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L’éveil

L’éveil Éditeur : Vertige Graphic
Titre original : Super Biking
Dessin : Kazuhiko MIYAYA
Scénario : Kazuhiko MIYAYA
Traduction : Tetsuya YANO
Prix : 18.3 €
Nombre de pages : 280
Date de parution : 28/01/2010

Les quatre nouvelles qui composent ce recueil, placé sous le sceau de la diversité, dévoilent chacune à leur manière des aspects méconnus de la société japonaise, dans son fonctionnement et ses modes de pensée. La première, Super biking, propose action et rédemption motorisées sur un fond de réflexion sociale. La seconde, Une paire plus kicker, est un petit thriller donnant tout leur sens aux mots “amitié” et “sacrifice”. La troisième, Lamentations d’un nègre, est une superbe introspection nostalgique, d’une sensibilité particulièrement touchante. La dernière, Le jour où David s’éveille, est une violente dénonciation politique. À la fois manifeste anti-dictatorial et critique de la politique extérieure parfois ambiguë du Japon. 

Voyou, rebelle, libertaire, réactionnaire, voici les mots choisis pour présenter Kazuhiko MIYAYA dans la postface de cette anthologie titrée L’éveil. Cet auteur est considéré comme le renouveau du gekiga à la fin des années 60 et 70. Cette provocation et cette indépendance sont-elles toujours présentes de nos jours ?

Avant de parler des ses oeuvres, il faut parler de l’auteur et recontextualiser son époque. Nourri sous les révoltes étudiantes, dans un Japon voyou, loin de l’image policée que nous avons de nos jours, Kazuhiko MIYAYA accumule beaucoup de colère face à des faits d’actualités et à des mouvements de la jeunesse japonaise de la fin des années 60.
L’auteur est ainsi en lien filial avec l’extrême droite qui revendique le révisionnisme des faits de guerre au Japon.

C’est dans ce contexte que MIYAYA a débuté dans la revue COM, revue alternative et libre dirigée par Osamu TEZUKA, créée dans le but de donner un cadre artistique libre à de jeunes et futurs talents. L’auteur avait acquis de l’expérience auprès de Shotaro ISHINOMORI et devient rapidement le représentant de la nouvelle vague du gekiga instaurée une dizaine d’années plus tôt par TATSUMI.

Ce recueil regroupe des histoires chères à l’auteur qu’il a lui-même choisi dans cette anthologie « inachevée ».
On retrouve quatre nouvelles diverses allant de la tranche de vie au polar politique en passant par une jeunesse éprise de liberté avec ses engins mécaniques.
MIYAYA s’appuie sur des faits historiques ou des modes de vie de son époque. Pas d’histoire fantastique, la marque de fabrique de l’auteur est le réalisme et la retranscription de la société dans laquelle il évolue au jour le jour, du gekiga en somme.

Ici, nous avons des histoires à la longueur et la qualité inégale, montrant une partie des thèmes qu’il a pu aborder durant sa carrière. Le point le plus marquant est son dessin. Il se veut dur, réaliste et sombre. Les planches sont noircies, appuyant l’ambiance mouvementée et controversée de cette époque.
Ce trait marque l’atmosphère d’insécurité d’un Japon en pleine rébellion avant son adoucissement dans les années 80. Plus de quarante ans plus tard, il accuse son âge notamment dans la composition des pages avec des cases trop chargées. Au premier coup d’œil, on comprend que ce trait représente une époque du manga qui n’est plus.

L’auteur annonce la couleur avec des personnages des années 70. Les habitudes vestimentaires, les moeurs ou les véhicules, attestent de la véracité son projet. Le sexe, la drogue, les complots ou encore les yakusas seront les principaux thèmes de cette anthologie.
La première histoire nous narre le positivisme d’un homme influençable, un récit court de 30 pages, juste et triste à la fois, sur l’ironie de la vie. Il en profite pour inclure de nombreuses références à son mentor avec Kamen Rider.

Inspirée par l’assassinat du dictateur en Corée du Sud en 1979, MIYAYA réalise une nouvelle de 80 pages, mêlant complot politique le temps d’un match de baseball. Le récit est entrecoupé de nombreuses scènes externes pendant le match, impliquant mensonge, meurtre, sexe, enquête policière et conflits politiques. La profondeur du scénario est surprenante, les révélations et l’intrigue se dévoilent dans cette narration expérimentale qui mélange dialogue et narrateur.
L’histoire est même un peu trop riche en texte et la fluidité s’en voit réduite. Les transitions ainsi que les flashbacks restent assez troublants dans la compréhension du scénario lors de la première lecture.

L’avant-dernière histoire se porte sur les retrouvailles d’amis autour d’une partie de poker qui se retrouvent embarqués dans des problèmes de yakusas. Le récit est court (seulement 25 pages), mais l’ambiance sombre qui s’en dégage nous plonge dans le côté sombre du Japon.

L’anthologie s’achève sur une dernière histoire faisant quasiment la moitié du livre. Histoire chère à l’auteur, ce dernier nous balance dans des courses de motos débridées, des guerres de gangs et des jeunes affirmant leurs libertés. C’est aussi une excuse pour détailler minutieusement les motos et leurs pièces détachées, à la manière d’un manuel de mécanique.
Les transitions sont brutales et la narration chaotique. La mise en cases est, par moments, illisible et les révélations de l’histoire sans grand intérêt, voir un peu ringardes. C’est regrettable sachant l’affection que MIYAYA a pour cette histoire pourtant dessinée bien plus tard que les autres

Même aujourd’hui, le côté expérimental réussit toujours à surprendre et il est aisé de comprendre que les lecteurs des années 70 ont apprécié les talents du mangaka. Ici, nous avons un manga vrai, sans mensonge et sans tabou, loin des ses homologues commerciaux. Cependant, cette rébellion n’est plus réellement d’actualité, ou du moins n’est plus en accord avec nos sociétés actuelles.

Au final, c’est en demi-teinte que l’on découvre, des dizaines années après son heure de gloire, cet auteur majeur du gekiga. La moitié de l’anthologie est d’ailleurs intéressante à découvrir d’un point de vue culture, pour comprendre la rébellion telle qu’elle était perçue à cette époque et surtout cette mentalité oubliée de nos jours. La seconde partie plaira certainement aux amoureux de bécanes et autres riders, sous condition d’être indulgent avec l’histoire.

Ce sont les Éditions Vertige Graphic, en association avec Delcourt/Akata, qui ont publiées ce livre dans un grand format (env. 15x18cm) avec une couverture carré-collée incluant une partie rabattable.
Sans sortir de l’ordinaire le papier et l’impression sont de bonne qualité. Aucune page en couleur n’est présente mais un lexique et trois postfaces intéressantes sont incluses en fin de volume dont une de l’auteur.
Il est dommage de ne pas avoir pris la peine d’inclure une biographie pour connaître les séries à succès du dessinateur (pour ceux qui souhaitent approfondir leurs recherches) et de ne pas avoir expliqué pourquoi l’anthologie est considérée comme « inachevée ».

Vive la liberté !

Graphisme - 63%
Histoire - 64%
Mise en scène - 45%
Originalité - 60%
Edition - 69%
Dans son genre - 60%

60%

Anarchie

Ce recueil de MIYAYA intéressera les passionnés d'histoire du manga. Malgré ses qualités et l'esprit contestataire qui peut en ressortir, il reste difficile à conseiller au grand public et le titre restera à découvrir pour les amoureux de gekiga vintage.




A propos de darkjuju

Tout au long de mes 20 ans de passion, j’ai pu me bâfrer de Shonen explosif, savourer du Shojo épique, déguster du Seinen puissant, me gargariser de Tezuka et autres merveilles vintages et maintenant je me délecte de titres d’auteurs et underground. La diversité du manga est intarissable.

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