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[Dossier] Kazuo KAMIMURA, l’estampiste de l’ère Shôwa

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Moto Hagio – Anthologie

Moto Hagio – Anthologie Éditeur : Glénat
Titre original : Hagio Moto Anthology
Dessin : Moto HAGIO
Scénario : Moto HAGIO
Traduction : Akiko INDEI & Pierre FERNANDE
Prix : 25.5 €
Nombre de pages : 608
Date de parution : 06/11/2013

Moto HAGIO est l’une des premières artistes féminines à avoir enfreint les codes du manga qui, dans les années 60, imposaient à ces dernières des histoires simplettes à l’eau de rose. À l’image du grand maître Osamu TEZUKA, elle n’hésitera pas à explorer divers horizons, allant de la saga vampirique aux récits de SF à la Ray Bradbury, maîtrisant au passage les critiques sociales ou les fables amères. Tout en gardant un trait élégant, ses oeuvres dépassent largement les frontières que l’on attribue habituellement aux shôjo manga et prennent une dimension universelle qui ne manquera pas d’intéresser tout lecteur curieux, habitué ou non au manga

Actrice majeur du manga féminin, Moto HAGIO a révolutionné le shôjo avec des histoires matures et diversifiées. L’auteure a marqué les esprits des Japonais en son temps avec des récits passionnants mais, sont-ils toujours aussi mémorables de nos jours ?

Moto HAGIO est une mangaka boudée dans nos contrées, hormis Le cœur de Thomas publié chez Kazé Manga, aucun titre n’a eu le plaisir d’être traduit. Il y a quelques temps, les éditions Glénat rectifient le tir en proposant un panel d’histoires courtes montrant toute la diversité et les facettes de l’auteure.

C’est sous la forme de deux recueils thématisés regroupés dans un coffret que nous pouvons découvrir la sélection effectuée par l’éditeur. Les deux ouvrages sont indépendants et peuvent se lire dans l’ordre que l’on souhaite. Les oeuvres ont été écrites majoritairement dans les années 70 et 80 même si on peut aller jusqu’en 1992.

Sous le nom De la rêverie, le premier recueil inclut des histoires de science-fiction et de fantastique. Le second nommé De l’humain est composé de récits où les relations et les sentiments humains formeront le coeur des histoires.

Moto HAGIO a su bouleverser son époque en proposant des histoires innovantes qui ne s’adressent pas à un public en attente d’amourettes futiles et éphémères. Elle s’intéresse aux humains, insistant sur leurs interactions ou leurs comportements, retranscrivant au passage une palette importante d’émotions que peuvent offrir ses personnages.

Dans le recueil de SF De la rêverie, l’auteure met en scène de nombreux personnages imaginaires pour asseoir son propos. Ils ont souvent un genre non défini ou peuvent hermaphrodite ou encore des personnages transgenres.
Elle joue sur les ambiguïtés, brouille les pistes avec des individus androgynes portant sur eux des éléments connotés qui embrouillent les repères du lecteur. Que ce soient des adultes ou des jeunes enfants, dans des histoires fantastiques ou fictives, ses personnages principaux ont souvent ce point commun.

La mangaka mélange mythes et fictions au travers d’une histoire de réincarnation, associant visions oniriques et prémonitions. Elle va même y inclure des êtres liés par un destin immuable, au dénouement tragique en perpétuel recommencement. Cette vision de l’amour qui dure éternellement dépassant les genres, l’espace et le temps nous plonge dans un univers tragique où la science et les légendes fusionnent.

Elle réussit un coup d’éclat avec son huis clos culte nommé Nous sommes onze. Le doute, les soupçons, les tensions et les accusations seront le lot de cette histoire. Difficile de décocher avant d’en connaître l’issue. L’auteure d’écrit avec brio l’état psychologique de ses personnages et l’ambiance pesante et inquiétante qui règne dans le vaisseau. En plus de proposer une histoire riche, la mangaka en profite pour montrer des modes de pensées différents, voire en opposition pour faire face à la potentielle menace.

Sa suite change de registre et se transforme en Space Opera partant sur une intrigue à plus grande échelle, incluant des rebondissements et des coups d’état. L’auteure nous montre ainsi sa capacité à mettre en place un récit des plus ambitieux.

Comme vous l’aurez compris Moto HAGIO possède un vaste terrain de jeu avec les univers fictifs, pourtant la qualité de ses histoires n’est pas que le résultat de l’utilisation de ces univers imaginaires. Dans le recueil De l’humain, vous trouverez des histoires  contemporaines réalistes.
Les problèmes d’identité seront immédiatement abordés ou ce qu’il faut faire pour définir sa place et bien vivre ses différences avec les autres. Au travers d’une histoire de siamoises avec une soeur délétère, l’auteure approfondira les faux-semblants et les apparences trompeuses.

Elle enchérit sur une mère qui voit sa fille comme un iguane (et dessinée comme telle). Cette dernière développera le sentiment d’être anormale, d’être l’image que sa mère lui renvoie sous sa réprobation. Elle souffrira d’un manque important de confiance en elle en se rabaissant en permanence dans une superbe allégorie de la difficulté de l’unité familiale et de la relation mère-fille. HAGIO pose ainsi les problématiques de développement de l’enfant dans un cocoon familial instable et complexe, sans oublier l’influence que l’éducation peut avoir.

La moralité et l’innocence des enfants seront abordées au travers d’un épisode pilote de l’une de ses œuvres phares, Le Cœur de Thomas. L’amour, la mort, la haine, la jalousie… ce sont autant de sentiments qui se mélangent dans cette nouvelle. L’auteure met en scène des personnages à la fois complexes et torturés par leurs émotions, devant survivre et s’adapter à leur environnement.

Effectivement cette sélection montre l’étendue du registre que la mangaka a pu traiter avec beaucoup d’aisance. Représentant habilement les sentiments tout en gardant un ton adulte, nous comprenons mieux pourquoi elle a su marquer le cœur des Japonais.
Difficile de dénigrer son travail, toutefois, tout n’est pas parfait, certaines histoires ont une narration un peu brouillonne par moments ou jouent sur quelques raccourcis scénaristiques. Une grande partie reste prévisible et nous pouvons deviner aisément la fin, mais le plus gros point noir c’est ce sentiment de « déjà-vu ».

Lire des œuvres de trente ou même quarante ans d’âge dans des registres qui ont été re-visités et ré-interprétés des dizaines de fois, font que, de nos jours, ce ressentiment ressort !
Le public actuel l’aura surement déjà découvert dans une série TV ou un film, c’est tout le paradoxe d’un néophyte qui risquerait de ne pas réaliser l’impact que cette auteure a eu et en sortirait déçu s’il n’était pas ouvert à la découverte. Ce n’est pas réellement un défaut en soi mais cette anthologie nécessite de se remettre dans le contexte de l’époque pour l’apprécier pleinement.

L’empreinte shôjo est fortement présente dans la mise en case ou dans l’apparence de ces personnages. Le style est très marqué par des protagonistes longilignes aux cheveux blonds bouclés avec les grands yeux typiques des récits féminins. Le trait est fin et maitrisé et elle use de peu d’effets fleuris ou autres trames excessives qui peuvent vous surcharger une page.
Cependant, nous retrouvons ce découpage particulier au fond vide ou étoilé avec des personnages sur plusieurs cases typique du genre.

Continuant sur sa collection VintageGlénat nous gratifie d’une édition réalisée par des passionnés. Dans un format standard (env. 12×18 cm), les deux recueils aux couvertures or et argent sont regroupés dans un coffret aux lignes sobres et élégantes. Les livres ont une jaquette fixe avec une partie rabattable et quelques pages en couleur sont présentes.

Le papier aurait pu être plus blanc mais l’impression est de qualité. L’éditeur a mis les bouchées doubles avec deux textes d’introduction sur l’auteure afin de la re-contextualiser et la présenter. Une biographie légère est présente et un texte à la fin de chaque histoire explique le choix de sa présence. C’est une édition soignée, de qualité et réalisée avec amour.
Cela se ressent et on en redemande !

Vers l'infini...

Graphisme - 65%
Histoire - 77%
Mise en scène - 76%
Originalité - 65%
Edition - 75%
Dans son genre - 76%

72%

...et au delà !

Pour tous les lecteurs souhaitant approfondir leur culture, Moto HAGIO est une mangaka incontournable du paysage japonais. Cette sélection d’histoire est une excellente initiative et ravira tous les amoureux de shôjo vintage et les plus curieux qui veulent s'essayer à quelque chose qu'ils ne maîtrisent pas forcément.




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A propos de darkjuju

Tout au long de mes 20 ans de passion, j’ai pu me bâfrer de Shonen explosif, savourer du Shojo épique, déguster du Seinen puissant, me gargariser de Tezuka et autres merveilles vintages et maintenant je me délecte de titres d’auteurs et underground. La diversité du manga est intarissable.

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