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Blue Giant – Tomes 1 & 2 de Shinichi ISHIZUKA (Glénat)

Blue Giant – Tomes 1 & 2 de Shinichi ISHIZUKA (Glénat) Éditeur : Glénat
Titre original : Blue Giant
Dessin : Shinichi ISHIZUKA
Scénario : Shinichi ISHIZUKA
Traduction : Anne-Sophie THÈVENON
Prix : 7.6 €
Nombre de pages : 224
Date de parution : 06/06/2018

Dai Miyamoto est en terminale. Il fait partie de l’équipe de basket, travaille à mi-temps dans une station service, et vit seul avec son père et sa petite sœur. Surtout, il s’est pris de passion pour le jazz depuis le collège. À tel point qu’il joue tous les jours sur les berges de la rivière, peu importe les conditions météo. Qu’il pleuve, qu’il vente ou que la canicule soit au rendez-vous, il joue. Il veut être un géant du jazz et reste persuadé qu’il peut y arriver. Seulement, pour cela, il va devoir se confronter à la réalité : entre les explications aux amis, les premières représentations chaotiques et les rencontres diverses, la détermination de Dai va être mise à rude épreuve…

Après avoir publié l’excellent VerticalGlénat a choisi de faire confiance une fois de plus à Shinichi ISHIZUKA en publiant sa série en cours au Japon (10 tomes pour la première « saison », 4 pour la deuxième) : Blue Giant.

Dans Blue Giant, on suit les pas de Dai, un lycéen qui va être happé dans le monde du Jazz et tomber amoureux de l’un des instruments de prédilection de ceux qui pratiquent cette musique : le saxophone. Sans aucun repère, il va jouer en imitant les airs qu’il préfère après s’être construit une petite culture en écoutant une montagne de CDs. Il n’a pas de professeur, il fait tout à l’émotion et c’est ce qui lui confère un charisme à toute épreuve.
L’histoire de Dai, c’est avant tout l’histoire d’un jeune garçon qui apprend quelque chose de nouveau. En se lançant dans le saxophone, il découvre une nouvelle manière de s’exprimer et donc de transmettre sa joie de vivre et sa bonne humeur. Il y a des obstacles, rien n’est jamais facile et ce réalisme donnera une sensation de familiarité au lecteur qui est en terrain connu. Les galères, l’incompréhension… Tout ça, c’est le quotidien de milliers de gens.
Là où Dai sort de l’ordinaire, c’est par son attitude positive et sa détermination inébranlable. Impossible de le faire dévier lorsqu’il a prévu de faire quelque chose. Il va là où il a besoin d’aller.

Des mangas sur la musique qui ont autant d’intensité, il n’y en a pas des centaines. L’autre que l’on peut citer n’est autre que Me and the Devil Blues d’Akira HIRAMOTO (aussi auteur de Prison School). Plutôt que de choisir le côté historique et un peu documentaire du titre d’HIRAMOTO (beaucoup plus sombre et localisé aux États-Unis), ISHIZUKA opte pour un point de vue japonais mais surtout plus optimiste. Il va présenter le Jazz comme une musique qui permet de s’éclater sans avoir à se soucier de règles complexes ou d’une étiquette spécifique.

Dès le premier tome de ce nouveau titre, on se rend compte que, dans les mangas d’ISHIZUKA, il y a des constantes. Le lecteur se retrouve tout de suite en terrain connu grâce à elle et on peut même pousser jusqu’à dire qu’il y a un sentiment de nostalgie chez le lecteur qui connaît déjà le mangaka.

Entre Dai et Sanpo, il n’y a qu’une seule différence : l’expérience. Alors que l’alpiniste secouriste chevronné possédait des connaissances et un physique hors du commun dès le début de Vertical, Dai découvre la musique et doit s’améliorer dans Blue Giant. Pourtant, les deux personnages ont le même caractère. Ils sont déterminés, courageux, toujours joyeux et ils n’hésitent pas à prendre la vie par les cornes (?!?). Leur vision toujours positive des choses les rend particulièrement attachants et leur confère un petit côté shônen qui est loin d’être désagréable.
Même si Blue Giant et Vertical sont catégorisés comme des mangas seinen (et le ton adulte des titres le justifient), leurs héros possèdent tous deux une forte aura de protagoniste de shônen, à tel point que quand on entend Dai crier qu’il veut devenir le meilleur musicien de jazz du monde, on entend presque Luffy hurler qu’il veut devenir le Roi des Pirates. Il y a la même intensité dans le discours des personnages et ça donne une belle profondeur et un deuxième niveau de lecture à l’histoire.

Le deuxième point commun, c’est sans aucun doute le thème de la solitude. Pour Sanpo, seul dans la montagne, on comprenait assez rapidement comment ça marchait mais aussi comment il gérait cette absence de liens sociaux. S’il ne rechignait jamais à papoter un peu, les nombreux chapitres « silencieux » de Vertical montrent bien que son héros n’a pas choisi la montagne par hasard. Il veut respirer l’air frais et la tranquillité (la sérénité presque) qui vont de paire avec ce lieu craint de nombreux hommes.

Dans le cas de Dai, c’est un peu différent parce que l’adolescent se retrouve attiré par un monde qui ne correspond absolument pas aux préoccupations des jeunes de son âge. Ses amis ont du mal à comprendre sa passion et il ne les voit pas plus que ça au final.
Même s’il y a bien quelques scènes où on le voit interagir avec ses pairs, on remarque très vite qu’il n’a pas du tout le même regard et la même attitude que lorsqu’il se trouve face à son saxophone ou même dans un club de Jazz. Le jeune homme vit sa passion plus que sa vie et ce, même s’il essaye de garder contact. Il sait très bien que, face à son but, il est seul et personne ne pourra vraiment lui venir en aide s’il ne se plonge pas corps et âme dans la musique.

Pour le trait, on note que l’auteur a encore fait des progrès comparé à Vertical qui était pourtant déjà très propre mais peut-être un peu simpliste. Ici, chaque gros plan de Dai en train de jouer transpire l’émotion et surtout, un peu comme Harold SAKUICHI dans Beck, ISHIZUKA parvient quasiment à nous faire « entendre » des cases, ce qui est quand même impressionnant.
Bien sûr, le découpage est complètement inégal et imprévisible. Un peu comme la musique phare du manga, l’auteur prend ses aises et décide de son tempo comme il en a envie, même si parfois, on a l’impression que les coupures (destinées à marquer les séquences) sont un peu abruptes. On remarquera même que certains chapitres se terminent même un peu n’importe comment, en plein milieu d’une action ou même sur une case sans vraiment de rapport avec ce qui vient de se passer.

Est-ce que ça gêne la lecture pour autant ? Pas du tout. Au contraire même, il y a vraiment cette sensation qu’il fait les choses à sa façon et que son titre possède une identité narrative bien distincte. À aucun moment le lecteur n’est perdu, il sait toujours où il est mais le mangaka joue beaucoup avec la perception de la longueur des scènes et le fait de manière assez intelligente pour qu’on ne le questionne pas.

Niveau édition, Glénat ne s’améliore pas et propose des ouvrages toujours (excessivement) souples. Pour le coup, même en faisant très attention, il est très difficile de ne pas se retrouver avec une grosse pliure sur les couvertures ; heureusement que les jaquettes sont là pour cacher la misère. Il est vraiment très difficile de comprendre cette mode à l’ultra-souple mais il devient urgent de faire quelque chose. Payer 7-8 euros pour se retrouver avec un bouquin corné à la première lecture, c’est juste inadmissible.

La traduction est plutôt bonne dans l’ensemble même si certains choix de vocabulaire peuvent paraître un peu too much comme l’utilisation du mot « bolosse » entre terminales. Ce n’est peut-être pas le mot qui viendrait à la bouche de jeunes adultes dans ce genre de situation. Cependant, dans le flux de l’action, ce n’est pas non plus super gênant.

"Quand le Jazz est... Quand le Jazz est là..." (air connu)

Graphisme - 76%
Histoire - 65%
Mise en scène - 85%
Originalité - 73%
Édition - 55%
Dans son genre - 80%

72%

Jazz me up !

Ce qui transparaît le plus dans les titres d'ISHIZUKA, c'est bel et bien la passion. Si ses titres sont catégorisés "seinen", ils possèdent pourtant une griffe "shônen" incontestable qui leur donne un charme fou. N'hésitez pas à vous lancer dans l'histoire de ce petit japonais fan de Jazz qui est prêt à tout pour devenir le "Roi des Jazzmen" !




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

2 commentaires

  1. Pour citer un autre manga de jazz, j’aurai citer « Kids on the slope » parce que « Me and the devil blues » comme son titre l’indique parle de blues et non de jazz ^^

    Sinon petite erreur à l’avant dernier paragraphe : première lecture et non « première lecteur »

    À part ça, très bonne critique comme d’habitude.

    • Ours256

      Si j’ai cité « Me and the Devil Blues », c’est surtout pour la façon (et l’intensité avec laquelle) dont est exprimée la musique. Ce n’est pas du tout la même chose dans Kids on the Slope ou la musique est plus un prétexte qu’autre chose. C’est la romance et l’amitié qui ont la part belle dans la série de Yuki KODAMA. Dans Blue Giant, c’est la musique, la musique et rien que la musique !

      Merci pour la coquille 😉 (à force de se relire, on en perd la boule lol)

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