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Scumbag Loser

Scumbag Loser Éditeur : Ki-oon
Titre original : Saiteihen no Otoko
Dessin : Mikoto YAMAGUTI
Scénario : Mikoto YAMAGUTI
Traduction : Jean-Benoit SILVESTRE
Prix : 7.9 €
Nombre de pages : 208
Date de parution : 20/03/2014

Avec la sortie du premier volume de Dead Tube (dont on vous reparlera sous peu) chez Delcourt/Tonkam, Mikoto YAMAGUTI (ou YAMAGUCHI, les deux orthographes sont utilisées) revient sur le devant de la scène, mais en tant que scénariste cette fois. Pourtant, l’auteur est aussi capable de dessiner comme le prouve sa première série sortie chez Ki-oon il y a deux ans.

Masahiko est un concurrent sérieux au titre de pire loser de son lycée, de sa ville et peut-être même du pays ! Le Scumbag Loser, c’est le dernier des nuls, la lie de l’humanité. Obsédé, asocialet lâche, il n’est sauvé de la honte suprême que par la comparaison avec Yamada, l’autre souffre-douleur de l’établissement… Mais le jour où ce dernier présente à toute la classe des photos de sa prétendue petite amie, Masahiko comprend qu’il est condamné à prendre la première place du classement des losers ! Terrorisé à cette idée, il affirme à son tour sortir avec la jolie Haruka Mizusawa, une amie d’enfance. Bien mal lui en prend, puisque la demoiselle débarque le lendemain dans son lycée, nouvelle élève fraîchement installée en ville ! Pourtant, au grand étonnement de Masahiko, elle déclare qu’elle est bien sa petite copine. Ce qui ne soulage pas particulièrement notre loser : le hic, c’est que la véritable Haruka Mizusawa est censée être morte depuis cinq ans !

Même avant le début de la lecture, le pitch de Scumbag Loser interpelle. Qui est donc cette mystérieuse jeune fille qui débarque dans la vie de Murai ? La nouvelle élève ressemble trait pour trait à son amie d’enfance (qui n’a jamais vraiment été son amie…) qui aurait grandi normalement… Intrigant, n’est-ce pas ?

Les manga avec un anti-héros, on ne peut pas dire que c’est très original. Comme exemple, j’enlève mon chapeau et je tire (au hasard) : Love Hina pour dire que ce n’est pas quelque chose de récent, Reborn pour montrer que c’est encore utilisé dans le manga moderne et Beck qui se trouve un peu entre les deux.

Là où Scumbag Loser fait dans l’original, c’est qu’on se trouve en présence de la pire des raclures possibles. En effet, Murai n’a absolument RIEN pour lui : son physique n’est pas au top, il est égoïste, il passe son temps à renifler la culotte d’une morte, il se délecte de la souffrance des autres.
Bref… C’est vraiment une pourriture finie que personne ne pourra plus sauver.

L’un de ses camarades de classe, Yamada, est plus ou moins pareil. Ajoutez juste une petite odeur d’ordures puisqu’il déteste prendre des bains et vous obtenez le pire des losers dans la hiérarchie de la classe. Seulement voilà, un jour, il revient avec une photo d’une superbe jeune fille qu’il présente comme sa copine.
Dans un geste désespéré pour ne pas passer sous Yamada (sans jeu de mot), Murai sort aussi la photo d’une jeune fille qu’il définit comme sa copine. Evidemment, personne ne les croit et ils vont devoir faire leurs preuves. Au jeu des losers, qui l’emportera ?

Alors que Yamada montre fièrement sa photo, on commence à se poser des questions. On se demande comment un gros pataud qui sent plus mauvais qu’un camion d’éboueurs a bien pu se trouver une petite-amie super mignonne.

Même dans notre époque où être geek selon un sens plus ou moins erroné du terme (j’entends déjà les sifflets des faux geeks dans mon dos) vous donne plus de chance de vous trouver une copine, il faut avouer que ça n’a ni queue ni tête… Est-ce qu’être un gros raté serait devenu un nouveau critère de choix ?

Très rapidement, l’ambiance de la série change. On passe de ce qui aurait pu être un simple school manga à un horror manga où se mélangent mystères, odeur et gourmandise.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Scumbag Loser est une série qui joue beaucoup sur les sens. La vue est l’un de ceux qui ressort le plus. Il y a une sorte de double-jeu avec les « créatures » puisque ces dernières sont représentées avec toutes leurs dents.
Si on regarde bien, Murai ou n’importe quel personnage lambda est normalement dessiné avec des dents représentées par un trait continu et du blanc alors que les « êtres » possèdent des dents bien distinctes (en tout cas, quand ils ne sont pas en mode « infiltration »).

Le toucher n’est pas particulièrement développé même si Murai fait une petite allusion à une sensation bizarre lorsqu’il touche Haruka pour la première fois.

Le goût et l’ouïe vont souvent de paire puisque c’est lors des collations des fameuses créatures que l’auteur les fait ressortir.
Leur bruit de mastication est particulier et se reconnaît immédiatement. Haruki fait d’ailleurs de nombreuses références à de la nourriture lorsqu’elle parle avec Murai (« cochon truffier », « délice », etc.). D’ailleurs, lorsque Yamada appelle son camarade de classe pour lui faire écouter ses ébats avec sa petite amie, la dernière phrase de celle-ci sera « Je me suis régalée… ».

Cependant, une chose est un peu flou : on ne sait pas ce qui arrive aux victimes de manière certaine. Même si on voit beaucoup de sang et qu’on entend pas mal de bruits de mastication, on ne voit jamais réellement l’état des « corps » une fois le repas terminé. On ne sait pas non plus comment la « peau » est récupérée sans dégâts.

Plus on avance dans la lecture et plus on se rend compte que l’odorat a une place primordiale dans l’oeuvre. Au début, c’est juste une remarque « innocente » sur les relents de Yamada ou un reniflement de culotte mais petit à petit, on découvre que tous les personnages importants ont un drôle de rapport à leur nez.
Déjà, Murai a un certain talent pour discerner la moindre fluctuation d’odeur chez une personne. Il s’en sert, un peu comme un limier, pour repérer qui vient et qui observe. Chihaya, l’une des camarades de classe de Murai, possède, elle aussi, plus ou moins la même « capacité ».
Enfin, que ce soit Haruki ou encore les « êtres » qui ont pris la place des personnes dévorées, ils ont une odeur totalement différente de leur original, une senteur que Murai décrit comme celle de la mort…

L’une des forces de YAMAGUTI, c’est sa capacité à changer le style de son oeuvre tout en gardant une ambiance intelligemment travaillée. On passera donc d’un thriller horrifique à une chasse au monstre pour revenir à une histoire un peu plus cérébrale (avec un petit jeu de découverte) en l’espace de trois tomes.
Le mangaka alterne les genres avec une facilité déconcertante mais surtout sans que le lecteur ait une impression de décousu, un petit exploit quand on voit que certains auteurs ont du mal à rester sur un seul genre…

Plus profond encore se trouve une petite critique sociale comme l’auteur aime en faire. Il va mettre en lumière un certain égoïsme de la jeunesse japonaise qui n’est, en général, pas vraiment tendre avec elle-même, surtout au collège et au lycée avec le phénomène de l’ijime, encore trop présent dans la établissements à l’heure actuelle.

Plus optimiste, on retrouve cette propension de l’humain à changer, à évoluer dans l’adversité. C’est le cas avec Murai qui va, peu à peu, montrer un visage différent face à l’envahisseur. Il va prendre ses responsabilités et utiliser son unique talent (un odorat plus développé que la normale) pour mener la contre-attaque des humains normaux.

Le dessin de YAMAGUTI est plutôt bon, surtout au niveau des visages qu’il sait rendre démoniaques à souhait. Il sait marquer les différences grâce à des choix de traits subtils et suffisamment malins pour ne pas tomber dans la caricature. Que ce soit les onomatopées pour la mastication ou le style des dents, il y a de quoi faire pour chacun des sens mis en avant.
Pour les décors, ça reste assez basique mais ce n’est pas vide. Le problème, c’est qu’ils n’ont rien de vraiment marquant (contrairement aux personnages). Ils font le boulot et après tout, ce n’est pas ce que l’auteur utilise le plus pour gérer ses ambiances (plutôt l’encrage).

Au niveau de l’édition, soulignons le travail sur les couvertures qui est vraiment soigné de la part de Ki-oon. Elles sont très différentes des originales et sont misent en valeur grâce à de petits éléments de relief bien placés (grâce au vernis sélectif) qui donnent des sensations sympathiques au toucher.
Pour le reste, c’est du classique de la part de l’éditeur avec un papier épais et un livre pas trop rigide pour que l’on puisse enchaîner les trois sans souci.

Scumbag is the new cool

Graphisme - 66%
Histoire - 62%
Mise en scène - 83%
Originalité - 70%
Edition - 75%
Dans son genre - 79%

73%

Eat Fresh

Que ce soit au niveau du scénario, du message ou de la mise en scène, il y a tellement de choses à dire sur Scumbag Loser que c'en est effrayant ! Ki-oon a parfaitement réussi son coup avec la sortie d'un titre qui vous procurera des sensations que l'on a pas souvent avec la lecture d'un manga.




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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