide avec un signet. La couverture, dans des tons violacés, est sublime et renforce le côté objet de luxe.

Une interview de l’auteur est présente en fin de volume, même si l’interviewer n’est pas précisé. L’absence de page en couleur (hormis la toute première) est regrettable, de nombreuses histoires en comportaient à l’origine et cela aurait donné encore plus de saveur à l’ouvrage. Pour chipoter, l’ouvrage pourra paraître légèrement rigide, avec des bords pointus qui ne facilitent pas sa manipulation. L’alternance entre les récits littéraires et contemporains n’est pas non plus optimal et pourrait être mieux réglé.

Yuko est le titre de la première histoire, le sous-titre « Extraits de littérature Japonaise » semble un peu exagéré car il n’y a que trois récits dans le lot, à moins que ce sous-titre ne serve de lien avec le tome édité par Tonkam. Toutefois, nous profitons d’une nouvelle traduction et du sens de lecture japonais, ce qui est déjà une belle victoire.

Ryoichi IKEGAMI est connu pour le sulfureux Crying Freeman. Après 30 ans de carrière, il signe plusieurs  récits tirés de grands romanciers japonais de l’ère Taisho (1912-1926). L'amour a ses raisons que la raison ignore. Pour cet amour, sommes-nous prêts à assumer de vivre dans l’immoralité ? C’est à cette question que l’auteur essayera de répondre dans Yuko - Extraits de littérature japonaise mais avant de parler de cette nouvelle édition de Delcourt/Tonkam, revenons sur ce qui faisait la singularité de la première. Ryûnosuke AKUTAGAWA, Ranpo EDOGAWA, Kan KIKUCHI, Shûgorô YAMAMOTO et Kyôka IZUMI... Les plus littéraires d’entre vous auront certainement…

Le désir est le père de l’envie.

Graphisme - 83%
Histoire - 79%
Mise en scène - 80%
Originalité - 80%
Edition - 91%
Dans son genre - 85%

83%

En feu !

Cette compilation représente parfaitement l’immoralité que l’auteur aura voulu dépeindre. Chaque histoire se lit et se relit avec plaisir. Le trait du mangaka est sublime et il réussit parfaitement à représenter les émotions et envies de ses personnages. Amateur d’IKEGAMI ou de titres borderline, vous trouverez votre bonheur.

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A propos de darkjuju

Tout au long de mes 20 ans de passion, j’ai pu me bâfrer de Shonen explosif, savourer du Shojo épique, déguster du Seinen puissant, me gargariser de Tezuka et autres merveilles vintages et maintenant je me délecte de titres d’auteurs et underground. La diversité du manga est intarissable.

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