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Lorsque nous vivions ensemble 1

Lorsque nous vivions ensemble – Tomes 1~3

Lorsque nous vivions ensemble – Tomes 1~3 Éditeur : Kana
Titre original : Dosei Jidai
Dessin : Kazuo KAMUMIRA
Scénario : Kazuo KAMUMIRA
Prix : 18 €
Nombre de pages : 700
Date de parution : 04/09/2009

Nous sommes à Tokyo, au début de la libération des moeurs des années 70, Kyôko (21 ans) et Jirô (23 ans) vivent en couple bien que non mariés. Elle est graphiste dans une agence de pub, lui, est illustrateur débutant. Chaque chapitre nous fait découvrir un fragment de leur quotidien avec leurs voisins, leurs amis, leurs collègues de travail, mais aussi leurs sentiments parfois contrastés.

Avec la sortie d’Une Femme de Shôwa ce vendredi, Manga Mag vous proposera de revenir sur les oeuvres de l’auteur toute la semaine. On vous avait déjà parlé du Club des Divorcés lors de sa sortie, il nous a semblé logique de commencer par le titre considéré comme son chef d’oeuvre.
En effet, la carrière de Kazuo KAMUMIRA a pris un tournant décisif grâce à Lorsque nous vivions ensemble, un titre ancré dans son époque. Reconnu comme un chef-œuvre lyrique, peut-on dire qu’il a le même impact de nos jours ?

Jirô et Kyôko s’aiment, c’est indéniable. C’est le coup de foudre, ils vivent une histoire d’amour passionnée et enflammée. Allant à contre-courant des moeurs de l’époque ils décident précipitamment d’habiter ensemble mais la réalité de la vie va rapidement les rattraper et de nombreuses épreuves vont éprouver leur couple.

Le postulat de départ peut prêter à sourire de nos jours, vivre sans être marié ou être célibataire sont deux situations parfaitement acceptés dans la société actuelle. Cependant, dans les années 70, vivre en couple hors mariage était une aberration. L’important c’était d’avoir un mari avant ses 25 ans et faire des enfants. L’amour n’est pas le critère premier, l’important c’est de respecter les conventions sociales et obéir à l’autorité parentale.

Notre couple prend la décision unanime de choisir l’amour, quitte à enfreindre la tradition sociale. Le choix d’habiter sans être marié n’est pas anodin, ils doivent mentir à leur propriétaire, cacher leur relation à des amis, et surtout ne plus rien dire à leur famille. La pression du « qu’en-dira-t-on» est forte, chaque acte doit être mesuré et mieux vaut éviter de se faire remarquer.

Ils vivent en partie dans la peur d’être découverts et par conséquent de se retrouver à la rue. La culpabilité de ne pas être dans le moule, chaque rencontre leur rappellera qu’il est anormal de vivre dans une union libre et que le mariage est une obligation. L’obligation de se plier aux règles de vie imposées par les adultes.

La précipitation de se mettre en ménage ne leur a pas permis de vraiment faire connaissance et certaines réactions sont incomprises. Ils se blessent mutuellement avec des disputes sans importance, et se questionnent sur l’amour avec un grand A. Ils apprennent à vivre ensemble en découvrant leurs caractères respectifs, souvent dans l’incompréhension.

Encore jeunes, ils sont sans le sous et vivent dans un minuscule appartement, bien trop petit pour que chacun puisse avoir son espace personnel. Le travail sera un sujet problématique, certaines dates anniversaires seront annulées à cause d’un patron qui invite ses employés le soir ou d’un travail en retard. Ces évènements rajouteront des doutes sur leur couple, mais ils n’hésiteront pas à quitter un boulot pour vivre leur amour dans une certaines insouciance de la réalité.

Au fur et à mesure que les jours passent, les anxiétés se cumulent et font vaciller la flamme de nos amoureux. Leurs choix seront souvent remis en question et pourtant Jirô et Kyôko s’aiment, ils en sont convaincus, leur amour est passionnel, à la fois éphémère et éternel…
Kyôko sera pourtant en proie au doute face à la demande en mariage d’une autre personne, choix difficile entre la maturité sans amour ou l’immaturité passionnée. De son côté, Jirô devra résister à la tentation d’autres femmes. Toutes ces épreuves les rapprochent toujours plus, mais les fragilisent aussi énormément.

Kyôko et Jirô apprennent comment fonctionne leur relation au fil du temps, de leurs rencontres, de leurs humeurs et de leurs émotions. Ils se séparent pour mieux s’éloigner mais aussi pour mieux se rapprocher, pour mieux s’aimer et pour mieux se détester. Ils fermeront les yeux face à leurs inquiétudes et se perdront dans l’ivresse de leurs corps.
L’amour et le sexe sont deux composantes indissociables de leur vie, mais quand peut-on dire que le sexe devient l’amour ? Quelle est la frontière ? Eux-même ne le savent pas et cette ligne fine amènera d’autres questionnements chez les tourtereaux. Au final, n’est-ce pas tout simplement un moyen pour eux de fuir la réalité ?

Le lecteur sera absorbé par l’amour passionnel que KAMIMURA réussit avec brio à décrire, chaque sentiment est ressenti au moment de la lecture. Jusqu’où leur couple pourra tenir ? Vont-ils pouvoir faire face à la vie et vivre leur amour longtemps ?
La psychologie des personnages est travaillée à l’extrême et l’auteur usera d’allégories, de métaphores, de symboles, de comparaisons pour créer une poésie dans les images et dans le texte. Il réussit à rendre ses personnages vivants et nous faire ressentir leur joie comme leur douleur.

Il apportera de nombreuses réflexions dans son récit : la vie hors des règles de société, vivre en couple, la recherche du bonheur, l’amour éphémère, être une femme, former un couple ou encore les aspirations pour l’avenir.
La définition de l’amour, son but, sa raison, le chemin du bonheur seront d’autres thèmes importants. L’oeuvre peut être réfléchie à un niveau plus social, se posant ainsi des questions sur les difficultés rencontrées d’un jeune couple, l’envie de briser les interdits, le besoin de se sentir vivre, survivre dans une société codifiée, ce titre ne manquera pas de sujet à débattre.

L’histoire de nos deux amoureux sera découpée en plusieurs phases : la vie en concubinage, l’incursion du drame et la reconstruction. Les sujets abordés seront difficiles et parfois tragiques. L’amour selon KAMIMURA est beau, magnifique et intense, mais il se veut aussi douloureux, triste et déprimant. Deux visions qui se s’opposent mais c’est  le revers de la médaille pour vivre une histoire d’amour fusionnelle. Kyôko ira jusqu’à proposer plusieurs fois à Jirô de se suicider pour être éternellement avec lui.

L’oeuvre se veut belle et noire à la fois, passant du rire aux larmes, le lecteur se retrouvera dans la même situation que les deux tourtereaux. La joie est d’un blanc immaculé, le malheur est d’un noir profond. Les âmes les plus sensibles seront retournées par certains chapitres, car l’auteur réussit à changer d’état en quelques cases et inverser immédiatement l’ambiance d’une histoire. C’est une véritable claque sensorielle et visuelle.

Chaque chapitre décrit une nouvelle situation, ils sont généralement indépendants mais suivent un ordre chronologique. L’évolution de nos protagonistes se fait au fil des saisons. Ces situations de tous les jours sont racontées avec une telle finesse que cela en devient envoûtant. C’est un récit qui demande de prendre son temps si vous voulez vraiment le savourer.

L’histoire est plus visuelle que textuelle, d’ailleurs l’œuvre se lit assez rapidement, mais l’auteur excelle en narration graphique et parvient à transmettre du mouvement ou des paroles avec des images fixes. Il alterne les plans et la taille des cases pour varier l’émotion et contrôle parfaitement le déroulement de son histoire.
C’est le point le plus important de ce titre, sans ce travail de mise en page et le génie de l’auteur pour reconstituer les émotions, ce manga n’aurait pas atteint son statut d’oeuvre culte et indispensable.

Peu de reproches sont à signaler, hormis une petite lenteur dans le dernier volume avant la conclusion ou l’utilisation d’une symbolique parfois difficile à comprendre dans certains chapitres.

Le trait de KAMIMURA est magnifique. Son style est simple, épuré, proche des étampes d’autrefois (d’où son surnom). Le dessin est intemporel et même de nos jours, celui-ci n’est pas comparable à la production actuelle. Rapidement, le lecteur entre sous le charme des paysages, des personnages et de l’ambiance qui en résulte. L’utilisation de symbolique cachée avec des animaux et des fleurs permet de donner ce charme, cette finesse et cette poésie propre au mangaka. Comme dit plus haut, il excelle dans la narration graphique et propose une véritable oeuvre lyrique.

Les éditions Kana ont publié en 3 « pavés » de 700 pages les 2100 pages qui constituent le manga. Ils sont en grand format (env. 21x15cm) avec une jaquette amovible. Ce format épais mais économique nous permet de profiter de l’oeuvre pour un « faible » coût et montre aussi que l’éditeur a cherché à limiter de potentielles pertes (même si, depuis, l’oeuvre a été rééditée au moins 3 fois, preuve d’un certain succès).
La manipulation de « pavés » n’est jamais aisée, mais ils restent souples et étonnamment moins difficiles à lire que d’autres titres dans le même format. Le papier est de bonne qualité, même s’il manque un peu d’épaisseur. À noter que l’œuvre est accompagnée d’un texte de la fille de l’auteur et de Jirô TANIGUCHI, qui avait été son assistant.

Je t'aime un peu, beaucoup, passionnément...

Graphisme - 90%
Histoire - 86%
Mise en scène - 90%
Originalité - 90%
Edition - 70%
Dans son genre - 94%

87%

... à la folie.

KAMIMURA nous livre ici une histoire d’amour passionnée, intense, belle, poétique mais ancrée dans la réalité difficile de son époque. Véritable ode à la jeunesse ainsi qu’à l’amour fusionnel et tragique, cette œuvre est un indispensable et saura émouvoir le coeur de nombreuses lecteurs et lectrices.




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A propos de darkjuju

Tout au long de mes 20 ans de passion, j’ai pu me bâfrer de Shonen explosif, savourer du Shojo épique, déguster du Seinen puissant, me gargariser de Tezuka et autres merveilles vintages et maintenant je me délecte de titres d’auteurs et underground. La diversité du manga est intarissable.

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