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Le Monde selon Uchu

Le Monde selon Uchu Éditeur : Casterman
Titre original : Watashi no Uchu
Dessin : Ayako NODA
Scénario : Ayako NODA
Traduction : Aurélien ESTAGER
Prix : 16.9 €
Nombre de pages : 448
Date de parution : 30/03/2016

« Le monde dans lequel nous vivons est un manga et j’en suis le héros. » : Telle est la révélation ahurissante que fait Uchu à ses camarades de classe ! Créatures de papier qui se croyaient de chair et de sang, les élèves de l’établissement comprennent que ce regard qu’ils sentent peser sur eux en permanence pourrait bien être le vôtre, lecteur… Mais il y a plus important : quelle fin l’auteur a-t-il prévue ? Suivez les personnages dans ce récit qui dynamite les codes de la comédie scolaire pour livrer une chronique du passage à l’âge adulte tour à tour rieuse, poignante et mystérieuse.

ATTENTION : Cette chronique contient des révélations sur l’intrigue. Vous êtes prévenus !

Alors qu’il devait sortir dans son intégralité au mois de février (et donc être présent au festival d’Angoulême où l’auteure, Ayako NODA, était invitée), Le Monde Selon Uchu verra finalement son second tome publié à la fin du mois de mars. Pour le coup, Manga Mag a tout le temps de vous préparer à la conclusion de cette petite merveille apparue chez Casterman.

Le Monde selon Uchu fait partie de ces mangas qui savent vous accrocher dès les premières pages. Le lecteur entre dans un univers qu’il connaît pourtant très bien, les oeuvres se déroulant dans un collège ou un lycée n’étant pas rares du tout. Pourtant, Ayako NODA réussit à lui faire comprendre dès les premières pages que son expériences sera différente.

Ici, il ne sera pas vraiment question d’un manga traditionnel. Uchu, en bon personnage principal, va faire avancer l’action très rapidement. Il a ce sentiment que quelque chose ne tourne pas rond, qu’il est toujours observé par quelque chose ou… quelqu’un (qu’il appelle « le monstre »).
Au début, les autres personnages ne comprennent pas vraiment ce malaise éprouvé par le protagoniste mais alors qu’ils continuent à évoluer, ils se rendent compte, eux aussi, qu’il y a une force qui semble diriger leurs mouvements et même… modifier leurs destins !

En quelques chapitres, Shinri, le frère d’Uchu, change de classe. Un matin, il vaque à ses occupations quotidiennes mais, au moment de rentrer dans sa salle, il se demande pourquoi il est avec Uchu et Alice. Jusqu’ici, il était séparé des deux autres personnages.
Les trois compères, qui continuent à expérimenter vis à vis de la théorie d’Uchu vont tout simplement conclure que s’il n’était pas avec eux… on ne le verrait presque pas ! C’est donc par pure nécessité scénaristique s’il a été bougé, même s’ils ne savent pas par qui.

Vous l’aurez compris, Ayako NODA casse très facilement le quatrième mur et heureusement puisque sans ça, son postulat de base partirait en fumée. On avait déjà vu ça dans les oeuvres d’ADACHI, d’HOJO et pas mal d’autres auteurs mais il est rare que la « blague » (c’est souvent une petite pique humoristique) dépasse la case dans laquelle elle est utilisée.

Dans Le Monde Selon Uchu, c’est tout le scénario qui est construit autour de cette potentielle prise de conscience des personnages et de leur envie de comprendre où ils sont et ce qui leur arrive.
En fait, dans une démarche similaire, on pourrait citer KAMIMURA dans Le Club des divorcés même si l’auteur ne se met en scène que pour référer au grotesque de sa situation et non pas pour l’analyser.

Le monde selon Uchu T01 HD.pdf Le monde selon Uchu T01 HD.pdf
WATASHI NO UCHU © 2013 Ayako NODA / SHOGAKUKAN

Ayako NODA, par son oeuvre, veut parler du processus créatif en lui-même. C’est pour cela qu’elle fait en sorte de faire découvrir cette « réalité » à ses personnages. Ils sont, en quelque sorte, prisonnier de la page, esclave de ses traits et on pourrait même jusqu’à aller dire que leur compréhension n’est que le fruit d’un caprice de mangaka.

Elle cherche aussi à exprimer ce qu’elle croit être le manga. Lors de la lecture, vous vous rendrez compte qu’il est très difficile de classer Le Monde selon Uchu dans une catégorie. En fait, NODA va tester un peu tous les styles : manga classique, yonkoma (ces petits mangas souvent humoristiques en quatre cases), méta-manga

Chacun de ses personnages va représenter et agir comment un élément important du monde du manga. Uchu correspond plus à un personnage de seinen dans ses actions. Il est assez sombre, il réfléchit beaucoup et surtout, il se pose de nombreuses questions qui l’aideront à faire avancer la trame principale.

De son côté, Shinri, est le personne de shônen typique : il est facile à aborder, il parle beaucoup et on se rend compte qu’il est toujours très enthousiaste et prêt à aider ses amis. Bref, c’est un peu de le chevalier de la camaraderie !
Chiyoko Saimi, vous l’aurez compris, n’est autre que la représentante du shôjo manga. Cet amour inconditionnel et irrationnel qu’elle exprime pour Iya est le fruit de la destinée : « Dès le début, j’ai été conçue pour tomber amoureuse de lui ». Un sentiment pur et beau comme on trouve uniquement dans les shôjo, vous ne trouvez pas ?

Le cas d’Alice et du professeur, Samejima, sont un peu plus complexes. Pour moi, Alice n’est autre que la lectrice, une spectatrice qui observe, scrute et qui tente de comprendre ce qui se passe. C’est on ne peut plus vrai avec un titre comme Le Monde selon Uchu dans la mesure où le lecteur à envie de voir jusqu’où la mangaka va pousser sa théorie, si elle prête à aller jusqu’au bout et pourquoi.

Samejima est, pour moi, le tantô (assistant éditorial, un grand classique pour tous les mangaka) qui guide l’histoire. Il est celui qui va aiguiller les personnages perdus en influant sur l’auteur qui pourrait être en panne d’inspiration ou en proie au doute. Il le dit lui-même lors de sa conversation avec Uchu : « Je ne joue pas un rôle aussi important que tu le crois. ».
Petite pique de l’auteur ? Peut-être…

Le monde selon Uchu T01 HD.pdf Le monde selon Uchu T01 HD.pdf
WATASHI NO UCHU © 2013 Ayako NODA / SHOGAKUKAN

Attention, il ne faut pas croire que NODA se pose comme toute puissante et qu’elle prétend avoir toutes les reposes.
Au contraire, elle a été jusqu’à s’inclure dans son œuvre en tant que personnage pour pouvoir converser avec son protagoniste qui l’a percé à jour. Comme elle le lui dit elle-même, elle « joue le jeu » et veut voir jusqu’où Uchu sera capable d’aller, s’il pourra prendre les bonnes décisions mais aussi l’impact qu’elles auront sur les personnages secondaires.

On retrouve d’ailleurs cette interrogation via deux passages clés du premier volume. Déjà, le sauvetage d’Iya prouve qu’Uchu est bel et bien le héros de l’histoire. Etait-ce vraiment nécessaire d’en arriver là pour en avoir le coeur net ? Pas sûr mais le jeune garçon se dit, à juste titre, que sans lui, il n’y a plus d’histoire donc plus de manga.

On peut aussi citer la romance entre Iya et Saimi qui pose une question toute bête mais à portée métaphysique : des êtres bi-dimensionnels peuvent-ils être capables de sentiments ? Iya, réticent au départ, le fait clairement comprendre à la jeune lycéenne en lui disant qu’elle ne ressent rien, que c’est juste l’auteur qui s’amuse avec des mots et de l’encre.

NODA interroge son lecteur par le biais de ses personnages et lui demande de décider ce qui est réel pour ses personnages.
D’un côté, il y a la vérité d’un auteur qui construit des caractères et un univers mais de l’autre, il y a la volonté propre de ces êtres qui, même s’ils ont été créés, évoluent dans un monde soumis à des contraintes spécifiques auxquelles l’auteur ne peut pas forcément déroger.

Le trait d’Ayako NODA est loin d’être laid mais il reste quand même très limité. Elle fait partie de ces dessinatrices qui savent captiver un lectorat sans avoir besoin de style particulier ou d’une palette graphique folle. En fait, les dessins de la mangaka font leur boulot, c’est à dire permettre la mise en image de l’histoire, ni plus ni moins.

Là où NODA est peut-être plus intelligente que les autres, c’est dans sa façon d’utiliser le dessin. Très souvent, elle ajoutera un petit détail qui viendra faire comprendre au lecteur la banalité ou la particularité de la situation dans laquelle se trouvent les personnages et ç ce niveau là, c’est du très bon boulot !

WATASHI NO UCHU © 2013 Ayako NODA / SHOGAKUKAN
WATASHI NO UCHU © 2013 Ayako NODA / SHOGAKUKAN

Casterman n’a plus rien à prouver en ce qui concerne la qualité physique de ses ouvrages. Une fois de plus, on a le droit à une réalisation solide, propre et qui vient même jouer un peu avec le thème du manga. Dans Le Monde Selon Uchu, ce n’est pas le traducteur qui a du souffrir mais plutôt la personnage en charge du lettrage.

On le remarque dès le départ, sur la toute première page puisque le chiffre de la numérotation est carrément placé sur le côté gauche mais… au milieu de la page ! Pendant tout le type, les numéros sont tournés, retournés et l’auteure s’est probablement bien amusée à faire varier le chiffre tournant (à chaque fois, il y en a un qui est, soit sur le côté, soit à l’envers).

Regardez un peu la page titre du premier chapitre. Le jeu sur le titre est aussi quelque chose qui a été intégralement refait à la main (ou à l’ordinateur selon la préférence de la personne en charge) et il y a ce genre de petits détails un peu partout dans l’oeuvre. Ce n’était pas une mince affaire que tout réadapter pour le public français !

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Alors qu'il devait sortir dans son intégralité au mois de février (et donc être présent au festival d'Angoulême où l'auteure, Ayako NODA, était invitée), Le Monde Selon Uchu verra finalement son second tome publié à la fin du mois de mars. Pour le coup, Manga Mag a tout le temps de vous préparer à la conclusion de cette petite merveille apparue chez Casterman. Le Monde selon Uchu fait partie de ces mangas qui savent vous accrocher dès les premières pages. Le lecteur entre dans un univers qu'il connaît pourtant très bien, les oeuvres se déroulant dans un collège ou un lycée n'étant pas rares du tout. Pourtant,…

C'est l'histoire d'un manga...

Graphisme - 64%
Histoire - 78%
Mise en scène - 92%
Originalité - 88%
Edition - 85%
Dans son genre - 90%

83%

Inception

Le Monde selon Uchu est un titre comme on en lit qu'une fois par an. Du début à la fin, Ayako NODA se permettra de se jouer de son lecteur en le menant en bateau avec une facilité déconcertante. Il en retiendra une leçon simple : un véritable auteur peut très facilement retourner le cerveau de son auteur !

A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

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