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Opus – Tomes 1~2

Opus – Tomes 1~2 Éditeur : IMHO
Titre original : KON' STONE
Dessin : Satoshi KON
Scénario : Satoshi KON
Traduction : Aurélien ESTAGER
Prix : 14 €
Nombre de pages : 202
Date de parution : 06/06/2013

Chikara Nagai est un mangaka qui peine à terminer sa série, Resonance, qui met en scène l’affrontement entre Satoko, une policière dotée de pouvoirs psychiques, et Le Masque, le gourou d’une secte. La veille de la remise des planches à l’imprimeur, alors que Chikara est sur le point d’achever ses dernières pages sur un autre de ses héros, le jeune Rin, son projet prend un tour inattendu lorsqu’il se retrouve aspiré dans son propre manga. Rin a compris que Chikara voulait le tuer, lui et le Masque, et décide de déjouer son destin. Mais son intervention risque de bouleverser le cours des choses… 

Satoshi KON est connu pour être un génie dans l’animation avec des films tel que Perfect Blue, Paprika ou encore Millenium Actress. En plus d’être réalisateur il a été aussi mangaka mais est-il aussi doué dans ce domaine?

Opus nous plonge directement dans un sous-univers de l’oeuvre. Les premières pages sont celles d’un chapitre de manga pré-publié sous le nom de « Résonance« . Cette histoire touche bientôt à sa fin et son auteur discute avec son éditeur des derniers éléments pour la conclure. Cette mise en abyme immédiate nous laisse entrevoir que la trame principale va se dérouler sur deux univers en parallèle.

Satoshi KON ne perd pas de temps en introduction, une fois les éléments principaux du sous-manga en place, on découvre la triste vie du mangaka d’Opus qui doit boucler son oeuvre au plus vite. Rin, un des héros de Résonance, volera même une page afin de changer le destin funeste qui lui était réservé.
Pour récupérer son travail, ce dernier tombera littéralement dans son oeuvre à travers une page blanche. À partir d’ici, tout commence, les deux oeuvres s’emmêlent et s’entrecroisent.

C’est l’occasion pour l’auteur de réaliser ce qu’il adore, perdre le lecteur dans les différentes réalités. Il est donc nécessaire de suivre les deux univers en même temps et d’en comprendre les règles.
Certaines actions réalisées par le mangaka sont possibles dans le monde imaginé de Résonance, mais pas dans la « réalité » d’Opus. Les personnages interagissent d’un univers à l’autre avec les conséquences qui en découlent, la « réalité » de l’histoire principale et la « fiction » du sous-manga fusionnent.

Cette fusion ne se passe pas qu’au niveau scénario mais aussi au niveau de la mise en case et du dessin. Satoshi KON réalise des passages où la réalité est distordue et les souvenirs s’envolent sur des feuilles de papier. Il entrecroise les éléments graphiques pour noyer le lecteur sous un flux visuel hallucinant et déroutant.
Il n’y a plus de frontière entre les deux mondes. Ces éléments incluant des univers multiples se retrouvent dans ses travaux suivants telles que Perfect Blue ou Paprika, Opus ayant été dessiné entre 1995 et 1996

Le mangaka expérimente et pousse son média toujours plus loin en jouant sur les pages, les cases, les décors ou en dessinant l’extérieur de la page, tel que peut le faire de nos jours Shintaro KAGO. Il tord la réalité et la fiction devant une représentation graphique à la fois simple et complexe.
Les décors se détruisent, se déforment, se créer ou disparaître. Ils sont modulables, réels et fictionnels en même temps. Les deux mondes se déchirent et laissent des failles, créant ainsi des paradoxes. Cette déformation, parfois métaphorique, laissera le lecteur en plein délire visuel.

La place du mangaka est un autre sujet du titre. Celui d’Opus est sous la pression de son lectorat, de son éditeur et des délais de réalisation. Il ne maîtrise pas réellement l’oeuvre dont il est le créateur. Quand un de ses personnages décide de changer son destin c’est toute la fin de l’œuvre qu’il change. Il se retrouve totalement impuissant face à la situation, à tel point qu’il ne maitrise plus la suite de son histoire.

C’est une belle retranscription de la vie des mangaka qui sont soumis à un public dictant leurs lois et se retrouvent dans l’obligation de continuer une oeuvre jusqu’à épuisement. Au final, leurs productions sont-elles pour eux un moyen se réfugier dans un univers connu, un exutoire libérateur de leurs pressions et de leurs frustrations ?

Les personnages prennent conscience que leur monde est fictif et leurs réactions sont humaines, refusant le destin que le créateur leur a imposé, ils se rebellent ou essayent de le contrôler. Si notre monde était de même comment réagirions-nous? L’œuvre essaye, indirectement, de nous pousser à nous questionner sur notre propre existence.

Pourtant, l’oeuvre ne se veut pas complexe à lire. La narration est fluide, l’auteur alterne phase d’action, d’explication et d’accalmie. L’histoire et les univers s’étoffent au fur et à mesure que le scénario avance. Le rythme est soutenu sans être trop rapide. Opus est une véritable expérience narrative et visuelle que l’auteur maîtrise à la perfection.

Opus avait tout pour être une référence dans le domaine, pourtant l’auteur a dû arrêter son récit au bout de deux volumes. Le magazine Comic Guard s’arrête brutalement et l’auteur ne finira jamais son histoire. La série devra attendre 2011 pour sortir en version reliée avec un chapitre crayonné complémentaire mettant en scène Satoshi KON en plein travail et expliquant les raisons de la fin du manga.

Cette fin, bien qu’insatisfaisante, offre une conclusion rapide à l’oeuvre. Le plein potentiel de l’auteur sera à découvrir dans ses films d’animation cités plus haut. Toutefois le voyage d’Opus reste intéressant dans son principe. Un vrai mangaka dessine une histoire fictive d’un mangaka fictif qui dessine lui-même une histoire fictive… Ce n’est pas tous les jours que cela arrive !

Côté dessin, l’auteur offre une ambiance adulte, détaillés et réaliste. Opus se veut ancré dans notre réalité, Résonance dans un futur proche. Les cases fourmillent de détails, les immeubles et l’architecture des villes recèlent d’innombrables éléments.
Fan du travail d’OTOMO, l’auteur se rapproche de son style dans la représentation de la ville. Les personnages sont tous parfaitement reconnaissables et certains visages ont parfois des expressions rigides, mais rien de gênant.

C’est IMHO qui a édité ce titre dans un grand format (env. 15×21 cm). Arborant deux superbes couvertures aux couleurs inversées, les mangas se remarquent vite dans une bibliothèque. Pas de couverture amovible, quelques pages couleurs, des croquis et une biographie rapide de l’auteur. La couverture est assez fine mais le papier n’est pas transparent. L’édition se veut ainsi simple mais efficace.

To Be or Not to Be

Graphisme - 82%
Histoire - 60%
Mise en scène - 85%
Originalité - 84%
Edition - 75%
Dans son genre - 90%

79%

Mise en abîme

Bien avant ses films phares, Satoshi KON démontre sa puissance et son talent au travers d’une double histoire qui saura dérouter narrativement et visuellement le lecteur. Avec un concept peu repris mais terriblement efficace, Opus est une oeuvre à découvrir pour ceux qui souhaitent sortir des sentiers battus.




A propos de darkjuju

Tout au long de mes 20 ans de passion, j’ai pu me bâfrer de Shonen explosif, savourer du Shojo épique, déguster du Seinen puissant, me gargariser de Tezuka et autres merveilles vintages et maintenant je me délecte de titres d’auteurs et underground. La diversité du manga est intarissable.

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