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[Dossier] Bilan de l’année manga 2016 : les tops, les flops, l’état du marché…

Secret - Tome 1

Secret – Tomes 1~3

Secret – Tomes 1~3 Éditeur : Ki-oon
Titre original : Secret
Dessin : Yoshiki TONOGAI
Scénario : Yoshiki TONOGAI
Traduction : David LE QUERE
Prix : 7.65 €
Nombre de pages : 226

“J’ai la preuve que trois meurtriers se cachent parmi vous.”
Ces paroles accusatrices lancées par un psychologue à six des élèves rescapés d’un tragique accident de bus sont immédiatement suivies d’un ultimatum implacable : les trois coupables ont une semaine pour avouer leurs crimes et se repentir, sans quoi ils seront dénoncés aux autorités…

Encore sous le choc de la catastrophe qui a décimé la majorité de leur classe, les six lycéens se lancent dans une course contre la montre infernale pour prouver leur innocence. Mais à qui faire confiance quand tout le monde cache un secret ?

ATTENTION : Cette chronique contient des révélations sur l’intrigue. Vous êtes prévenus !

La boucle est bouclée : la troisième série de Yoshiki TONOGAI touche à sa fin.
Moitié moins long que Judge, sa série précédente,  Secret est également plus court que sa première série, Doubt, qui se présentait alors comme l’un des premiers Survival Game de la fin des années 2000 (eh oui : Doubt est paru entre 2009 et 2010 !).

Les deux précédentes séries avaient des qualités, mais aussi des défauts. Voyons donc où se situe Secret ; fait-il mieux que ses prédécesseurs ?

Secret - Illustration 1
© Yoshiki TONOGAI / SQUARE ENIX CO., LTD.

Autant ne pas tergiverser : non, la série ne fait pas mieux que ses prédécesseurs. On pourrait même dire que Secret est la moins bonne et la moins aboutie des trois séries de TONOGAI. Il y a plusieurs raisons à cela, comme le retour de défauts déjà visibles dans les deux autres séries, ou d’autres choses encore.

Le plus gros défaut de cette série, et même des mangas de TONOGAI dans leur ensemble, tient à son trait de dessin, notamment en ce qui concerne les personnages. Ils sont, la plupart du temps, affreusement inexpressifs. Peu importe la situation, ils gardent la même expressivité, c’est-à-dire celle d’une cuillère à thé.

Qu’ils aient peur, qu’ils soient en colère, vous aurez la même chose. Cela peut sembler anodin, mais c’est très handicapant pour compatir avec les personnages. De plus, ils se ressemblent trop, surtout dans la forme de leur visage, même si leurs cheveux et parfois un élément extérieur (comme des lunettes) permettent de les identifier.

Cependant, il faut nuancer un peu le propos concernant le dessin. N’allez pas croire que je dis que le dessin est laid. Il n’est certes pas au niveau d’autres auteurs, mais il n’est pas non plus ignoble.

D’ailleurs, il faut reconnaître un point positif au dessin : il y a un véritable travail sur la représentation des iris et aussi sur les cheveux des personnages.
En effet, TONOGAI a cherché à mettre des reflets de lumière dans ces deux parties anatomiques, ce qui donne un aspect assez joli au dessin. Malheureusement, cela ne suffit pas à combler les autres lacunes du dessin, qui se répercutent parfois sur la mise en scène.

Secret - Planche 5
© Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX CO., LTD.

Au niveau de l’histoire, l’auteur n’est pas tombé dans la facilité en enfermant de nouveau ses personnages dans un lieu clos. Au contraire, il les a laissés libres de leurs mouvements, puisqu’ils se baladent du lycée à leur domicile, peuvent aller au restaurant, etc. Les cours ont toujours lieu, donc ils peuvent croiser également d’autres camarades (même si le lycée fait très vide).

Si les deux premières séries étaient plutôt des survival games, celle-ci s’inscrit plus dans le thriller psychologique, puisque les meurtriers sont uniquement enfermés dans leur propre culpabilité. D’ailleurs, au sujet de la culpabilité, on peut voir Secret comme un mélange entre Doubt et Judge : comme Judge, certains sont coupables d’un crime, mais comme Doubt, il y a des innocents.

Néanmoins, à cause de cette liberté, il y a un élément qui paraît très bizarre, voire saugrenu. Il s’agit du fait qu’Iku (le personnage principal) et Ozu soient obligés de venir au lycée pour passer tout leur temps à l’infirmerie.

On peut effectivement se demander quel est l’intérêt (hormis scénaristique puisqu’il permet d’avoir tous les survivants de l’accident au même endroit) de les faire venir pour qu’ils restent à l’infirmerie.
Ils auraient pu rester chez eux, sous surveillance médicale, le résultat aurait été le même. Bref, vu qu’ils sont en droit de se déplacer, le fait de les obliger à venir tous les jours à l’infirmerie crée une dissonance.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul moment où on ressent un petit couac dans le récit. À de nombreuses reprises, le dessin et la situation ne correspondent pas vraiment. Je m’explique : souvent, une situation tendue va être représentée, mais avec un appauvrissement de la tension causé par le caractère trop lisse et peu dynamique du dessin.

Par exemple, dans le chapitre 2, dans le flashback qui explique les circonstances de l’accident de car, la manière dont celui-ci est représenté ne colle pas avec la violence du choc. Il faudra attendre quelques pages pour pouvoir accepter qu’il y ait eu autant de morts dans cet accident, qui ne semble tout de même pas si violent que ça dans le dessin.

Secret - Planche 1
© Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX CO., LTD.

De la même manière, quand on apprend les circonstances de la mort de Shun (le 7° survivant de l’accident, car il n’était pas dans le car à cause d’une maladie), on voit qu’il s’agit d’un accident causé par une bagarre. Cependant, lors de cette altercation, aucune force n’est mise en scène.

On a l’impression que les personnages ont juste posé leurs mains sur les bras de l’autre personne, mais pas qu’ils se battaient. C’est pareil quand Ozu se fait agresser dans le tome 1, malgré ses yeux entièrement blancs (comme ceux des élèves morts dans l’accident), la mise en scène ne fait pas ressentir le danger : ses blessures ont l’air assez bénignes et on ne doute pas vraiment de sa survie.

Vous allez croire que je n’ai vu que des défauts au titre (il faut dire qu’entre le décalage situation/dessin et le manque d’expressivité des personnages, il y en a beaucoup).
Je vous rassure tout de suite, tout n’est pas à jeter dans Secret. Comme je l’ai dit précédemment, le fait que les personnages ne soient pas dans un huis-clos est très intéressant, cela crée même parfois une tension plus grande puisqu’on ne sait pas d’où peut venir la menace.

Ensuite, même si cela n’est pas toujours bien mis en scène, TONOGAI réussit parfois à instaurer un climat malsain grâce à un bon contraste entre la lumière et l’obscurité, notamment lorsqu’il est question du psychologue Mitomo, qui apparaît, au fil des tomes, comme de plus en plus étrange et mauvais vis-à-vis des élèves dont il s’occupe.

Secret - Planche 3
© Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX CO., LTD.

Je trouve également très intéressant que le second meurtrier n’ait pas tué par colère ou vengeance, mais par compassion (ou par accident, selon le meurtre que les personnages essayent de lui mettre sur le dos). Il fait prendre conscience que même si la personne demande à ce qu’on mette fin à ses souffrances, le geste n’est pas anodin.

Celui qui le fait prend une grande décision, qui aura forcément un impact sur sa vie. Même si ce n’est sans doute pas le but, on ne peut évidemment pas s’empêcher de faire une analogie avec l’euthanasie.

Je dois aussi souligner un moment que j’ai trouvé très bien mis en scène : la tentative de meurtre sur Iku. Pour cette scène, l’utilisation de la double page est très pertinente car elle frappe encore plus le lecteur et il a conscience de la menace qui plane sur le personnage (même si, il faut l’avouer, une fois encore, cela manque de dynamisme).

En revanche, TONOGAI a très bien su gérer le suspens, en mettant le doute au lecteur sur les pages qui suivent l’accident. En effet, grâce au noir et blanc, on se demande s’il s’agit de traînées de sang, signifiant qu’Iku a été écrasé, ou bien s’il s’agit de trace de pneu, marquant un freinage brusque.

Seulement voilà, même si la série a de bonnes idées et de bons passages, cela ne fait malheureusement pas tout. Dans l’ensemble, elle reste assez brouillonne.
On se demande d’ailleurs comment les meurtriers ont pu avoir les masques de lapin, qu’on retrouve dans toutes les œuvres de TONOGAI, car c’est incompréhensible. Dans les autres séries, leur présence était claire et justifiée, mais là, on a l’impression que l’auteur s’est senti obligé de les mettre, mais sans savoir quoi en faire.

Secret - Planche 4
© Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX CO., LTD.

La fin est très stéréotypée : le méchant avoue son crime au gentil et lui donne ses motivations… Manque de chance, le gentil lui avait en fait tendu un piège pour le faire avouer et avoir une preuve, un personnage supposé mort réapparaît, et pouf ! On ferme le tome 3 en se disant : « Tout ça pour ça ?! »

Objectivement, Judge était bien mieux maîtrisé, ce qui rend Secret plus décevant encore alors qu’il avait du potentiel, et que l’édition proposée par Ki-oon est, une fois de plus, très bonne et met en valeur le titre, avec une très belle mise en couleur des couvertures laminée, et un papier très beau et agréable dans les pages intérieures.

De plus, l’éditeur avait voulu lancer sous les projecteurs la série, en proposant une version « Collector » incluant le film live Judge. Espérons que TONOGAI saura se renouveler, car là, on sent qu’il a fait le tour du sujet.

Secret - Tome 1 Secret - Tome 2 Secret - Tome 3

Beaucoup de bruit pour rien

Graphisme - 59%
Histoire - 37%
Mise en scène - 49%
Originalité - 50%
Edition - 69%
Dans son genre - 60%

54%

Hécatombe

Alors que la série commençait avec un postulat assez intéressant, TONOGAI n'a pas su bien l'exploiter. On referme le dernier volume avec le sentiment qu'on n'est arrivé à rien, dommage...




A propos de L'Otak' des Lettres

L'Otak' des Lettres

Professeur otak’ qui adore fouiller en profondeur l’essence des mangas, afin d’en dégager le bon et le moins bon.

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