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Ayako – Tomes 1~3

Ayako – Tomes 1~3 Éditeur : Éditions Delcourt
Titre original : Ayako
Dessin : Osamu TEZUKA
Scénario : Osamu TEZUKA
Traduction : Jacques LALLOZ
Prix : 7.99 €
Nombre de pages : 220
Date de parution : 19/09/2003

Après-guerre au Japon, l’occupant américain impose sa volonté au vaincu. Jusqu’a présent, la famille Tengé faisait loi à Yodoyama. Jiro Tengé, prisonnier de guerre, vient d’être rapatrié. Il est devenu agent secret au service des forces US. Il retrouve alors sa famille dont les liens se sont dénaturés, mais aussi une nouvelle petite soeur, Ayako, subissant le fardeau de la décadence de ses proches…. 

Ayako s’inscrit parmi les oeuvres adultes de TEZUKA. Écrit entre ses deux mangas phares, Phénix et Bouddha, l’auteur relate un récit contemporain à une période qu’il a lui-même connue à l’âge de 21 ans.

L’histoire se situe pendant l’après-guerre : les États-unis contrôlent le Japon, le pays est bouleversé par tous ces changements imposés et il doit se soumettre à cette nouvelle autorité. Tous les Japonais subissent le contrecoup du conflit, même les grands propriétaires de terres agricoles sont dans l’obligation de donner leurs biens aux paysans.

Dans un village campagnard dans le nord du Japon, nous pouvons découvrir une famille puissante et influente (ici les Tengé), qui depuis des dizaines de générations règnent en maître sur la région. Pourtant malgré sa réputation, la famille est sclérosée par des actes ignobles et incestueux. Les huit membres de la famille seront les personnages principaux de ce récit.

Dès le premier chapitre, TEZUKA nous pose le bilan des Tengé sous la forme d’un conflit intergénérationnel. Le patriarche est galvaudé par son pouvoir, il outrepasse la morale et n’hésite pas à imposer ses décisions et sa déviance. Les enfants ont tous choisi secrètement leurs propres voies, l’ainé est prêt à tous les sacrifices pour l’héritage, l’ado fait partie d’un groupe antigouvernemental et le soldat travaille secrètement pour « l’ennemi ». Il ne faut pas non plus oublier la jeune Ayako, encore innocente mais qui semble être née d’une union malsaine.

Seul l’honneur familial compte, quitte à fermer les yeux sur la dignité humaine, celle-là même qui est en permanence bafouée par les membres de la famille. Se posant ainsi la question de savoir où se trouve la limite endurable pour garder cette image superficielle…

Tout bascule quand Ayako est témoin d’un acte gênant, elle deviendra le martyr de cette histoire pour sauver l’honneur familial. Cet évènement fait de ce titre une oeuvre qui sort de l’ordinaire. Comment pourra-t-elle grandir sainement dans ce contexte ? Deviendra-t-elle une femme ? L’évolution de cette petite fille est captivante, son triste sort est touchant et brise le coeur.

Chaque personnage sera tiraillé entre la domination patriarcale et sa culpabilité, ce qui leur donne un comportement très humain avec leurs forces et leurs faiblesses. L’oeuvre se déroule sur plusieurs décennies et nous pouvons les sentir vivre, évoluer, changer de mentalité, ou encore de se questionner.
L’auteur nous offre une gamme de caractères variés et touchants. TEZUKA n’est pas tendre avec eux et ne fait pas de sentiment si l’histoire le nécessite, surtout avec les femmes qui restent les victimes de la domination masculine.

L’intrigue ne restera pas centrée sur le cocon familial et se déportera jusqu’à Tokyo, incluant des faits historiques, comme la montée du parti communiste, la relation entre les yakusas et les politiques, ou encore les grèves de chemin de fer de l’époque. Au travers d’une oeuvre qui se veut réaliste et couplée à des événements réels, le mangaka renforce la crédibilité de cette fiction.

Comme vous l’aurez compris, TEZUKA réussit avec brio à nous fournir une intrigue accrocheuse, passionnante, dense et complexe. Il maitrise parfaitement le rythme pour happer le lecteur dès les premiers chapitres. Pour les habitués de l’auteur, sa narration est à la fois directe et rapide mais reste travaillée et complexe, racontant ainsi plusieurs histoires en parallèle sans être trop difficile à suivre ou perdre le lecteur.

Toutefois, il use parfois de ficelles scénaristiques, certaines intrigues sont résolues sans explications très claires et les réactions de certains personnages restent ambigües. La présence de certains protagonistes aurait nécessité un peu plus de détails mais cela n’enlève rien au piquant de l’œuvre. La fin reste en partie ouverte mais l’auteur conclut avec un final marquant et sordide.

Les dessins de TEZUKA se situent dans son époque réaliste, où les contours ronds disparaissent au profit de visages plus anguleux. Les protagonistes restent parfois caricaturaux, et les corps ont des proportions perfectibles, mais rappelons aussi que l’oeuvre date de 1972 !

La particularité se trouve dans la maîtrise du découpage des pages. Régulièrement, l’auteur s’amuse et teste de nombreux effets, cadrages ou mises en page. Cette créativité est toujours un plaisir à découvrir. Il joue sur des mises en cases ingénieuses ou sur des scènes imagées pour représenter l’amour, le sexe ou l’horreur. L’auteur ne faillit pas à sa réputation et continue ses expérimentations.

C’est Delcourt/Akata qui a publié l’oeuvre dans deux éditions, toutes deux avec une jaquette amovible et un lexique en fin de volume sur tous les personnages. Il n’y a pas de différence entre les deux éditions (hormis la qualité), seulement quelques ajustements dans les bulles, la traduction est quasi identique.

La première en 2003/2004 sous forme de trois volumes au format standard (env. 12x18cm). Le papier est assez jauni et manque un peu d’épaisseur, mais c’était dans les standards de l’époque.
La seconde a été réalisée pour les 25 ans de Delcourt en 2011 dans la même taille mais avec une hard cover et les trois tomes regroupés dans un volume unique. Le papier est blanc, de bonne qualité accompagnée d’une impression soignée. Il est étonnant de ne pas avoir choisi un format plus grand et de ne pas avoir cousu les cahiers mais de les avoir simplement collés !

Destinée funeste

Graphisme - 70%
Histoire - 75%
Mise en scène - 85%
Originalité - 82%
Edition - 69%
Dans son genre - 84%

78%

Honneur et traditions

Dans Ayako, TEZUKA nous montre la qualité scénaristique et les idées novatrices dont il déborde. Véritable fable noire se déroulant dans une époque mouvementée du Japon de l'après-guerre, l'œuvre nous entraîne dans une spirale du vice et de l’horreur humaine que les grandes familles cachent. Certains passages demandent d’avoir le coeur accroché face aux destins tragiques des personnages. En tout cas, c'est une lecture qui ne laissera pas indemne.




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A propos de darkjuju

Tout au long de mes 20 ans de passion, j’ai pu me bâfrer de Shonen explosif, savourer du Shojo épique, déguster du Seinen puissant, me gargariser de Tezuka et autres merveilles vintages et maintenant je me délecte de titres d’auteurs et underground. La diversité du manga est intarissable.

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