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Dans un recoin de ce monde T2

Dans un recoin de ce monde – Tomes 1 et 2

Dans un recoin de ce monde – Tomes 1 et 2 Éditeur : Kana
Titre original : Kono Sekai no Katasumi ni
Dessin : Fumiyo KOUNO
Scénario : Fumiyo KOUNO
Traduction : Pascale SIMON
Prix : 15 €
Nombre de pages : 224
Date de parution : 23/08/2013

Suzu Urano est née à Hiroshima. Après son mariage elle va vivre dans la famille de son mari à Kure, une ville qui dispose d’un port militaire. La guerre s’installe et le quotidien devient de plus en plus difficile pour Suzu. Malgré cela, la jeune femme garde une certaine joie de vivre. Gestion de la maison, ravitaillement, vie de famille et de couple… autant de paramètres à prendre en compte dans ces conditions difficiles qui ne semblent pas s’améliorer avec les premiers bombardements. Ces épreuves permettront-elles à Suzu de préserver la joie de vivre qui la caractérise ?

Il y a deux jours, on obtenait plus de précisions sur l’adaptation animée de Sekai no Katasumi niLe film arrivera en octobre dans toutes les salles japonaises. Pour vous donner une petite idée de ce qui pouvait vous attendre avec cet excellent, on s’est dit qu’il serait sympathique de revenir sur le manga sorti chez Kana il y a quelques années.

Après Le Pays des cerisiers en 2006 et Une Longue route en 2011, Fumiyo KOUNO est revenu dans la collection Made in des éditions Kana en 2013 avec un nouveau récit lié à la Seconde Guerre Mondiale. Dans Le Pays des cerisiers, l’auteure s’attardait sur la nécessité de reconstruire le pays alors qu’ici, on parle plutôt de l’effort de guerre ainsi que de la vie sous les bombes.

L’une des clés du récit n’est autre qu’une expression d’une vie simple, classique qui tente de se développer en même temps qu’une certaine illégalité.

Il y a une folle volonté de vivre normalement qui transparaît chez les populations locales. Malgré la terreur des raids américains, Suzu et sa belle-famille ne cherchent qu’à vivre modestement pendant une époque assez rude où l’inconnu avait une place non-négligeable.

KOUNO l’exprime grâce à des personnages qui doutent en permanence et qui ne savent pas de quoi leur lendemain sera fait mais qui n’abandonnent jamais. Lorsque les premiers bombardements se terminent, Suzu décide d’aller vérifier l’ampleur des dégâts mais surtout d’aller faire ses courses, presque comme si de rien n’était.

L’un des éléments sur lesquels insiste aussi la mangaka, c’est le développement du marché noir. Récupérer des denrées de première nécessité devient de plus en plus dur pour Suzu et sa famille car les tickets de rationnement donnent droit à de moins en moins de vivres et surtout, les stocks sont très rapidement épuisés.

C’est ainsi que l’on découvre un réseau de diffusion parallèle où, moyennant une certaine somme, on peut obtenir de nombreux produits. Alors qu’au départ, les prix ne sont que légèrement élevés, ils deviennent vite aberrants au fil des chapitres, tandis que la guerre progresse.

L’auteure nous présente son oeuvre comme un pseudo journal intime. Les chapitres sont datés et les anecdotes sont toutes racontées par Suzu. On sent d’ailleurs le recul de celle qui raconte par rapport à celle que l’on suit grâce aux petits commentaires dans les encadrés. Ce format narratif permet à KOUNO d’inclure certains chapitres complètement différents des autres.

Par exemple, elle inclut une version très personnelle d’un syllabaire patriotique (les deux alphabets basiques japonais, hiragana et katakana sont organisés en syllabaires, plus faciles à apprendre), des réflexions sur les soldats et un chapitre sur la cueillette des plantes.

Elle dissémine ces mini-ovnis un peu comme elle le souhaite ce qui fait qu’à chaque nouveau chapitre, on ne sait jamais vraiment sur quoi on va tomber : un morceau de l’histoire principale ou un petit « hors-série ».
C’est plutôt une bonne idée dans la mesure où la lecture, plus morcelée, devient un peu plus légère et donc plus fluide. En effet, les thématiques choisies étant assez graves, une petite respiration de temps en temps fait le plus grand bien au récit et permet au lecteur de canaliser ses émotions.

Lorsque l’on ouvre le premier volume, on découvre un trait assez peu commun qui rappelle un peu les esquisses. Les lignes sont volontairement floues (on voit, à certains endroits, que l’auteure est tout à fait capable de dessiner des lignes très nettes) et permettent d’exprimer avec une force rare l’hésitation et le doute ressentis par Suzu.
Cet artifice sera aussi utilisé pour rappeler la fumée des bombardements et des explosions qui brouillent les frontières entre le réel et l’inconnu : « Qu’est-ce qui s’est passé ? »
Cette question, vous vous la poserez probablement à l’issue d’un certain chapitre, en même temps que l’héroïne qui se retrouvera complètement perdue dans un océan de flou mais on ne vous en dit pas plus ; c’est l’un des moments clés de l’oeuvre et mieux ne vaut pas le gâcher.

Niveau édition, c’est du Made In donc un grand format, quelques pages couleurs magnifiques, un papier plus épais et surtout plus agréable que les petits formats. Après, il ne faut pas oublier que chaque tome vous coûtera 15 euros ; sans un ouvrage irréprochable, ils auraient été difficiles à justifier.
Même si la traduction fait un peu trop « mécanique » par moments, les dialogues restent plutôt fluides et la poésie de la mangaka parvient quand même à ressortir (chose qui n’est vraiment pas facile à traduire donc il a quand même un certain travail derrière).

Une fois n’est pas coutume, Kana signe un très beau titre dans sa collection Made In.
Dans un Recoin de ce monde nous raconte une histoire touchante où tout peut arriver. C’est un récit de gens ordinaires qui tentent de réagir et de survivre tant bien que mal à un événement extra-ordinaire.

Le talent de Fumiyo KOUNO se situe aussi bien dans sa capacité à nous faire ressentir les sentiments de ses personnages que dans son trait particulièrement expressif. Les nombreuses anecdotes nous en apprennent beaucoup sur la façon dont vivaient les Japonais à l’époque et regorgent de petits détails qui raviront le lecteur avide de culture.

Dans un recoin de ce monde T1 Dans un recoin de ce monde T2

Manga souvenir

Graphisme - 74%
Histoire - 78%
Mise en scène - 84%
Originalité - 70%
Edition - 75%
Dans son genre - 85%

78%

de Guerre

Dans un recoin de ce monde est un titre fort, que ce soit par son graphisme atypique ou par le propos qu'il cherche à véhiculer. KOUNO saura vous amener dans un monde difficile à imaginer sans l'avoir vécu et vous proposer le récit d'une vie ordinaire dans une période particulièrement sombre de l'Histoire du monde.




A propos de Ours256

Ours256

J’aime bien regarder des trucs chelous… et les langues aussi.

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