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L’Habitant de l’Infini Edition Anniversaire

L’Habitant de l’Infini – Tomes 1~30

L’Habitant de l’Infini – Tomes 1~30 Éditeur : Casterman
Titre original : Mugen no Jûnin
Dessin : Hiroaki SAMURA
Scénario : Hiroaki Samura
Traduction : Vincent ZOUZOULKOWSKY
Prix : 10.95 €
Nombre de pages : 220
Date de parution : 02/11/2016

1770, ère Edo. Lin âgée de seulement quatorze ans assiste au violent assassinat des ses parents par des membres de l’école du Ittô-Ryû. Deux ans plus tard elle s’allie à Manji, un sabreur immortel, afin de d’accomplir sa vengeance.

Il aura fallu 19 ans à Hiroaki SAMURA pour réaliser son œuvre phare, L’Habitant de l’Infini (Mugen no Jûnin). Partant sur une série courte, est-il parvenu à faire évoluer son histoire correctement sur les trente volumes qui la composent ?

Le manga démarre par un prologue narrant le passé de Manji, le personnage principal, et enchaîne immédiatement sur l’assassinat des parents de Lin, deuxième protagoniste. Une fois le postulat de départ passé, le début du récit s’attelle à mettre en place le leitmotiv des deux personnages principaux, Lin cherchant à se venger, et Manji à expier son passé.

Manji montrera rapidement ses capacités aux combats et son immortalité face à de nouveaux adversaires. Le manga commence sans temps mort et l’auteur inclut sans attendre de nouveaux personnages grâce à de superbes affrontements.
Ces combats restent courts et dynamiques ; ils sont travaillés, vivants et sanglants. Le mangaka prend un malin plaisir à découper ses personnages dont Manji qui est, rappelons-le, immortel mais pas invulnérable. Ce dernier, grâce à son pouvoir, peut recoller les morceaux de son corps et se battre à l’infini.
Malgré le pitch de base, l’oeuvre ne part pas dans l’extravagance afin d’afficher un certain réalisme malgré ce côté fantastique.

Ce réalisme, c’est ce qui frappe en premier dans le manga. L’histoire se déroulant à l’ère Edo (1770), l’auteur prend un soin tout particulier à représenter les bâtiments, les décors, les coutumes, et l’ambiance de cette époque.

Tout est fait pour plonger le lecteur dans ce Japon d’autrefois. Les décors sont magnifiques et variés, que ce soit dans la ville, à la campagne ou dans les châteaux des seigneurs d’époque. Les vêtements, kimono ou autres yukata sont vont jusqu’à inclure un signe distinctif pour chaque personnage.
SAMURA souhaite rendre son récit crédible en détaillant le maximum d’éléments de cette époque et il en est de même pour les armes (bien souvent imaginaires) qui sont représentées en fin de volumes avec des explications de l’auteur ou encore les poses et positions des protagonistes lorsqu’ils les utilisent.

Le ton et l’atmosphère sont adultes de par le thème de départ, son traitement, ou encore la violence visuelle qui accompagne l’oeuvre. De nombreuses scènes sont très chargées en émotions avec des viols, de la torture, et des meurtres à foison. Cette ambiance est accompagnée de bouts de corps parsemés dans le décor, le tout sublimé par un dessin maîtrisé et de toute beauté.

Le manga ne se résume pas qu’à une succession de combat ou de scènes barbares, loin de là. Le récit évolue rapidement vers la narration d’une véritable fresque humaine.
SAMURA précise lui-même qu’il n’avait pas prévu initialement d’avoir un long récit et l’oeuvre va rapidement prendre une tournure légèrement différente. Au bout de quelques volumes l’auteur va réellement se lancer dans une narration bien plus ambitieuse. Les protagonistes vont être plus développés puisque chacun verra ses buts ainsi que ses motivations personnelles explicités dans au fil des chapitres. 

L’auteur souhaite donner à tous ses personnages un passif, une évolution et une conclusion, permettant ainsi de fournir une histoire plus dense qui ne sera pas uniquement centrée sur Lin et Manji. De plus, leurs états d’esprits évoluent au fils du récit, leurs idéaux changent ou encore leur raison d’être sera remise en cause. Même Lin doutera du bien fondé de sa motivation face à son adversaire, qui malgré son acte, avait des raisons qui lui étaient propres. Cette évolution est une composante importante qui offre énormément de profondeur aux personnages de la série.

Le mangaka continuera sur sa lancée en ajoutant toujours plus de monde, de nouveaux groupes, de nouvelles motivations. À tel point qu’au milieu de la série, une centaine de protagonistes co-existent et lors d’une première lecture, le lecteur se perdra facilement parmi cette immense galerie.
SAMURA décide donc de s’éloigner d’une histoire campagnarde et impliquera des personnes influentes politiquement, dépassant la simple vengeance d’une petite fille. L’intrigue se découpera sur cinq parties continues, étalées sur les trente tomes qui composent la série.

Les thèmes abordés sont légion, et certains sont approfondis et récurrents tout au long de la série.
On trouve notamment de quoi réfléchir sur ce qu’est l’esprit du guerrier mais aussi sur sa place dans un pays en paix (bien que militarisé) mais aussi sur le besoin de vengeance, qui, même une fois réalisé, ne permettra pas de retrouver les personnes perdues.
Autre thème clé, la difficulté d’être immortel, de devoir vivre avec ce fardeau et d’attirer en permanence les combattants les plus téméraires viendra se développer tout au long de l’histoire.
La rédemption fait aussi partie des idées chères au mangaka, il réfléchit sur ce que signifie regretter ses actes passés ou encore refaire sa vie tout en vivant avec les horreurs que l’on a pu faire…
Tous ces sujets permettent de montrer toute l’humanité et la profondeur des personnages que l’auteur a su habilement mettre en place. Le lecteur comprend la motivation de chacun, même quand leurs idéaux s’opposent et grâce à cette composante, l’oeuvre se distingue clairement par une qualité et une profondeur rarement égalée.

Vers la moitié de la série, l’auteur voudra rendre son histoire encore plus crédible, s’attardant sur l’immortalité de Manji et en tentant de l’expliquer scientifiquement.
L’histoire va connaître une première longueur et quelques défauts de choix dans sa narration. Le récit s’étant allongé sur plus de volume et les motivations de chacun évoluant, lors de la première lecture il est difficile de comprendre le but final du manga. Les héros de départ sont parfois totalement mis de côté pendant plusieurs volumes pour se concentrer sur les nouveaux personnages et leurs histoires.
Cela n’est pas un défaut en soi, mais ce changement est mal amené au lecteur.

Il en est de même pour la profondeur des messages de certains textes qui se perd tout doucement au profit de combats quasi muets. Ces derniers changent de style, affichant de magnifiques chorégraphies, d’une élégance et d’une beauté rares. Ces confrontations, qui sont intenses, sublimes et épiques, sont un régal oculaire.

Cependant, à vouloir trop en faire, ils s’allongent pour se donner parfois gratuitement en spectacle et deviennent de plus en plus exubérants, perdant, par moments, tout crédit. Certains coups ou parades sont irréalistes et on trouve des personnages surhumains dans leurs mouvements, sans parler du peu de douleur ressentie par d’autres combattants.

L’auteur ajoute plusieurs scènes facultatives servant juste de prétexte à des nouvelles confrontations, voir à créer des combats en plusieurs parties.
C’est fort dommage car l’histoire, qui se voulait dense, sérieuse et travaillée se perd par moments dans des rebondissements dignes des meilleurs shônen, en invoquante armée secrète, un ennemi qui revient à la vie plusieurs fois ou même le rétablissement de Manji qui se fait de plus en plus rapide.
Ces artifices viennent ainsi gonfler artificiellement l’histoire qui n’en avait clairement pas besoin.

Tous ces choix sont étonnants par rapport au début de la série et le désir de l’auteur d’ancrer son histoire dans un réalisme certain. Précisons que tous les points cités au-dessus ne rendent aucunement l’œuvre mauvaise, et bon nombre de lecteurs aimeront ce changement mais les plus exigeants remarqueront que 6 à 7 volumes auraient pu être évités.

Heureusement, le tout est contrebalancé par certains moments clés du récit où la seule tension entre les personnages suffit à imposer une ambiance lourde et électrique tel un film de TARANTINO. Les protagonistes ont un charisme divin, les mises en scène, les angles de vue, et les entrées des personnages sont souvent grandioses. Ils en imposent et donnent une aura encore plus forte au manga.

Plus le récit avance, plus les combats atteignent une puissance rare. Autre point positif, l’auteur, bien qu’il intègre des femmes sexy, n’affichera pas de nudité et ne jouera pas sur le fan service, indiquant lui-même qu’il trouve plus attirante une femme légèrement habillée que nue, point particulièrement appréciable. N’oublions pas de mentionner que l’histoire prend le temps de se terminer correctement, apportant ainsi une conclusion satisfaisante et non-convenue aux tribulations de Lin et Manji.

S’il y a bien un point qui mettra tout le monde d’accord c’est la beauté du dessin, qui est fulgurant de réalisme et de dynamisme. Même si au début, certaines planches peuvent paraître assez brouillonnes  et manquent parfois de lisibilité, l’auteur monte rapidement de niveau pour offrir de petites claques visuelles. Peu de mangaka peuvent se vanter d’atteindre un tel niveau de qualité et réalisme. Dessinant tout à la main, le trait fourmille de détails sur les objets, les ombres ou autres effets de lumière ; chaque case est un travail hallucinant.

Il en va de même pour les positions et la posture des personnages ou encore l’intérieur des corps découpés. Mélangeant plusieurs styles visuels, que ce soit crayonné, aquarelle, crayon ou encore encre de Chine, l’auteur s’amuse à tester et varier les rendus, surtout au début de l’œuvre. Chaque ouverture de chapitre propose une illustration magnifique, soit 206 en tout ! Les amateurs d’estampes ou de dessins fait main seront aux anges  et pourront admirer la maîtrise du mangaka.

Le manga a connu quelques difficultés lors de sa publication en France. Au bout de 9 volumes, Casterman décide d’arrêter cette version pour la ressortir sous une nouvelle forme plus proche de la version japonaise dans son label Sakka.
Cette dernière est dans un grand format (environ 15x21cm) avec jaquette amovible sans page en couleur. La publication de la seconde édition s’étale de 2004 à 2014 et de nombreuses rééditions ont été faites incluant toutes les améliorations en matière de fabrication. De ce fait, toutes les qualités de papier sont trouvables, allant du papier gris recyclé pour les plus anciens au super papier blanc pour les derniers tomes.

Si on se focalise sur les dernières impressions, l’édition est d’excellente facture. Les couvertures originales sont généralement respectées sachant que l’éditeur a apporté quelques retouches anecdotiques. Toutefois, le dos des mangas aborde un arc-en-ciel franchement pas gracieux, aux couleurs rappelant les vieilles éditions Glénat dans des tons plus foncés. De nombreux bonus sont présents le long des 30 volumes, mais aucun dossier, ou d’interview sur l’auteur, en plus de 20 ans de publication, chose fortement regrettable et décevante….

Cependant, l’éditeur a récemment rattrapé le tir avec la sortie d’une édition spéciale dite anniversaire regroupant les deux premiers volumes avec les pages en couleurs de la prépublication japonaise et une interview croisée entre Hiroaki SAMURA et Masashi KISHIMOTO, auteur de Naruto.
Casterman propose ainsi un superbe objet avec une hardcover et un papier de qualité supérieure que l’on peut offrir à quelqu’un qui souhaite découvrir la série mais aussi au fan puisque la petite interview en dit long sur les origines du titres et la volonté du mangaka.
Attention à ne pas être trop excité, ce volume est unique et l’éditeur ne ressortira malheureusement pas la série dans ce format.

Il aura fallu 19 ans à Hiroaki SAMURA pour réaliser son œuvre phare, L'Habitant de l'Infini (Mugen no Jûnin). Partant sur une série courte, est-il parvenu à faire évoluer son histoire correctement sur les trente volumes qui la composent ? Le manga démarre par un prologue narrant le passé de Manji, le personnage principal, et enchaîne immédiatement sur l’assassinat des parents de Lin, deuxième protagoniste. Une fois le postulat de départ passé, le début du récit s’attelle à mettre en place le leitmotiv des deux personnages principaux, Lin cherchant à se venger, et Manji à expier son passé. Manji montrera rapidement ses capacités aux…

Immortalisera bien qui immortalisera le dernier

Graphisme - 92%
Histoire - 78%
Mise en scène - 85%
Originalité - 73%
Edition - 70%
Dans son genre - 90%

81%

Ça va trancher chérie !

L'habitant de l'infini saura vous en mettre plein la vue par son ambiance, son scénario, sa narration, son esthétique ou encore sa mise en scène. Que ce soit par ses magnifiques dessins, ses personnages travaillés ou ses combats intenses et chorégraphiés, le manga a tout pour être une référence et un incontournable. Il est regrettable que l'auteur n'ait pas su parfaitement garder sa ligne directrice et a fini par se fourvoyer dans quelques petits travers du shônen pour gonfler artificiellement son récit qui perd, en partie, son réalisme. Toutefois, il serait dommage de passer à côté d'un titre qui n'a qu'un seul défaut, celui de trop vouloir divertir.




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A propos de darkjuju

Tout au long de mes 20 ans de passion, j’ai pu me bâfrer de Shonen explosif, savourer du Shojo épique, déguster du Seinen puissant, me gargariser de Tezuka et autres merveilles vintages et maintenant je me délecte de titres d’auteurs et underground. La diversité du manga est intarissable.

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