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A Silent Voice 1

A Silent Voice – Tomes 1~7

A Silent Voice – Tomes 1~7 Éditeur : Ki-oon
Titre original : Koe no Katachi
Dessin : Yoshitoki OIMA
Scénario : Yoshitoki OIMA
Traduction : Géraldine OUDIN
Prix : 6.6 €
Nombre de pages : 192

Shoko Nishimiya est sourde depuis sa naissance. Même équipée d’un appareil auditif, elle peine à saisir les conversations, à comprendre ce qui se passe autour d’elle. Effrayé par ce handicap, son père a fini par l’abandonner, laissant sa mère l’élever seule.

Quand Shoko est transférée dans une nouvelle école, elle s’emploie à surmonter ses difficultés mais, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouvel environnement, rien n’y fait : les persécutions se multiplient, menées par Shoya Ishida, le leader de la classe. Tour à tour intrigué, fasciné, puis finalement exaspéré par cette jeune fille qui ne sait pas communiquer avec sa voix, Shoya décide de consacrer toute son énergie à lui rendre la vie impossible.

Psychologiques puis physiques, les agressions du jeune garçon se font de plus en plus violentes… jusqu’au jour où la brimade de trop provoque une plainte de la famille de Shoko, ainsi que l’intervention du directeur de l’école. À cet instant, tout bascule pour Shoya : ses camarades, qui jusque-là ne manquaient pas eux non plus une occasion de tourmenter la jeune fille, vont se retourner contre lui et le désigner comme seul responsable…

ATTENTION : Cette chronique contient des révélations sur l’intrigue. Vous êtes prévenus !

Ce mois d’avril 2016 aura été d’une importance capitale pour les éditions Ki-oon.
En effet, il a vu l’arrivée en trombe de My Hero Academiala nouvelle pépite du Shônen Jump (dont la chronique des premiers tomes est disponible ici), mais aussi le départ de deux séries majeures de son catalogue : Pandora Hearts (dont la chronique est disponible ici) et A Silent Voice (dont le septième et dernier tome sort aujourd’hui même).
Cette dernière série touchait pourtant un sujet assez sensible, celui du handicap, mais elle est parvenue à se faire une place grâce à ses nombreuses qualités, qui apparaissent rapidement et clairement. 

A Silent Voice - Tome 1 (Planche 1)
KOE NO KATACHI © Yoshitoki Oima / Kodansha Ltd.

A Silent Voice a très vite su marquer le lectorat et donner le ton du récit. En effet, dès le premier volume, on voit qu’on oscillera entre le rire et les larmes, même si les éclats de rire ne seront pas nombreux.
N’allez pas croire que c’est un défaut, au contraire : OIMA a délibérément fait le choix de ne pas rentrer dans le comique gras et de rester dans la légèreté. En revanche, on ne peut nier que le récit possède une certaine profondeur et un brin de noirceur.

Le premier tome a marqué les esprits (ou du moins, le mien) à cause de la dureté de la situation et des actions des personnages, ainsi qu’à cause de l’antipathie qu’on ressent envers certains d’entre eux. Le pire étant sans doute Takeuchi, le professeur principal de la classe de Shoya et Shoko. Il est tout sauf pédagogue et sympathique, on le sent plutôt hypocrite, cassant, hautain.

Je prends pour exemple le fait que, devant la classe entière, il brise la légitimité de Mme Kita (qui s’occupe des élèves malentendants) en lui demandant si elle n’a pas « honte » de demander aux élèves d’apprendre la langue des signes, alors qu’elle-même ne la maîtrise pas.
De plus, il légitime quasiment les brimades des élèves, en disant clairement à Shoya qu’il comprend leur sentiment vu que Shoko fait perdre du temps à toute la classe (ce qu’il répétera 6 ans après les faits !).

De son côté, Shoya, en CM2, était un enfant casse-cou, immature et un peu idiot, entouré par une bande de copains qu’il entraîne dans ses bêtises. Seulement, alors que le collège se rapproche, ses amis vont s’éloigner un peu de lui et il va commencer à s’ennuyer. Tout cela change le jour où Shoko, une jeune fille sourde, va débarquer dans sa vie.

A Silent Voice - Tome 1 (Planche 2)
KOE NO KATACHI © Yoshitoki Oima / Kodansha Ltd.

Face à cette fille qu’il voit comme arrivant d’une autre planète, il va accumuler les bêtises et celles-ci vont lui causer des ennuis avec Takeuchi. Puis, progressivement, en voyant le comportement exaspéré de plusieurs de ses camarades, il va aller plus loin, sans se rendre compte de tout le mal qu’il peut faire. Cependant, il n’est pas le seul à être méchant et à « torturer » Shoko : plusieurs de ses camarades participent et l’encouragent. 

Tout va basculer pour lui le jour où la mère de Shoko (dont je parlerai après) va aller voir le directeur de l’école pour se plaindre des brimades que subit sa fille. Là, Shoya va être complètement incriminé, aussi bien par Takeuchi que par ses camarades, et personne ne va reconnaître sa part de complicité : le bourreau devient la victime.
Il va recevoir la même punition que celle reçue par Shoko, une punition contre laquelle il ne peut rien faire puisqu’il est pointé du doigt comme un délinquant. 

Le premier tome sert donc à poser les bases, et à expliquer pourquoi Shoya est mal dans sa peau. Bien sûr, il méritait d’être puni, mais on a pitié de lui quelque part, car il est le seul à recevoir un châtiment. Tout cela va le poursuivre jusqu’au lycée où il décide de mettre fin à ses jours, mais seulement après avoir revu Shoko et s’être excusé.
Pourtant, leur rencontre va pousser Shoya à rester en vie, afin de se racheter pour ce qu’il a fait subir à son ancienne camarade. 

Durant tout le reste de la série, le jeune homme va tout faire pour cela. Au fil du temps, il va s’ouvrir davantage aux autres. Néanmoins, tout n’est pas idyllique, notamment à cause de Naoka, une ancienne camarade des deux héros qui a été parmi ceux qui ont le plus blessé Shoko.

A Silent Voice - Tome 3 (Planche 4)
KOE NO KATACHI © Yoshitoki Oima / Kodansha Ltd.

Contrairement à Shoya, Naoka n’a pas changé en 6 ans, et elle ne se remet pas en question. Pour elle, la petite malentendante est la seule responsable de ce qui lui est arrivé. En fait, ce n’est que dans le dernier tome qu’on peut voir une amélioration dans sa manière de se comporter.

Naoka n’est pas la seule qui offre un sentiment d’antipathie. À sa manière, Miki, la déléguée de classe l’est aussi de par son hypocrisie et sa façon de prendre des décisions sans demander l’autorisation au principal intéressé. À nouveau, on la verra changer, par nécessité puisqu’elle va se rendre compte de ce que ça fait que d’être critiquée dans son dos, comme elle a pu le faire avec Shoko en primaire.

Dans les personnages antipathiques, il y a aussi la mère de Shoko. Très tôt dans la série, on a du mal à la cerner, et elle apparaît comme une femme froide, sèche, hautaine et sans vie, en comparaison à sa fille qui est gentille, ouverte et souriante.

A Silent Voice - Tome 6 (Planche 4)
KOE NO KATACHI © Yoshitoki Oima / Kodansha Ltd.

Ce n’est qu’au tome 4, soit au point culminant de la série, qu’on apprend les raisons de son comportement. Elle a dû se construire une carapace très solide, suite à son divorce avec le père de ses filles.
Durant cette scène, on ne peut qu’être outré face au discours tenu par les parents de l’ex-mari qui parlent de Shoko comme d’une paria, une erreur qui ne causera que des problèmes. On s’attendait presque à les voir sortir un ticket de caisse pour demander un remboursement sur la marchandise !

Toute cette négativité entraîne inévitablement des scènes de tensions et de violence, autant physique que verbale. Ces moments permettent de voir clairement la maîtrise d’OIMA dans la mise en scène. En effet, elle parvient parfaitement à communiquer au lecteur la puissance des mots, voire du silence. C’est d’ailleurs l’une des nombreuses qualités de cette série : la force de la simplicité.

Pas besoin de longs discours, le silence permet parfois de rendre plus intenses certaines scènes, surtout quand elles incluent Shoko.
Le moment, dans le second tome, où elle s’énerve en langue des signes contre Yuzuru est très fort, alors qu’aucune bulle n’est présente. Des scènes pareilles, il y en a des dizaines au fil du récit, et elles servent parfaitement le propos, puisqu’on se met ainsi plus facilement dans la peau de la jeune fille ou de Shoya.

A Silent Voice - Tome 6 (Planche 3)
KOE NO KATACHI © Yoshitoki Oima / Kodansha Ltd.

La mise en scène est aussi extrêmement bien maîtrisée quand il s’agit d’insister sur la portée de telle ou telle parole, ou sur un moment particulier. L’un des instants les plus forts se trouve à la fin du tome 5 et au début du tome 6. Impossible qu’il vous laisse de marbre tant on ressent la détresse du personnage impliqué.

Parmi les bonnes idées du titre, on retrouve un élément visuel singulier.
Quand Shoya ne considère pas une personne comme un proche ou un ami, il y a une croix sur son visage. Cette idée scénaristique, mise en place dès le tome 2, est parfaitement utilisée par OIMA, qui n’hésite pas à les mettre et les enlever selon les appréciations de Shoya. Naoka est le personnage qui va le plus perdre et récupérer sa croix au fil de l’histoire.

Le dernier tome contient d’ailleurs une sublime double-page, dans laquelle les camarades lycéens de Shoya vont perdre progressivement cet artefact, symbolisant alors la totale ouverture d’esprit vis-à-vis des autres. Une fois encore, OIMA montre qu’une simple image peut dire bien plus de choses qu’un long discours.
Voici bien l’une des morales de ce récit : les paroles sont secondaires, ce n’est pas toujours une nécessité pour se comprendre. 

A Silent Voice - Tome 7 (Planche 2)
KOE NO KATACHI © Yoshitoki Oima / Kodansha Ltd.

Concernant le trait de dessin, bien qu’il soit assez simpliste, il n’en demeure pas moins percutant et efficace. Les émotions des personnages sont magnifiquement retranscrites, le lecteur peut facilement ressentir la peine ou la joie de chacun. On est touché par leurs mésaventures, et on a pitié pour Shoya, qui certes a fait de graves erreurs, mais qui fait tout ce qu’il peut pour se racheter, sans pour autant oublier ou minimiser ce qu’il a fait.

Les sentiments que se portent Shoko et Shoya sont simples, même s’ils ont du mal à se les avouer (ce qui peut amener à des situations comiques, quand Shoya ne comprend pas ce que lui avoue son amie). Comme Yuzuru et Tomohiro (le premier personnage qui voit sa croix tomber), on a envie de voir se rapprocher les deux héros, qui s’apportent mutuellement du réconfort et de la force.

On peut d’ailleurs remarquer que ce rapprochement entre Shoko et Shoya se voit même sur les couvertures de la série : ils sont dos à dos sur le tome 1, et ils finissent par se faire face au dernier tome. De plus, ils gagnent en bonheur au fil des couvertures (avec une petite exception au tome 6 mais le contenu la justifie).

A Silent Voice - Illustration 2
KOE NO KATACHI © Yoshitoki Oima / Kodansha Ltd.

La dernière page de la série est plus forte que tous les mots.
Elle nous fait comprendre qu’ils avanceront et traverseront les épreuves à venir main dans la main. On ne sait pas ce que l’avenir réserve à tous les personnages mais il s’annonce plein d’espoir.
Les difficultés les ont fait grandir et même face à des personnes abjectes, que cela soit Naoka, Satoshi ou Tomohiro, ils affrontent l’adversité et ne renoncent jamais vraiment à leurs rêves.

La série d’OIMA est remplie de belles choses, de scènes tristes, poignantes. Le récit est très bien construit, grâce à une maîtrise remarquable des prolepses et au fait que tous les personnages sont développés (notamment dans le tome 6). 

L’édition offerte par Ki-oon ajoute à la qualité du titre. Les pages sont agréables au toucher, les couvertures mettent en valeur les illustrations, et surtout le prix est très attractif ; une raison supplémentaire pour se procurer la série. On referme donc une magnifique histoire qui nous aura fait vivre de belles émotions pendant plus d’un an, et dont on ressort grandis, un peu comme ses héros en fait.

Ce mois d'avril 2016 aura été d'une importance capitale pour les éditions Ki-oon. En effet, il a vu l'arrivée en trombe de My Hero Academia, la nouvelle pépite du Shônen Jump (dont la chronique des premiers tomes est disponible ici), mais aussi le départ de deux séries majeures de son catalogue : Pandora Hearts (dont la chronique est disponible ici) et A Silent Voice (dont le septième et dernier tome sort aujourd'hui même). Cette dernière série touchait pourtant un sujet assez sensible, celui du handicap, mais elle est parvenue à se faire une place grâce à ses nombreuses qualités, qui apparaissent rapidement et clairement. …

On ne voit bien qu'avec le coeur

Graphisme - 71%
Histoire - 69%
Mise en scène - 88%
Originalité - 76%
Edition - 77%
Dans son genre - 83%

77%

Respect

La série a su conquérir le public grâce à son ton sensible et fort. Son succès n'est pas démérité : le titre est bourré de qualités qui font qu'on s'attache à ses personnages fragiles. Une série magnifique, à lire au moins une fois dans sa vie.




A propos de L'Otak' des Lettres

L'Otak' des Lettres
Professeur otak' qui adore fouiller en profondeur l'essence des mangas, afin d'en dégager le bon et le moins bon.

5 commentaires

  1. /!\ Spoil : J’étais vraiment déçu de la fin… Je m’attendais à mieux :'(
    Je n’ai pas vu la fin dans votre sens, surtout que je m’attendais à la déclaration et non à une ellipse de 2ans…

    • Même déception pour ma part. Après deux bons chapitres dans la continuité du final poignant du 6e volume, l’auteur se perd dans une fin qui n’apporte pas de véritables réponses à ses personnages et au lecteur. Le ton complètement mal venu de la remise des prix, les choix d’orientation de Shoko et Shoya qui tombent comme un cheveux sur la soupe, l’absence de réelle progression dans les relations entre les personnages, … m’ont laissé pour le moins perplexe. Soit, je ne m’attendais pas à un « happing end » vu et revu pour cette série, mais tout de même à une évolution positive des personnages après ce par quoi ils sont passés. C’est vraiment dommage car j’ai beaucoup apprécié le reste de la série qui, si elle n’était pas exempt de maladresses, reste très touchant et méritait une meilleure fin à mon avis…

      • D’ailleurs on ne sait même pas s’ils se mettent ensemble au final.
        Je n’ai pas envie de me faire une idée de la fin, j’aurai vraiment préféré avoir « l’avis » de l’auteure.

        Les fins à chier sont chez Kioon :/ comme avec Prophecy et Poison City… Il manque toujours 1 tome ou 2 pour ne pas avoir une fin rapide et douloureuse avec une déception.
        Je ne dit pas qu’il faut que sa traine en longueur comme un One Piece par exemple, mais quand même ce sont des fins limites bâclées et c’est bien dommage.

        • Ours256

          Pour le coup, je ne suis pas du tout d’accord avec vous deux. Pourquoi est-ce qu’il faudrait forcément une fin où tout est acté ?
          Pour moi, cette double-page dont parle l’Otak où on voit Shoko qui contemple le futur et cette symbolique de la porte disent juste ce qu’il faut pour que le lecteur puisse se faire sa propre idée du futur qui attend nos héros.
          En fait, elle illustre parfait cette thématique du manga qui consiste à dire sans mots avec une puissance dans le regard de Shoko tout simplement impressionnante :).

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