Publicité


Area 51 1

Area 51 – Tome 1~15

Area 51 – Tome 1~15 Éditeur : Casterman
Titre original : Area 51
Dessin : Masato HISA
Scénario : Masato HISA
Traduction : Wladimir LABAERE & Ryoko SEKIGUCHI
Prix : 8.45 €
Nombre de pages : 192
Date de parution : 11/04/2018

Imaginez que toutes les divinités, toutes les créatures mythologiques et folkloriques, toutes les légendes d’hier et d’aujourd’hui existent vraiment… Imaginez encore qu’elles sont parquées dans une ville cachée du monde et forcées d’y mener une existence calquée sur celles des humains…Cette ville a un nom: AREA 51 ! Arpentez ses rues et risquez-vous dans ses bas-fonds sur les traces de McCoy, détective privée qui y a ouvert une agence d’enquête et filature, où elle accueille des clients à l’image de la faune locale.

Alors que les fans avaient eu quelques mois pour se préparer psychologiquement et faire leur deuil, la fin d’Area 51 de Masato HISA arrive en France chez Casterman et force est de constater que c’est toujours aussi réussi.
Pour éviter la répétition des termes élogieux de notre première chronique, la structure de ce retour complet sur la série sera différente de ce que vous avez l’habitude de lire d’habitude mais qu’à cela ne tienne, on parle d’Area 51 quand même !

HISA le dit lui-même dans sa postface, Area 51, c’est l’histoire d’un personnage et ça s’arrête là. En mettant McCoy au centre de tout, il a su proposer un développement intelligent mais surtout une véritable fin qui réussit l’exploit d’être fermée et ouverte à la fois.
Les événements du dernier tomes vont bel et bien clôturer le « chapitre McCoy ». Il n’y aura plus de mystère en suspend et le lecteur devrait être pleinement satisfait du dénouement. Par contre, les dernières pages montrent bien qu’il serait tout à fait possible qu’un jour, le titre revienne dans une « saison 2 » sans que ça soit nécessaire.
Après tout, veut-on vraiment suivre les aventures de quelqu’un d’autre que notre jeune héroïne au sein de l’Area 51 ? Pour certains (les amoureux du style d’HISA), la réponse est évidente même si, en réalité, ils n’en ont pas vraiment besoin. Quand on voit ce qu’HISA a fait sur Jabberwocky et Area 51, on se dit qu’il peut bien faire n’importe quoi d’autre, il trouvera toujours le moyen de le rendre génial.

On suit donc Tokuko McCoy, une détective privée fraichement débarquée dans la zone 51 avec pour seul but une vengeance. Elle veut retrouver le doppleganger, une créature qui peut s’approprier la vie de ceux qu’ils tuent. Ce dernier vit depuis bien longtemps et se déplace de corps en corps. Oui oui, c’est bien expliqué et on sait qu’il est là depuis un moment. De là à dire que les univers des titres de Masato HISA sont tous liés et qu’on pourrait le retrouver dans ses autres titres, il n’y a qu’un pas…
D’ailleurs, si vous relisez la fin de Jabberwocky, ça pourrait même expliquer pas mal de choses et notamment quelques discussions assez énigmatiques du dernier chapitre. À suivre… ?

Revenons en cependant à McCoy, cette dernière n’a pas vraiment de pouvoirs. C’est une humaine tout ce qu’il a de plus classique si ce n’est qu’elle gère les différentes monstruosités qui peuplent l’Area 51 avec une maestria inégalée. Même l’armée américaine, présentée dans la série comme toute puissante, fait appel à elle sans rechigner. Avec elle, tantôt un kappa, tantôt le prince charmant mais celui qui ne la quitte jamais, c’est son révolver, dernier vestige de celui qu’elle aimait.

On voit sa capacité d’adaptation jusque dans les personnages secondaires. Ses deux sidekicks ont deux façons de faire très différentes. Alors que Kishirô est assez calme et posé, le Prince Charmant est beaucoup plus exubérant. Ce qui est intéressant, c’est que McCoy s’est adaptée très facilement à ces deux styles pourtant très différentes.

Tokuko n’est pas un personnage complexe. Cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas développée, bien au contraire. Au fil des volumes, la jeune femme, qui avait pourtant juré de tout abandonner pour sa vengeance, va s’adoucir, tisser des liens avec des locaux (parfois très forts comme avec Amaterasu) et découvrir un monde qui laisse entrevoir plus que ce qu’elle n’aurait pu imaginer. Au final, elle sera prête à l’ultime sacrifice, non par pour elle mais pour quelqu’un d’autre.

Masato HISA est un mangaka qui peut tout faire, absolument tout.
On savait déjà avec Jabberwocky qu’il aimait le polar mais ça ne s’arrête pas là. On retrouve ce style poussé à l’extrême dans Area 51 avec plusieurs chapitres qui vous feront penser à un bon vieux film noir où un personnage seul va s’occuper d’une enquête particulièrement sombre (Kishirô dans le dernier tome).
De la même manière, on aura le droit à de nombreux chapitres dans un style très detective story. L’héroïne (avec ou sans sidekick) sera lancée dans une enquête plus ou moins facile et devra récolter des indices pour déjouer les plans de certaines divinités qui n’ont pas franchement envie de vivre en tolérant les autres dans la zone 51.
L’auteur semble aussi beaucoup aimer les théories du complot qu’il met en scène en particulier avec les serpents. Ces derniers ont créé une véritable secte qui tente d’influencer l’histoire à sa façon. Ils sont traitres, ils sont fourbes, ils sont assez puissants et ils seront le premier véritable ennemi à donner du fil à retordre à McCoy et leur histoire commune se terminera dans un showdown d’une intensité rare.

En amateur de cinéma, HISA ne pouvait pas s’empêcher d’inclure un arc ou la mafia et le cinéma de gangster a toute sa place. Il va donc faire s’affronter les différents panthéons divins (nordique, égyptien, japonais…) dans des guerres de territoires et d’influence dignes des plus grands films du genre. C’est épique, c’est génialement mis en scène et il est difficile d’imaginer comme on peut faire mieux dans le genre.
Ce fou du septième art ira même jusqu’à surprendre totalement son lecteur en collant une référence à l’un des plus gros films de Quentin TARANTINO dans le dernier volume de la série, ajoutant une composante revenge story à son oeuvre, juste pour le plaisir ! Il n’avait pas laissé énormément d’indices (il y en a quand même quelques uns, on le voit à la relecture) histoire de gifler un peu le lecteur et ça marche avec brio !

Tout ceci démontre bien une chose : Area 51 est une série où tout est permis. Ça part dans tous les sens et… Qu’est-ce que c’est bon ! L’auteur ne se refuse jamais rien. S’il veut inclure un élément, il le fait. S’il veut faire apparaître un monstre en particulier, il le fait. Même s’il a créé un univers avec certaines règles, elles sont assez flexibles pour qu’il puisse laisser libre court à son imagination et faire comme bon lui semble.
C’est probablement pour cette raison que le lecteur prend autant de plaisir à la lecture d’un tome d’Area 51, il ne sait jamais sur quoi il va tomber (à la Forrest Gump) en ouvrant un tome. Est-ce qu’il va y avoir de l’action ? Est-ce que la réflexion sera plus importante ? Est-ce qu’il y aura beaucoup de mythologie ? Rien n’est fixé et tout, absolument tout, peut arriver !

Impossible de ne pas évoquer l’aspect graphique très particulier des oeuvres d’HISA même si on en avait déjà pas mal parlé dans la chronique des deux premiers volumes. L’auteur possède un style inimitable et reconnaissable immédiatement. Épuré, minimaliste mais toujours d’une beauté à couper le souffle, le style du mangaka interpelle la rétine et chacune de ses planches vous fera voyager en quelques traits. Enfin, quand on regarde bien, on se rend très vite compte que le style en question est beaucoup plus complexe que l’on ne voit pas forcément tout de suite.

Ça fourmille de détails en tout genre : plis, blessures, coutures, cheveux, poils, énergie… Il a tellement de choses dans les cases d’Area 51 qu’il serait rébarbatif de tout citer ! Le dessinateur sait ce qu’il fait et il doit passer un temps fou sur l’élaboration de certaines planches, celles des affrontements en particulier (ou alors il possède un talent de visualisation hors du commun), pour que le rendu soit aussi fluide à la lecture.
Ce n’est un secret pour personne, le travail avec des aplats (à la Frank MILLER) peut vite devenir très brouillon s’il est mal géré et d’autres auteurs s’y sont essayés avec beaucoup moins de succès, surtout dans le monde des comics.

Autre détail important : Masato HISA se fout complètement des codes du découpage. Il n’en a absolument rien à cirer et c’est ce qui donne cette saveur si intime à sa mise en scène. L’enchaînement des scènes est tellement naturel que les pages se tournent sans que l’on ne s’en rende réellement compte. « Ça se lit comme du petit lait » si tant est qu’on puisse un manga bien sûr… !
L’amour que porte l’auteur au cinéma noir ne passe pas non plus inaperçu. Entre les poses ultra-classes, les utilisations tactiques de la fumée de cigarette ou de la pluie, l’ambiance est posée avec une facilité déconcertante à chaque chapitre. À peine entré, le lecteur est happé dans cet univers sombre où tout peut arriver.

Si vous vous inquiétez pour la fabrication, c’est que vous ne connaissez pas le travail de Casterman / Sakka à ce niveau. L’éditeur est, comme toujours, irréprochable. On retrouve un ouvrage semi-rigide (on n’est pas encore au niveau de rigidité de Ki-oon ou des anciens Glénat) agréable en main avec des couverture peau de pêche au design toujours très proche des versions japonaises et quelques pages en couleurs en début de tome.
La traduction n’a pas du être de tout repos pour Wladimir LABAERE et Ryoko SEKIGUCHI compte tenu des multiples références plurimythologiques présentes dans la série (et on ne vous parle même pas de la rubrique « bla-bla », les Festins de l’Hécatocéphale, de l’auteur en fin de tome qui était blindée de jeux de mots tordus). Au final, les deux traducteurs s’en sortent très bien et proposent quelque chose de fluide, adapté à l’extrême et avec des changements de niveaux de langue délicieux.

Curiosity killed the cat

Graphisme - 90%
Histoire - 85%
Mise en scène - 90%
Originalité - 87%
Édition - 85%
Dans son genre - 95%

89%

Fabuleux

Area 51 est une série fantastique comme il y en a peu. Avec une maîtrise graphique exceptionnelle, Masato HISA nous a pondu une épopée digne des plus grandes. Evidemment, ça n'aurait pas été possible sans des personnages géniaux tout en restant humains dans une zone où la différence fait loi. Si vous ne vous êtes pas encore intéressés à ce titre, c'est le moment parfait pour le faire !




A propos de Ours256

Ours256
J'aime bien regarder des trucs chelous... et les langues aussi.

Un commentaire

  1. Un des meilleurs manga que j’ai lu parfaitement résumé ici.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.