Publicité

Publicité

Anjin-San

Anjin-San Éditeur : Lézard Noir
Titre original : Anjin-San
Dessin : George AKIYAMA
Scénario : George AKIYAMA
Traduction : Miyako SLOCOMBE
Prix : 25 €
Nombre de pages : 464
Date de parution : 31/05/2012

Il n’y a rien d’exceptionnel dans ce livre, non, il y a la douceur des traits de Hinagiku, la geisha pleine d’humour, les sentiments naissants de Kirihito, la générosité d’Anjin-San. Il y a ces magnifiques vues sur la campagne japonaise, les saisons qui filent. Il y a des hommes et des femmes qui s’arrêtent, qui font une pause et qui regardent la mer…

Aider les autres, être apprécié son entourage, prendre le temps d’admirer nos paysages, nombreux souhaiteraient vivre en toute quiétude… Dans Anjin-San, un titre de George AKIYAMA publié par Le Lézard Noir, nous allons découvrir un être qui a déjà toutes ces qualités.

Anjin est un bonhomme rondouillard, petit et chauve. Nous pouvons affirmer sans peine qu’il n’est pas réellement charismatique. Ce personnage, à l’apparence d’un vieillard et à la taille d’un enfant, se qualifie lui-même de « banal ». Il est pourtant apprécié par tous les gens qu’il croise.
Anjin voyage sans but précis. Néanmoins, il s’attardera sur un lieu si le besoin d’aide se fait ressentir. Une aura mystérieuse l’accompagne, derrière ce visage toujours souriant, nous découvrons une personne pleine de sagesse, de vertu et de paroles rassurantes.

Selon ses dires, il semble être le petit-fils du bouddha Shakyamuni. De plus, Anjin connaît tout des personnes qu’il rencontre, il peut voler à l’aider de son parapluie et il peut jouer avec les gouttes d’eau. Ce soupçon de magie le rend d’autant plus intrigant et intéressant. Est-ce lui aussi un bouddha ou un simple homme très vertueux ? Le fantastique semble se mêler au réel.

Les premiers chapitres montrent sa bienveillance avec les personnes qu’il rencontre. On le voit avec Hinagiku, une jeune fille strip-teaseuse saoule qui se laisse vivre depuis le départ de son petit ami. Avec son flegme légendaire, Anjin fera preuve de gentillesse, de respect et d’altruisme pour l’aider.
Pendant son voyage il retrouvera d’anciennes rencontres qui se montrent heureuses de le voir. L’auteur met doucement en place ses personnages récurrents pour les faire réapparaître petit à petit.

Anjin sera rapidement accompagné de Kirihito dit Ki-chan, jeune baroudeur souhaitant changer d’air et oublier son ex-femme. Ki-chan est assez timide, un peu idiot et on pourrait le décrire comme un ignorant de la vie. Ce dernier est souvent trop curieux et pense avec ses idées préconçues. L’auteur se servira des échanges entre eux deux pour contraster les propos réfléchis d’Anjin afin de les valoriser contre les paroles naïves de Ki-chan.

Avec son compagnon de voyage Anjin fera face à des situations menant le lecteur à relativiser sur sa vie. L’auteur va construire ses histoires pour donner des leçons de vie et faire passer des valeurs importantes. L’œuvre ne se veut aucunement moralisatrice, elle apporte avec douceur des réflexions sur nos comportements ou nos agissements.

Ces histoires sont plus ou moins liées et espacées dans le temps, pouvant montrer une narration quelque peu décousue. Anjin sera amené à rencontrer toutes sortes de situations dans des histoires simples mais efficaces montrant les relations humaines, leurs situations et ce que le bon sens nous pousserait à faire.

Au bout de quelques chapitres seulement, Anjin San est ressenti comme une bouffée de positivisme et de bonne humeur.
Durant les 23 histoires qui le composent, AKIYAMA nous livre énormément de message universels sur la vie. C’est un plaisir de suivre les aventures de ce  personnage complaisant, sans arrière-pensée, toujours positif et ayant la réplique en toute situation. Ce personnage sincèrement honnête donne du baume au cœur et on en redemande.

De nombreuses valeurs sont mises en avant comme faire confiance, être généreux, ne pas chercher à profiter des autres, ne pas fuir face à ces problèmes, aimer les choses simples, être sincère dans ses sentiments ou encore tenir ses promesses. Nous pourrions aussi citer des valeurs plus philosophiques, mais la liste serait bien trop longue…

Les histoires ne sont pas pour autant enfantines et l’auteur n’essaye pas de partir dans le larmoyant. Au contraire les situations se veulent sur un ton léger, bon enfant voire parfois humoristique, tout en parlant de sujets importants.
La nonchalance d’Anjin, ainsi que l’ambiance calme et sereine qui se dégage des histoires se savourent. Aucun personnage n’est foncièrement méchant ou mauvais, certains manipulent ou essaye de profiter des autres. L’important c’est le conseil que l’on peut en tirer.

Des personnages seront récurrents par la suite, surtout quand Anjin arrêtera son voyage pour s’occuper de son auberge de montage. La malicieuse Hinagiku, devenue geisha, les rejoindra et Ki-chan s’éprendra d’elle. À partir de ce moment, le manga changera de forme, Anjin ne sera plus seul à interagir. Il passera au second plan mais sa présence sera plus que rassurante à la vue de sa bouille sympathique.

Nos deux acolytes seront sur le devant de la scène, dévoilant peu à peu leurs caractères respectifs et un fil rouge se mettra en place. Hinagiku prendra d’ailleurs un malin plaisir a jouer gentiment avec les sentiments de Ki-chan.
Nous découvrons ainsi des personnages humains et attachants donnant une ambiance nostalgique et mélancolique. Hinagiku n’est pas qu’une fille manquant de savoir-vivre, Ki-chan sait se montrer attentionné et devient touchant face à cette timidité.

La narration se veut plus calme, laissant le temps aux personnages de faire une pause en admirant la mer et essayer de se comprendre. Le fait d’appliquer les préceptes d’Anjin aux personnages principaux et non plus à des « inconnus » augmente l’impact des messages.

Ce changement se ressent aussi sur une narration qui devient plus réaliste, laissant la magie du début de coté et le découpage se veut plus libre. Hinagiku sera de plus en plus dessinée entière, débordant sur plusieurs cases afin de mettre en avant sa « beauté » comme si l’auteur voulait que l’on tombe amoureux d’elle. À noter que quelques scènes de nudités sont présentes mais l’auteur n’en abuse pas.

Dans l’interview piquante en fin de volume, AKIYAMA indique qui aime improviser et qu’il ne se pose aucune question au moment d’écrire. Il composera son histoire au gré de ses envies sans réfléchir à une trame globale. Il réussit pourtant à mettre en place des personnages intéressants, captivants même en les liant toujours intelligemment.

Certes, le mystère d’Anjin ne sera pas approfondi et celui-ci passera au second plan, mais cette particularité fait aussi le charme de l’œuvre. Nous pouvons tout de même reprocher au dessinateur d’avoir mis en place certains éléments pour ne plus les exploiter mais malgré cela, l’œuvre trouve une conclusion satisfaisante.

Le trait se veut rond et léger avec des personnages caricaturaux. Les décors se veulent réalistes et la campagne japonaise accompagnée de ses montagnes et bords de mer sont un plaisir à voir. De nos jours, le dessin peut paraître daté mais celui-ci reste efficace et précis.
Les filles ne sont pas particulièrement sexy, mais leurs traits de caractère leur donne un charme unique. La mise en case est plutôt stricte au début du récit, aucun élément ne sort des cases. Toutefois, l’auteur prendra de plus en plus de libertés avec le temps.

Le Lézard Noir a édité ce manga dans un format grand (environ 21x15cm). Le livre est composé d’une hardcover sans jaquette amovible et d’une reliure cousue. La couverture a un effet de tissu qui donne un effet luxueux. Les 460 pages en font un bel objet remarquable par son dos rose.
Le papier aurait nécessité un peu plus d’efforts, celui-ci est assez transparent et parfois, c’est même gênant. Le lettrage est en minuscule, particularité que l’on peut retrouver chez d’autres éditeurs indépendants. Une interview très décomplexée de l’auteur et une postface de Remi BOYER viennent conclure l’œuvre. En tout cas, l’ensemble donne un superbe ouvrage dans sa bibliothèque.

OM MANI PADME HUM

Graphisme - 65%
Histoire - 70%
Mise en scène - 70%
Originalité - 71%
Edition - 85%
Dans son genre - 70%

72%

Je vais bien ! Tout va bien !

C’est une véritable bouffée de bonne humeur, de positivisme et de philosophie qu’AKIYAMA nous délivre dans une œuvre toute en finesse et débordant de paroles justes. La simplicité du trait et les situations variées rendent le manga des plus attachants. Anjin nous offre toute une montagne de sagesse qu’il suffit de grimper pour peut-être atteindre l’illumination !




A propos de darkjuju

Tout au long de mes 20 ans de passion, j’ai pu me bâfrer de Shonen explosif, savourer du Shojo épique, déguster du Seinen puissant, me gargariser de Tezuka et autres merveilles vintages et maintenant je me délecte de titres d’auteurs et underground. La diversité du manga est intarissable.

Laisser un commentaire

banner