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Prophecy - Tome 1

Prophecy – Tomes 1 ~ 3

Prophecy – Tomes 1 ~ 3 Éditeur : Ki-oon
Titre original : Yokokuhan
Dessin : Tetsuya TSUTSUI
Scénario : Tetsuya TSUTSUI
Traduction : David LE QUERE
Prix : 7.9 €
Nombre de pages : 224

La section de lutte contre la cybercriminalité de Tokyo est sur les dents. Un individu coiffé d’un masque en papier journal poste sur Internet des vidéos menaçantes où il prédit les pires crimes : incendies, agressions, viols… Le problème ? Dès le lendemain, ses prophéties se réalisent à la une des journaux télévisés.

Qui est-il, comment procède-t-il, quelles sont ses motivations ? C’est le début d’une course contre la montre qui mène les inspecteurs jusqu’au siège vide d’un cybercafé de la banlieue de Tokyo. Mais tandis que l’enquête piétine, contre toute attente, le soutien populaire grandit autour du mystérieux personnage. Marginaux, employés tyrannisés par leur hiérarchie, internautes qui hantent les forums de discussion : ils sont de plus en plus nombreux à se retrouver dans son combat…

spoilers

En cette fin d’année, le catalogue de Ki-oon se voit enrichi d’un nouveau seinen : Prophecy – The Copycat (que vous pourrez découvrir demain). Cependant, celui-ci est le spinoff d’un autre seinen de l’éditeur, à savoir Prophecy de Tetsuya TSUTSUI. Ainsi, avant de parler du spinoff, il semblait judicieux de refaire un tour du côté de l’œuvre originale. 

Prophecy - Tome 1 (Planche 7)
© Tetsuya Tsutsui / Ki-oon

L’ensemble de la série est construit sur le schéma typique de l’enquête policière : un criminel est pourchassé par la police qui n’arrive pas à lui mettre la main dessus, car il semble souvent avoir un coup d’avance sur eux. Certes, dit comme cela, le scénario n’a pas l’air transcendant. Pourtant, il se base sur un aspect assez peu exploité jusqu’alors (sauf chez TSUTSUI depuis longtemps), à savoir l’informatique et ses dérives, et plus particulièrement les réseaux sociaux.

Après les deux premières pages couleurs qui nous montrent Paperboy, le futur antagoniste (ou protagoniste ?), l’auteur installe très vite sa mise en garde contre ces réseaux dits « sociaux ». En effet, il prend l’exemple d’un jeune pirate qui revend des copies de jeux vidéo à des internautes qui le traitent comme un roi… jusqu’à ce que la police fasse une perquisition !
À partir de ce moment-là, le pirate va se prendre violemment la force de l’anonymat et des réseaux sociaux : tous vont se moquer de lui et retourner leur veste. Il va se retrouver tout seul, sans soutien, abandonné par ceux qui se cachent derrière un écran, et qui finalement ne le connaissent pas réellement.
C’est donc sur cela que démarre le récit : sur la force de la masse internet, qui peut faire d’un adolescent une personne ayant des milliers de fans éphémères et donner de l’ampleur avec une vitesse monstrueuse.

Après ce début de chapitre 1, on revient sur Paperboy. Celui-ci marque rapidement les esprits, car son premier crime est spectaculaire, et il ne se cache pas des caméras (sans se mettre au premier plan non plus). Dès le départ, il apparaît comme un personnage possédant d’importants moyens et une grande violence. TSUTSUI confronte ainsi son lecteur à la violence froide et inquiétante de ce criminel.

Prophecy - Tome 1 (Planche 5)
© Tetsuya Tsutsui / Ki-oon

Pourtant, et c’est là l’une des forces de TSUTSUI, le dessin et la mise en scène ne montrent quasiment jamais l’atrocité des crimes commis. On devine facilement ce qui va se passer, mais l’auteur ne rentre pas dans le gore et la surenchère visuelle. Il préfère dépeindre par les mots plutôt que le montrer directement, ce qui laisse la majeure partie des crimes au soin de l’imagination du lecteur. Il montre le commencement et le dénouement des crimes, mais pas le milieu.

En revanche, comme cela se retrouve dans nombre de ses œuvres, le malsain est tout de même présent dans certaines scènes, mais cela se retrouve essentiellement dans les expressions faciales et les actes de certains personnages. Ainsi, le lecteur comprend facilement le caractère antipathique des personnages.
Un exemple étant plus parlant que mille mots, prenons celui de l’homme qui se fait surprendre en plein ébat amoureux. Alors qu’il a été pris sur le fait par Ôkuda, alias Paperboy, qui travaille comme laveur de carreaux, ce dernier ne va pas avoir l’air gêné, et va au contraire accentuer son mouvement de rein, tout en regardant Ôkuda droit dans les yeux, comme pour lui signifier qu’il lui est supérieur et qu’il est le maître, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de sa chambre.

D’ailleurs, cet exemple me permet d’enchaîner sur une autre des qualités de TSUTSUI, c’est-à-dire sa capacité à montrer quelque chose qui a l’air a priori anodin, mais qui se révélera important par la suite. Ici, cette scène de sexe, qui semblait assez gratuite et inutile, est en fait annonciatrice d’un moment important dans le récit : la manipulation politique via internet.

L’homme surpris en pleine action se révèle être en réalité un député qui se fait porte-parole de la bienséance et de la lutte contre l’anonymat sur internet et pour une censure sur celui-ci. Il est même question d’un « permis d’internet pour les mineurs ». Afin de légitimer son action, il va payer des dizaines de personnes pour poster des messages de soutien sur les réseaux sociaux qui montreraient que beaucoup de gens sont d’accord avec lui.
Cette hypocrisie n’est vraisemblablement pas là pour rien : TSUTSUI propose ce personnage de politicien menteur et lubrique pour décrédibiliser ceux qui ont réellement soutenu ACTA (« Anti-Counterfeiting Trade Agreement » qui a fait grand bruit en 2012) et voulu créer une surveillance accrue sur le net.

Prophecy - Tome 1 (Planche 4)
© Tetsuya Tsutsui / Ki-oon

La richesse de la série tient sur les interrogations qu’elle amène au sujet d’internet et de ses dérives, sans pour autant faire passer l’enquête policière au second plan. Le lecteur est passionné par ce jeu du chat et de la souris, se demande comment fait Paperboy pour semer la police, si celle-ci va finir par mettre la main sur le criminel. La tension perdure aussi notamment grâce à l’utilisation des prolepses, qui expliquent qui est Ôkuda, ses motivations, etc.
Jusqu’à la fin, on se pose des questions. Le dénouement nous fait nous demander s’il n’y a pas une autre explication à comprendre : celui qu’on pense mort l’est-il vraiment ? Était-il bien celui qu’on nous a présenté ? Le fait qu’on retrouve le même symbole près de deux cadavres laisse en suspens ces interrogations. C’est au lecteur de se forger son opinion.

Je me permets de refaire un petit point sur le trait de dessin de TSUTSUI. Même si on peut le trouver assez simple par moments, il n’en demeure pas moins efficace et maîtrisé. Le mangaka parvient à faire passer exactement les sentiments qu’il veut et à instaurer une ambiance parfaitement adaptée aux situations. Certes, ce n’est pas du Takeshi OBATA, mais c’est loin d’être un mauvais trait de dessin non plus. C’est savamment dosé pour être juste, sans exagération.

Quant à l’édition offerte par Ki-oon, c’est comme d’habitude très soigné avec un papier très agréable grâce à sa bonne épaisseur. Les jaquettes mettent parfaitement en avant la dualité entre virtuel et réel, donnant l’impression que le dessin vient d’un écran de PC.
On sent que l’éditeur a voulu rendre hommage à cette série, créée en étroite collaboration avec TSUTSUI et publiée d’abord en France avant d’être exploitée par la Shueisha quelques temps après. Si vous ne la connaissiez pas encore, et si Prophecy – The Copycat vous intéresse, je ne peux que vous encouragez à vous procurer cette très bonne série !

Prophecy - Tome 1Prophecy - Tome 2Prophecy - Tome 3

Voici mes prévisions...

Graphisme - 70%
Histoire - 69%
Mise en scène - 74%
Originalité - 69%
Edition - 75%
Dans son genre - 74%

72%

Punition

TSUTSUI nous met en garde contre les dangers et les dérives que peuvent représenter les réseaux sociaux. Il nous amène à réfléchir sur le comportement de la société actuelle, dans ce qu'elle a de plus sombre et de plus saugrenu.




A propos de L'Otak' des Lettres

L'Otak' des Lettres

Professeur otak’ qui adore fouiller en profondeur l’essence des mangas, afin d’en dégager le bon et le moins bon.

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